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V. Foucher: «Depuis cinq ans, la tension à Bissau se déploie sur l’institutionnel»

Par Carine Frenk

Après plusieurs semaines de blocage, le président bissau-guinéen José Mario Vaz a finalement nommé mercredi 4 juillet un nouveau gouvernement dont les 31 membres sont essentiellement issus du PAIGC, le parti majoritaire au Parlement. José Mario Vaz s'est donc conformé à la décision de la Cédéao, médiatrice dans ce dossier. Au centre de la crise : toujours le bras de fer entre le président José Mario Vaz et le parti majoritaire, le PAIGC, dont il est lui-même pourtant issu. La présidentielle est prévue en novembre, mais le mandat du chef de l’État a expiré le 23 juin. Vincent Foucher est chercheur au CNRS, spécialiste de la Guinée Bissau. Il répond aux questions de Carine Frenk.

RFI : Qu’est-ce qui est à l’origine de cette nouvelle montée des tensions à Bissau ?

Vincent Foucher : C’est une remontée, et ça fait plusieurs années que l’on est dans une situation de guérilla institutionnelle. Au fond, dans ce pays-là, le PAIGC, le parti au pouvoir, a une sorte de domination historique, gagne presque tout le temps les élections, et donc les luttes se font au sein même du parti. En l’occurrence, le président de la République, qui est issu du PAIGC a été élu en 2014, et le président du PAIGC, Domingos Simoes Pereira dont le parti a remporté les élections législatives de 2014, sont dans un affrontement ouvert pour le contrôle de la vie politique à Bissau.

Et chaque camp passe son temps à bloquer l’autre ?

Effectivement, on a eu successivement, par exemple, le président Vaz qui refusait de nommer le nouveau gouvernement, qui aurait dû être nommé après les élections législatives. Tandis que le PAIGC empêchait la nomination des vice-présidents de l’Assemblée nationale issus des partis alliés à Vaz. Et puis le dernier épisode en date, la majorité parlementaire PAIGC à l’Assemblée nationale a voté le remplacement du président Vaz par le président de l’Assemblée nationale, qui est la personne prévue pour les intérims, considérant que, comme les élections présidentielles n’avaient pas été tenues à temps, le mandat du président Vaz était échu, et donc il devait quitter le pouvoir.

Une décision perçue comme un coup d’État dans le camp présidentiel ?

Absolument, mais le mot coup d’État avait aussi été prononcé à différent moment par le PAIGC qui accusait le président Vaz de se maintenir de manière abusive. Et puis, le président Vaz lui-même avait, par exemple, bloqué la nomination du nouveau gouvernement contrôlé par le PAIGC qui devait être issu des dernières élections législatives de 2019.

Le week-end dernier, le sommet des chefs d’État de la Cédéao a finalement coupé la poire en deux. Le président José Mario Vaz reste en place jusqu’à la présidentielle de novembre, mais il doit en quelque sorte rester à l’écart ?

Absolument. La Cédéao, la communauté régionale, est vraiment en prise sur le dossier à Bissau. Il y a une force de maintien de la paix de la Cédéao, une petite force qui est sur le terrain, et c’est vraiment la Cédéao qui dirige l’action internationale sur le sujet. Donc, ils ont finalement, effectivement, proposé et obtenu la mise en œuvre d’une résolution puisque les décisions prises ont déjà été appliquées. On a maintenant un nouveau gouvernement qui est entièrement contrôlé par le PAIGC et ses alliés, alors qu’avant on avait un gouvernement inclusif qui prenait toutes les factions du jeu. Et puis, donc on va avoir le président Vaz en fonction jusqu’aux élections.

Est-ce que cela peut fonctionner jusqu’à la présidentielle, on imagine un équilibre très fragile ?

À Bissau, on est toujours surpris, on pense que la solution est réglée par une élection, par un sommet de la Cédéao, et puis les acteurs arrivent à trouver de nouvelles manières pour s’affronter. Je crois qu’il faut s’attendre à d’autres épisodes. La vie politique est très tendue, très compétitive, l’accès à l’État est vraiment décisif. Ceci dit, ce qui est intéressant, c’est de voir que la Cédéao arrive à obtenir des résultats, arrive à faire avancer les choses quand elle s’y met.

Quels sont les principaux risques aujourd’hui pour la Guinée-Bissau ?

Dès que l’on parle de Guinée-Bissau, évidemment, on pense à coup d'État militaire, donc il y a toujours cette inquiétude. Moi, je pense que l’armée est éloignée du jeu politique pour le moment, je ne les vois pas du tout chercher à prendre le pouvoir. Il est bien évident, par contre, que les risques de violences politiques sont tout à fait imaginables : tentative d’assassinat contre tel ou tel acteur stratégique, ça c’est quelque chose qui peut arriver. Disons ce qui est quand même très rassurant, c’est que la tension politique depuis cinq ans à Bissau se déploie uniquement sur des manœuvres institutionnelle, constitutionnelle, juridique, des recours à la Cour suprême, des décisions au Parlement, et ça, c’est quand même une évolution très positive.

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