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Ethiopiens d'Israël: «Le gouvernement n'a pas intérêt à aggraver la situation»

Par RFI

Les Israéliens d’origine éthiopienne sont en colère, après l’assassinat d’un membre de leur communauté par un policier israélien, dimanche dernier. Ils manifestent depuis dans les rues d’Israël. Les manifestations ont bloqué la circulation près de plusieurs grandes villes du pays et donné lieu à des scènes de violence. Le dernier bilan fait état de 111 policiers blessés et 136 personnes interpellées. Les Juifs arrivés en Israël d’Éthiopie, il y a près de 30 ans, dénoncent les discriminations qui pèsent envers leur communauté. Pour en parler, Daniel Friedmann, sociologue et directeur de recherche au CNRS, auteur de l’ouvrage Enfants de la Reine de Saba, Les Juifs d’Éthiopie, il répond aux questions de Noura Doukhi.

RFI: Quelle est la situation actuelle en Israël ?

Il y a eu une réaction très forte et, pendant plusieurs jours, il y a eu des manifestations dans de nombreux endroits du pays, avec des pneus qui brûlaient, des Éthiopiens qui manifestaient, qui se battaient contre la police. Plusieurs voitures ont été incendiées. Cela a pris des proportions encore plus importantes qu’avant. Avant, déjà, il y avait eu des manifestations dans des incidents similaires. Le gouvernement israélien avait alors promis que la police changerait dorénavant de comportement vis-à-vis des Éthiopiens. Il semble que cela n’a pas été le cas et donc la communauté éthiopienne a exprimé sa colère avec vraiment beaucoup de force, cette fois-ci. Cela accompagne, disons, un climat où fréquemment des réactions racistes se sont exprimées.

Et tout cela se produit, justement, 35 ans après le pont aérien de 1984 où Israël fait venir près de 7 000 juifs d’Éthiopie, les Falashas.

Quand ils sont arrivés, au début des années 80, en 1984, ils ont été très bien accueillis. Il y a eu un mouvement de la population. Beaucoup de gens ont hébergé et parrainé des Éthiopiens. Il y a eu un grand mouvement de solidarité. Disons que là, c’est une belle image d’Israël qui s’est exprimée. Evidemment, c’est attristant de voir que trente ou quarante ans plus tard, eh bien les réactions de rejet se sont peu à peu exprimées et développées, dans plusieurs secteurs de la société israélienne et en diverses occasions.

Dans une société par exemple où les réfugiés africains qui viennent du Soudan, d’Erythrée et d’autres pays d’Afrique sont rejetés parce qu’ils sont un peu le cauchemar de la droite israélienne - obsédée par la démographie et qui craint que si davantage de réfugiés africains viennent, les juifs peu à peu seront moins majoritaires en Israël - eh bien, dans la mesure où il y a une réaction de rejet vis-à-vis de réfugiés africains, forcément, les Éthiopiens qui sont aussi d’origine africaine, sont forcément vus avec suspicion par certains.

Les Falashas ont-ils tout de même une meilleure situation qu’à leur arrivée ?

Je pense qu’il y a eu un progrès, beaucoup d’Éthiopiens ont fait des études supérieures. Au départ, ceux qu’on appelait les Falashas qui eux s’appellent les Beta Israël, 90% d’entre eux étaient illettrés et n’étaient pas alphabétisés. De même, une grande partie des enfants non plus n’était pas allée à l’école.

Aujourd’hui, la quasi-totalité des enfants éthiopiens - depuis très longtemps d’ailleurs - va à l’école en Israël et une grande partie des adultes a été alphabétisée. Je pense que la situation s’est globalement beaucoup améliorée.

Cela dit, il y a une situation qui n’est pas nouvelle. Il faudrait dire qu’en même temps que les Éthiopiens ont été bien accueillis par la population, il y avait, dès cette époque-là, une discrimination qui avait été faite, en 1984-85, par le Rabbinat qui a voulu imposer aux juifs éthiopiens une conversion symbolique, c’est-à-dire les recirconcire, pour les reconvertir, alors qu’ils avaient déjà été circoncis chez eux. Ils ont alors commencé à manifester, à descendre dans les rues et là, le Rabbinat a dû renoncer à son exigence et abandonner ainsi l’exigence d’une circoncision qui signifiait implicitement: « vous n’êtes pas des juifs comme les autres, vous n’êtes pas des juifs tout à fait comme nous ». Donc, cela n’a jamais été simple non plus, l’intégration des juifs éthiopiens en Israël.

Quel risque si les manifestations continuent ?

Pour le moment, c’est une semaine de deuil qui a lieu et qui n’est pas terminée puisque le jeune homme, qui avait 18 ans, a été tué dimanche [30 juin]. Il y a donc huit jours de deuil et la semaine prochaine, il y aura de nouveau une manifestation à la demande de la famille, à la fin de la période de deuil, la shiv’ah. La famille veut faire une manifestation pacifique. Si c’est une manifestation pacifique, je pense qu’il n’y aura probablement pas de débordements. Nous allons voir.

Peut-on craindre une répression ?

Cela peut donner lieu à une répression. Néanmoins, le gouvernement actuel n’a pas intérêt à aggraver la situation. On est à la veille d’échéances électorales. Il y aura de nouvelles élections en septembre. Il n’a pas intérêt à se mettre la communauté éthiopienne à dos d’autant plus que, jusqu’à présent, une grande partie de la population éthiopienne votait plutôt à droite. Comme c’est un gouvernement de droite qui est au pouvoir, il risque de perdre des électeurs. Je pense que ce n’est pas son intérêt de manier le bâton.

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