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Présidentielle en Mauritanie: Mohamed Ould Maouloud, invité de RFI

Par Edouard Dropsy

Samedi, les citoyens mauritaniens se rendront aux urnes. Aujourd’hui, Mohamed Ould Maouloud, le chef du parti de l’Union des forces du progrès (UFP), bénéficie du soutien de l’opposant historique, Ahmed Ould Daddah. Mohamed Ould Maouloud répond aux questions d’Édouard Dropsy.

RFI : Quelles seront vos priorités si vous êtes élu président de la Mauritanie ?

Mohamed Ould Maouloud : Ma priorité, c’est d’abord de veiller à la préservation de l’unité des composantes nationales, de notre peuple. C’est aussi de sauver l’État, de sauver le peuple qui vit dans des conditions extrêmement difficiles. Et donc de prendre des mesures d’urgence pour porter assistance à nos populations, notamment sur le plan alimentaire, en réduisant le prix des denrées de première nécessité, également en augmentant les salaires des fonctionnaires et des agents de l’État. Et c’est aussi de prendre des mesures pour véritablement donner confiance à notre jeunesse par un programme d’urgence pour réduire le chômage. Ce sont là des mesures prioritaires. Évidemment, tout est prioritaire en réalité, parce que nous avons un pays qui est pratiquement en déconfiture. Si la voie qui était suivie par le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz devait continuer à être suivie, ce serait catastrophique. C’est le chemin d’un État failli.

Si tout est prioritaire, comment fait-on pour financer toutes ces priorités ?

En réalité, l’État mauritanien a des ressources. Si on en juge par ce qu’on dilapide quotidiennement, ce que le régime actuel dépense dans des projets de pure propagande : le palais des Congrès, un aéroport soi-disant international mais qui en réalité est disproportionné par rapport aux besoins. Les éléphants blancs que vous avez dans toute la Mauritanie aujourd’hui, les usines de lait animal, l’usine de pylônes électriques à Aleg… Je ne sais pas, mais c’est de l’argent dépensé en pure perte. Donc il y a des moyens, surtout pour les mesures d’urgence. Puis on attend aussi, en réalité, dans la perspective de l’exploitation du gaz, des ressources beaucoup plus importantes qui permettront de financer ces opérations-là.

Vous défendez également depuis de nombreuses années une politique sociale. Mais le Sahel est une zone instable, troublée. Qu’allez-vous faire pour la sécurité du pays ?

D’abord, si vous observez ce qui se passe dans tous les pays du Sahel, cela traduit davantage l’échec des États en place.

Oui, mais on ne peut pas dire que la Mauritanie a échoué dans la sécurité ces dix dernières années ?

Si. La Mauritanie a échoué, parce que vous vous rendez compte qu’aujourd’hui à Nouakchott, la population vit dans la psychose des agressions. Il y a une insécurité aujourd’hui dans tous les quartiers populaires. Le développement de l’insécurité en Mauritanie a atteint des proportions absolument alarmantes. D’autre part évidemment, la dimension internationale par rapport au terrorisme, par rapport au jihadisme, etc. ça c’est une question qu’il faut revoir. L’approche actuellement qui est faite, l’approche sécuritaire, c’est une approche qui a échoué. Le phénomène ne fait que s’étendre. La seule façon d’y faire face, c’est d’abord de mobiliser nos peuples. Mais les peuples ne sont pas concernés par la stratégie du G5 [Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad] actuellement. Ils ne sont pas impliqués. Donc il y a une approche nouvelle à avoir, c’est qu’il faut absolument donner de l’espoir à la population dans une autre voie que la voie du terrorisme. Et cette voie, c’est la voie de la démocratie, c’est la voie de l’implication des populations, de telle manière que les peuples soient prêts à défendre leurs acquis démocratiques, leurs acquis de bien-être. C’est la seule façon de faire face au terrorisme, de faire face à ce phénomène qui est en train de s’étendre.

Vous disiez que les Mauritaniens vivaient dans la peur. Quelle est la solution pour supprimer cette peur ?

Le phénomène de l’insécurité, c’est un phénomène qui se produit dans toutes les sociétés. Mais lorsqu’il atteint des dimensions absolument alarmantes, cela devient un phénomène de société, c’est que la société est malade. D’abord, il y a la pauvreté, l’extrême pauvreté, il y a des contradictions sociales de caractère racial, de caractère ethnique qui viennent encore polluer l’atmosphère des relations intracommunautaires. Et par conséquent, nous avons une situation qui exige qu’il y ait un débat national, qu’il y ait une vie démocratique, qu’il y ait un dialogue social, de telle sorte que ces phénomènes soient compris par le large public. Mais il faut un espace démocratique, il faut une confiance dans le gouvernement en place, il faut que les acteurs politiques et sociaux soient impliqués. Et je crois que c’est ce qui manque dans cette chape de plomb que nous avons sur notre peuple qui est le régime militaro-affairiste.

Mohamed Ould Ghazouani a reçu le soutien du pouvoir. Est-ce que l’élection est déjà jouée ?

L’élection n’est pas jouée. Moi, je viens de finir une longue tournée dans toutes les provinces de Mauritanie, j’ai observé un sentiment général de ceux qui ne veulent plus de ce pouvoir-là.

Pourtant, on voit des tentes partout en soutien au candidat Ghazouani ?

Tout cela, c’est du faux semblant. Et le pouvoir fait semblant de gouverner le pays pour le peuple mauritanien, et les élites sur lesquelles il s’appuie font semblant aussi de le soutenir. Mais en réalité, personne ne soutient ce régime. Il est bien possible, si l’élection se passe normalement, qu’il y ait un deuxième tour entre les trois autres principaux compétiteurs, sans Ghazouani.

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