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Pourquoi la Zlec est encore un pari

Par Dominique Baillard

À la surprise générale, le Nigeria a finalement décidé d’intégrer la zone de libre-échange continentale. Sa candidature sera entérinée à Niamey, où se déroule ce week-end le sommet de l’Union africaine. Le lancement de ce grand marché africain sera au cœur de toutes les discussions.

Car maintenant que l’accord a été ratifié par les parlements d’au moins 22 pays, la Zlec peut entrer en vigueur. L’adhésion tardive et surprise du Nigeria, la première économie du continent, donne une nouvelle légitimité à cette vaste zone de libre-échange. Son potentiel est immense : le commerce intra-africain ne représente que 16% des échanges quand c’est plutôt 55-60% en Asie et près de 70% en Europe. Il y a donc une forte marge de progression à attendre de ce grand marché. L'objectif estimé par les membres de l'Union africaine est ambitieux : on parle d'une hausse des échanges de 52% d’ici 2022 par rapport à l’année 2010.

La Zlec sera donc un levier pour le développement du continent ?

C’est l'objectif. Mais son utilité pour y parvenir n’est pas encore démontrée. Il existe déjà en Afrique de multiples zones économiques et pour l’instant, elles n’ont pas toujours débouché sur un accroissement significatif des échanges, constate François Sporrer, responsable du service économique régional de l’ambassade de France en Côte d’Ivoire. Les échanges au sein de la Cédéao regroupant les pays d’Afrique de l’Ouest ne représentent que 10% du total, 5% pour la Cemac, la zone de l’Afrique centrale. Selon François Sporrer, cette faiblesse est d'abord due à la similarité des structures productives des pays membres : ce sont pour la plupart des producteurs de matières premières plutôt tournés vers le grand export. Le coton ou l’or du Mali est expédié vers l’Europe, mais pas chez le voisin burkinabè, qui a à peu près la même chose à échanger.

Le Nigeria a longtemps hésité avant d'entrer dans ce grand marché, surtout pour protéger ces filières industrielles

Car ce grand pays pétrolier a toutes les peines du monde à développer le secteur secondaire et le gouvernement redoute de voir les efforts entrepris laminés par l'ouverture des frontières. Au niveau du continent, l'industrie pour le moment contribue au produit intérieur brut à hauteur de 10%. La libéralisation des échanges sur le continent peut être un moteur pour développer la compétitivité, la productivité des entreprises africaines. Mais c'est aussi un processus qui risque d'être fatal aux industries encore naissantes. Les négociations en cours pour ouvrir sans détruire seront donc déterminantes et elles prendront encore des années. Entre cinq à huit ans pour que 90% des marchandises concernées puissent être échangées libres de droit. 7% des produits considérés comme sensibles seront protégés pendant au moins dix ans. Le danger, c'est de voir des gouvernements fortement limiter la liste des produits autorisés et ainsi annuler les bénéfices attendus. La ligne de crête sera difficile à tenir. Comme l’a récemment souligné la Cnuced, la réussite de la Zlec passe par l’adoption de règles simples sur le produit d’origine qui bénéficiera d’un passeport continental facilitant son commerce.

Quels sont les autres conditions à remplir pour faciliter le commerce intra-africain ?

Doter le continent de routes, d’équipement en bon état, d’administrations efficaces. La cherté du transport inter-africain est l’un des freins actuels au commerce. Commercer entre voisins est relativement aisé, au-delà cela se complique. Établir ces nouvelles règles aux douanes tout comme construire des nouvelles infrastructures est un chantier de longue haleine, c'est pourquoi il ne faut pas trop attendre de bénéfice immédiat de cette zone de libre-échange continentale.

En bref,

Le déficit commercial américain s'est aggravé au profit des tigres asiatiques

À cause de la guerre commerciale, les importations en provenance de Chine ont baissé de 12% pendant les cinq premiers mois de l'année, tandis que celles en provenance du Vietnam ont bondi de 36%, de Taïwan 23%, ou du Bangladesh de 14%. Difficile de savoir si ce nouveau flux émane de marchandises vraiment fabriquées sur place, ou s'il est le symptôme d'un simple transit de complaisance entre la Chine et les États-Unis.

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