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Libye: «Les Nations unies doivent lancer une réelle et puissante initiative»

Par Houda Ibrahim

Mahmoud Jibril, homme d’État libyen, a dirigé le Conseil national de transition en 2011, avant de prendre la tête d’un nouveau parti politique, l’Alliance des forces nationales qui a remporté les élections du Congrès général national en 2012. Il a proposé avec d’autres parti,s qui sont contre la guerre actuelle, une initiative visant à mettre fin aux combats à Tripoli et demandant le retour au processus politique multipartite. Il prône le dialogue inclusif y compris avec les milices. Mahmoud Jibril répond aux questions de Houda Ibrahim.

RFI : L'initiative de la coalition des forces nationales libyenne a été plutôt bien reçue en Libye ?

Mahmoud Jibril : La coalition a préparé le brouillon, mais le texte final a été conçu avec des membres du Conseil présidentiel, actuels ou anciens, qui refusent la guerre, des parlementaires, quelques personnalités indépendantes, de l’Est de l’Ouest et du Sud, certains mouvements politiques et des chefs de tribus. Beaucoup de monde a travaillé au développent de la proposition initiale. L'initiative avait été perçue comme provenant uniquement de la coalition, mais en réalité, nous n'avons fait que transmettre nos idées. Elles ont été discutées discutés et nous avons abouti à une vraie initiative nationale.

Pourquoi cette initiative maintenant ?

Avec cette initiative, nous voulions attirer l'attention de deux belligérants sur les aspects suivants. D’abord, cette guerre va causer des fractures sociales qui nécessiteront des dizaines d’années d'efforts pour y remédier. Les parties en guerre ne prêtent pas attention à cela, car elles sont occupées à s'entretuer et se venger. Chacun cherche à vaincre l’autre. Ils oublient, dans tout ça, que des générations souffriront de cette guerre, à long terme. Les deux parties ont feint d’oublier que des pays étrangers, depuis 2011, ont fait des réunions avec des chefs de tribus et il a déjà été question de diviser le pays. Ce danger existe depuis le premier jour de la révolte. La guerre d'aujourd'hui risque de concrétiser la division. Nous en avons vu les prémices avec la division du Parlement. Cette division commence à prendre des vraies dimensions institutionnelles. Et puis, il y a aussi cette guerre médiatique parallèle, qui est encore plus féroce, avec beaucoup de haine et d'outrage. C'est comme s'ils combattaient un ennemi étranger et non pas contre un frère du même sang qu'eux. Et puis cette guerre coûte aussi des dizaines de milliards de dollars, et l'on pourrait utiliser cet argent pour reconstruire la Libye. Ce sont des milliards pour tuer, or ces milliards devraient être utilisés dans le combat de la vie et non pas le combat de la mort.

Que demander vous à Khalifa Haftar et à Fayez al-Sarraj ?

J'appelle une nouvelle fois le général Haftar et le Premier ministre Sarraj à discuter de cette initiative, qui est l'occasion pour une solution qui préserve le sang des Libyens, mais aussi les richesses du pays, et ce qui reste de sa souveraineté. Que l'on ne perde pas cette occasion, car la pérennité de cette guerre pourrait conduire à une confrontation étrangère sur le territoire libyen et qui pourrait déboucher sur la division du pays. S’ils ne se saisissent pas de cette initiative, les Libyens ne pourront plus décider de leur avenir, car quel intérêt ont-ils à raviver cette guerre en envoyant sans cesse des armes, si ce n'est une guerre par procuration qui a lieu chez nous ?

Vous appelez à ce que les « antiguerre » se mobilisent ?

L'initiative s'adresse à la majorité silencieuse du pays. Ce troisième courant, il est temps qu'il se mobilise. Soit il se prononce maintenant, soit il sera définitivement réduit au silence.

Que demandez-vous enfin aux Nations unies ?

Les Nations unies doivent lancer une réelle et puissante initiative, à laquelle les différents belligérants doivent être soumis, même par la force. L'ONU est responsable, car elle a mis la Libye sous tutelle du Conseil de sécurité. Elle doit donc s’occuper de la sécurité et de la stabilité et de la richesse dilapidée du pays. Sinon, l'ONU doit se retirer de ce dossier.

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