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Cinéma: «Yves», le réfrigérateur intelligent de Benoit Forgard

Par Isabelle Chenu

« Yves », c'est le nom donné par le réalisateur Benoit Forgeard à un prototype de frigo intelligent qui va révolutionner la vie de son propriétaire. Une histoire satirique et contemporaine entre un rappeur solitaire en mal de reconnaissance artistique et un prototype de frigo intelligent que l'on vient de lui installer à l'essai. Une rencontre homme-machine irrésistible de drôlerie et non dénuée de profondeur. Entretien.

RFI : Voilà pour le moins une histoire farfelue, mais peut-être pas si surréaliste qu’il n’y paraît : celle d’un frigo intelligent baptisé « Yves ». C’est le personnage principal de votre nouveau film et il va prendre en main la vie d’un médiocre rappeur qui s’appelle Jérem. C’est un tandem homme-machine, irrésistiblement drôle que vous parvenez à rendre émouvant. Vous n’avez pas peur, vous, que les machines d’intelligence artificielle contrôlent nos vies ?

Benoit Forgeard : Moi, j’aime plutôt bien les machines à vrai dire. Elles ont un peu changé ma vie comme beaucoup de gens, c’était il y a déjà longtemps. Il y a vingt ans, j’ai acheté mon premier ordinateur et je ne me suis plus jamais ennuyé depuis. Donc, j’ai toujours quand même une reconnaissance vis-à-vis des machines. La grande différence, c’est que maintenant les machines dotées d’intelligence artificielle peuvent être prescriptives. Elles vont tenter de nous amender, de nous réformer, de nous améliorer. Ça, c’est le sujet du film.

Être amélioré, évidemment tout le monde en aurait assez envie et Jérem va quand même céder lui aussi. Ce sera beaucoup plus facile de composer des chansons avec son frigo intelligent…

Oui, bien sûr. Yves, le réfrigérateur intelligent du film, se comporte comme un bon génie, c’est-à-dire qu’il exauce les vœux. Et à vrai dire, il faudrait être très fort et avoir des convictions très chevillées, ce que tous les êtres humains n’ont pas, pour résister à un réfrigérateur intelligent comme Yves.

Cela veut dire qu’on peut devenir assez vite dépendant ?

Oui. On l’est déjà un peu quand on utilise Facebook ou YouTube qui sont des intelligences artificielles aussi quotidiennes, qu’on utilise sans même savoir quelles sont des intelligences artificielles. Quand on est mené vers une vidéo et qu’on y va avec plaisir en se disant « oui, ça va m’intéresser », on est déjà sous influence et sous dépendance.

Yves le frigo et Jérem le rappeur, ce qui les rend attachants, c’est qu’ils sont finalement tous les deux assez imparfaits. Jérem, parce qu’il n’arrive pas à composer son rap et puis ce frigo, finalement aussi intelligent qu’il soit, c’est quand même une espèce de cube blanc ?

Oui, c’est juste. Pour ce qui est de l’aspect faillible de Jérem, ça paraît assez évident. Effectivement c’est un jeune rappeur, je ne dirais pas qu’il est médiocre, mais il fait avec les moyens du bord. Il fait un rap qui n’est pas désagréable, mais qui est un peu fruste, un peu brut. Il est évidemment une proie facile pour une intelligence artificielle puisqu’il ne donne pas tous les gages d’efficacité. Mais vous avez raison de dire que Yves, le « fribot », est lui aussi un peu faillible, parce que lui ce qui lui manque comme à beaucoup d’intelligences artificielles, c’est une expérience affective de la vie. Et c’est plus dur pour lui en fait de comprendre ce monde.

Cette expérience affective, vous allez la faire vivre à Yves d’une certaine manière, parce que Yves est un peu le génie de la lampe d’Aladin, mais c’est aussi une sorte d’appli de rencontre qui vous promet de trouver l’âme sœur compatible à 90 %…

Oui, c’est-à-dire de façon assez logique, le but du réfrigérateur intelligent est le bonheur de son utilisateur. Il veut à la fois que son utilisateur mange bien, consomme bien, qu’il soit plus en forme et comme il est à l’écoute, et comme il recueille les données liées à son utilisateur, il va logiquement tenter aussi de lui apporter ce qu’il semble avoir diagnostiqué comme étant ses frustrations, c’est-à-dire une reconnaissance artistique et aussi une jeune femme dont il est amoureux.

Est-ce que vous diriez que c’est un film qui est un peu le miroir de notre époque ?

J’aimerais. En tout cas, ce qui est certain, c’est que c’est un film qui pour moi n’est pas simplement une élucubration. J’espère que c’est un film assez précis sur notre époque, un film de légère anticipation qui essaie de mettre le doigt sur quelque chose que les autres générations n’ont pas connu au point de la nôtre, c’est-à-dire l’influence énorme de la technologie sur nos vies, y compris même à l’intérieur de nous. Les changements organiques qui s’opèrent. On parle de l’exemple des chauffeurs de taxi londoniens dont on s’est aperçu que leurs neurones avaient changé à force d’utiliser des GPS. Ça, c’est quelque chose que je trouve passionnant parce que la technologie est vraiment devenue un sujet très important si on veut s’intéresser aujourd’hui à la façon d’être un être humain dans ce monde et dans cette société.

Vous plantez votre film dans un univers visuel qui est très commun, très d’aujourd’hui. Ce n’est pas un film de sciences fiction. Jérem habite dans la maison de sa grand-mère, un petit pavillon de banlieue...

Pour que mon objectif qui est aussi une comédie satirique puisse fonctionner, il faut que ça soit dans notre époque.

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