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La croissance chinoise au plus bas depuis 27 ans

Par Pauline Gleize

Alors que la République populaire de Chine va bientôt fêter ses 70 ans, son économie a pris un coup de froid : 6,2 % de croissance au deuxième trimestre sur un an, contre 6,4 % en début d’année. Il s'agit de sa moins bonne performance depuis au moins 27 ans.

La croissance chinoise affiche un plus bas depuis le début des publications des données trimestrielles en 1992, sans compter les soupçons de surévaluation qui pèsent depuis quelques mois sur les chiffres de la croissance chinoise. Selon le think tank américain Brookings, le taux de croissance serait faussé par la volonté des gouvernements locaux de faire bonne figure. Ce chiffre n’est pourtant pas une surprise. Il s'inscrit dans la droite ligne de ce qu’attendaient les économistes et reste dans les clous des objectifs de Pékin qui mise sur une croissance annuelle comprise entre 6% et 6,5%.

Fin du rattrapage et guerre commerciale

Pour Mary-Françoise Renard, professeure d’économie à l’université Clermont-Auvergne et spécialiste de la Chine, ce ralentissement résulte en partie de la fin d’une logique de rattrapage dont bénéficiait la Chine.

Pékin souffre surtout de la guerre commerciale avec les États-Unis. En mai, après l’échec des négociations, Donald Trump a décidé d’élargir ses taxes punitives. Il a porté les droits de douane de 10 à 25 % sur 200 milliards de dollars de biens chinois vendus chaque année aux États-Unis.

Les exportations ont reculé de 1,3 % sur un an en juin après un rebond le mois précédent. Si la consommation intérieure résiste, les ventes de détail ont progressé de près de 10 % sur un an en juin, ce qui reste insuffisant.

Les exportations forment l’un des piliers de l’économie du géant asiatique. Selon Tommy Wu, économiste d’Oxford Economics, elles devraient rester sous pression malgré la trêve annoncée fin juin en marge du sommet du G20. Les droits de douane déjà imposés ne devraient pas être levés de sitôt et la conjoncture mondiale qui n’est pas au plus haut ne devrait pas aider.

Au-delà des chiffres, cette guerre commerciale a des conséquences très concrètes : pour échapper aux sanctions américaines, des entreprises délocalisent, vers le Vietnam, entre autres.

Donald Trump s’est réjoui de cette performance moins bonne de l’Empire du Milieu. Le président américain s’est exprimé sur son réseau social préféré. « C’est pour cela que la Chine veut conclure un accord avec les États-Unis », a-t-il tweeté. Et de poursuivre : « Elle se mord les doigts d’avoir tourné le dos à un accord initial ».

Cependant, le déséquilibre de la balance commerciale se renforce au bénéfice de la Chine y compris dans les échanges avec les États-Unis.

Mesures de soutien

Pourtant, la Chine a pris des mesures pour soutenir son économie via des injections de liquidité en début d’année pour éviter une pénurie. En mars, Pékin s’est aussi engagé à alléger la fiscalité des entreprises à hauteur de 265 milliards d’euros. Autre mesure en leur faveur, les banques ont été encouragées à gonfler leurs prêts aux petites entreprises alors que jusque-là, les PME avaient été délaissées au profit des grands groupes.

Mais les autorités jouent aux équilibristes, car de l’autre côté, elles cherchent à lutter contre le surendettement.

Pour Edward Moya, analyste du courtier Oanda, les marchés en attendent davantage surtout en cas d’échec des négociations avec Washington. C’est, à ses yeux, impératif pour stabiliser le taux de chômage urbain, facteur essentiel pour garantir la paix sociale.

Pour l’instant, cela n’a pas suffi à enrayer le ralentissement de la croissance. Mais des statistiques de juin montrent que la production industrielle, les ventes au détail et l’investissement en actifs immobilisés ont été meilleurs qu’espérés par les économistes. Les mesures du gouvernement commencent donc peut-être à porter leur fruit.

Des conséquences sur le reste du monde ?

La deuxième économie mondiale est considérée comme un moteur. Si elle est à la peine, cela se répercutera très probablement sur les ventes vers ce pays.

Par exemple, la Chine est le premier marché automobile mondial. Le cabinet Alix Partners lui attribue une grande partie de la baisse des ventes mondiales attendues cette année. Néanmoins, Mary-Françoise Renard souligne que l’économie mondiale n’est pas seulement affectée par le ralentissement chinois. La guerre commerciale a un effet général en raison de l’imbrication des économies dans un monde globalisé.

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