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Père Bernard Kinvi (Centrafrique): «Ce conflit n’a pas une dimension religieuse»

Par Laurent Correau

Notre invité est un homme qui a fait preuve d'un courage remarquable au plus fort de la crise centrafricaine… Le père Bernard Kinvi dirige l'hôpital Saint-Jean-Paul-II de Bossemptélé dans le Nord-Ouest de la Centrafrique. Alors que la violence des Seleka et des anti-balaka se déchaînait, il a soigné sans discrimination et s'est élevé à plusieurs reprises contre les actes des groupes armés. Il a reçu, en récompense de son héroïsme, le prix 2014 Alison Des Forges de l'ONG Human Rights Watch. Son histoire est au cœur d'un livre intitulé Mission qui vient de sortir aux Editions du Cerf.

Rfi: Dans ce livre de témoignages, vous racontez la crise centrafricaine, depuis Bossemptélé, la ville où se trouve l’hôpital Saint-Jean-Paul-II que vous dirigez. Cette crise, selon vous, n’est pas une crise qui a opposé des chrétiens à des musulmans. La dynamique du conflit est complètement autre.

Père Bernard Kinvi: Ce conflit n’a pas de dimension religieuse. Premièrement, parce que les Seleka qui sont arrivés étaient effectivement à dominance musulmane mais n’étaient pas que des musulmans. Il y avait beaucoup de non musulmans parmi eux. Il y avait même deux personnes qui venaient à l’Eglise chaque dimanche. Ils n’étaient pas là en tant que musulmans mais ils étaient intéressés par l’argent. En effet, ils percevaient des taxes, rackettaient des gens, volaient les chèvres des gens… Ils avaient besoin de s’enrichir. Le chef de la Seleka, le colonel, disait lui-même qu’il avait beaucoup investi pour être responsable de notre ville et qu’il devait récupérer tout ce qu’il avait investi.

De l’autre côté, les anti-Balaka, ceux qui sont présentés comme la milice chrétienne, je suis allé les voir, j’ai visité leur base et j’ai rencontré leur chef. C’était un chef animiste qui les préparait avec des potions magiques, un rituel totalement occulte qui était censé les rendre invulnérables aux coups de fusils et aux coups de machette. En fait, ils étaient à dominance non musulmane mais parmi eux, j’ai rencontré aussi des musulmans et parmi eux, j’ai même rencontré le fils d’un imam. Leur but n’était pas de défendre une religion mais de chasser les envahisseurs.

Cinq ans plus tard, où en sont les relations entre communautés au sein de Bossemptélé ?

Les musulmans ont fui vers le Cameroun qui est à 300 kilomètres de Bossemptélé et ils sont installés dans des camps de réfugiés.

Et ils y sont toujours ?

Ils y sont toujours. De temps en temps, nous essayons d’aller les voir pour discuter avec eux, pour voir ce que nous pouvons encore faire pour qu’il n’y ait pas ce désir de vengeance et ce que nous avons remarqué de très beau, c’est que certains, parmi eux, reviennent de temps en temps, au moins visiter, rester deux, trois jours, avant de retourner. Ils ne sont pas du tout menacés et c’est donc quelque chose de positif. Par contre, nous voyons clairement que beaucoup de leurs maisons, effectivement, sont occupées par des personnes qui les avaient combattus. Nous voyons que leurs boutiques sont totalement occupées par d’autres personnes et là, c’est un problème.

Est-ce que les autorités prennent, à l’heure actuelle, toutes les mesures nécessaires pour permettre le retour de ces réfugiés ?

Dans le désir, oui. C’est un discours, en effet, que les autorités tiennent pour le retour des réfugiés mais, pour ce qui est des actions concrètes à mener, je n’en vois pas encore. Quand je parle, par exemple, de la sécurisation des villes dans lesquelles ces réfugiés doivent revenir, Bossemptélé n’est pas encore sécurisée pour que ces personnes reviennent.

Pour vous, qu’est-ce qu’il faut pour que tout le monde puisse revenir ?

D’abord, il faut s’assurer que les maisons occupées soient libérées et pour cela, il faut trouver une solution avec ceux qui occupent actuellement les maisons. Ensuite, il faut sécuriser la ville. Nous avons des policiers, des gendarmes, certes, mais ils n’ont pas la force pour sécuriser. Il y a les casques bleus bangladeshis, péruviens qui sont là. Je ne compte pas tellement sur les casques bleus. C’est une force de dissuasion. Pas une force de prévention des conflits.

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