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Pourquoi le G7 Finances part en guerre contre la libra de Facebook

Par Dominique Baillard

Au G7 Finances qui se tient à Chantilly en région parisienne, la libra, la monnaie virtuelle que veut lancer Facebook, fait l’unanimité contre elle. Tous les ministres des finances présents s’inquiètent de l’émergence de cette monnaie susceptible de concurrencer leurs propres attributs souverains.

Américain, canadien, allemand, français, italien, japonais ou britannique : tous les ministres présents au G7 Finances de Chantilly ont une véritable aversion pour cette nouvelle monnaie digitale. Et cette unité contre la libra, ils s’en délectent avec gourmandise, car le plat de résistance de la réunion, la taxation des grandes entreprises, continue à les diviser. Les voilà donc partis en croisade contre les « stables coins ». Un mot importé des États-Unis pour désigner les cryptomonnaies stables, stables par opposition au bitcoin, une monnaie virtuelle qui n’arrête pas de faire du yoyo sur le marché. La monnaie imaginée par Facebook serait adossée à un panier de devises dont les cours devraient tendre à l’équilibre, pour éviter de voir les prix s’envoler au gré des fluctuations du marché des changes.

Bruno Lemaire estime que les conditions ne sont pas réunies pour la mise en circulation de la libra. À raison, le ministre français des Finances souligne que Facebook ne prend pas en compte les régulations existantes, ne respecte absolument pas toutes ces règles qui font d’une monnaie un instrument de paiement fiable. Toutes ces règles patiemment édictées par les banques centrales pour que les citoyens aient confiance dans leur monnaie, c’est le capital virtuel sur lequel reposent toutes les devises du monde. Les régulateurs comme les gouvernements s’inquiètent aussi des risques en matière de lutte contre le blanchiment, de financement du terrorisme, de protection des données ou de sécurité des transactions.

Les ministres comme les dirigeants des banques centrales sont aussi opposés à la monnaie de Facebook pour des raisons politiques. Car la concurrence de ces compagnies qui se mettent à vouloir battre monnaie, un privilège jusqu’à aujourd’hui réservé aux États, pourrait affaiblir leur souveraineté. On s’inquiétait des multinationales plus puissantes que les États, voilà maintenant qu’elles en réclament les attributs. C’est une question de démocratie pour Bruno Le Maire comme pour son homogue allemand Olaf Scholz.

Le G7 veut-il bloquer la libra ?

C’est aussi une question urgente de politique monétaire. Selon la banque nippone Nomura, étant donné la popularité de Facebook, le réseau est partagé par 37 % de la population mondiale, si sa monnaie voyait le jour, elle est susceptible de réduire le montant total d’argent disponible d’environ 11 500 milliards de dollars, de quoi affaiblir les banques centrales, les seules aujourd’hui à pouvoir contrôler la masse monétaire via les taux d’emprunts.

Les Etats ne sont pas allés jusqu’à vouloir empêcher l’émergence de la libra, mais ils ont fait part hier de leur volonté de vouloir agir très vite. Encore faut-il savoir quelle réglementation appliquée à ces nouvelles créatures monétaires, celle des fonds ou celle des banques ? Les argentiers s’interrogent aussi sur la nécessité de produire de nouvelles règles dédiées à ces nouveaux venus. Le ministre japonais des Finances a indiqué qu’il n’y a pas encore de consensus sur la façon d’encadrer ce type de monnaie. Enfin les gouvernements doivent aussi faire le ménage dans leur propre jardin. La promesse de la libra est alléchante parce que son usage est pratique et bon marché. Il y a donc urgence à faire pression sur les banques pour qu’elles aussi proposent un système de paiement plus attractif et surtout moins cher.

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