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États-Unis: croissance et signes avant-coureurs de récession.

Par Pauline Gleize

Quasiment quatre ans jour pour jour après s'être lancé dans la course à la présidentielle américaine, Donald Trump lance officiellement sa campagne pour un second mandat en 2020. Ce mardi, en Floride, il devrait vanter les résultats de ce qu'il appelle en toute simplicité « l'Économie Trump ». Alors, les chiffres sont-ils vraiment bons ?

À première vue, l’économie américaine se porte bien. L’année a commencé sur les chapeaux de roues avec une croissance de 3,1% sur un an au premier trimestre. Sauf accident, les États-Unis devraient signer cet été la plus longue période d’expansion de leur histoire. Pour la suite, tout en regrettant que les bénéfices ne soient pas mieux partagés au sein de la population, le Fonds monétaire international a revu à la hausse les prévisions de croissance 2019 et 2020. Le FMI anticipe une croissance de 2,6% cette année et de 2% l’an prochain.

Néanmoins, certains résultats attisent l’inquiétude. Les chiffres de l’emploi en mai sont mitigés. Le taux de chômage reste stable à 3,6% non loin de son plus bas historique. Mais les chiffres des créations de poste invitent à mesurer l’enthousiasme. On en a recensées 75 000 le mois dernier. C’est inférieur à la moyenne des trois mois précédents, c’est surtout en deçà du seuil jugé nécessaire pour absorber la croissance de la population en âge de travailler. Ce moins bien, le secteur manufacturier n’y a pas échappé. Le secteur le plus exposé à l’impact des tensions commerciales a créé beaucoup moins d’emplois que ce qui était attendu. Mais il n’est pas exclu que cela soit en partie dû à une pénurie de main-d’œuvre.

Chute record

L’activité manufacturière qui s’est d’ailleurs brusquement contractée ce mois-ci, dans la région de New York. L’indice Empire State, un baromètre de la santé pour l’ensemble du pays, est tombé à niveau négatif. Surtout, il a accusé une chute de 26 points : un record sur un seul mois. Un très mauvais chiffre à analyser avec prudence : Ian Shepherdson, économiste chez Pantheon Macro, y voit surtout l’effet des menaces de taxes sur les produits mexicains et pense que cela n’est que temporaire, le risque s’étant éloigné pour le moment.

Quoi qu’il en soit, les analystes s’attendent à un ralentissement cette année alors que s’estompent les effets des mesures de stimulation de l’activité prises par l’administration Trump via des investissements et une baisse des impôts. Et dans une étude trimestrielle de la National Association for Business Economics, une cinquantaine de spécialistes voient les risques d’une récession d’ici au troisième trimestre 2020 considérablement augmenter.

Inversion de la courbe des taux

Dans le milieu économique, il y a en particulier un indicateur qui inquiète beaucoup. C’est l’inversion de la courbe des taux. En mars, les taux d’intérêt à court terme ont dépassé les taux à long terme. Christopher Dembik, responsable de la recherche macroéconomique chez la banque Saxo Bank, explique, sur le site capital.fr, qu'un tel phénomène a été suivi d’une récession dans un délai moyen de 22 mois sur les sept dernières décennies.

La Fed, la banque centrale américaine, se réunit justement ces 18 et 19 juin. La question des taux va donc se poser. Alors va-t-elle les ajuster ? Les paris vont bon train. Wall Street mise plutôt sur juillet pour une baisse des taux qui rendrait le crédit plus accessible, de quoi stimuler la consommation. La Fed appelle à la patience, mais Donald Trump la presse de baisser ces taux qu’il juge trop hauts. Il faut dire que cela se répercute sur la dette fédérale. Or, son administration emprunte à tour de bras.

Mais certains estiment que les conditions menant à une baisse préventive des taux visant à éviter une récession ne sont pas réunies. La FED a déjà procédé de la sorte dans les années 90 ; le contexte macro-économique était alors plus dégradé.

Impact de la guerre commerciale

En tous cas, les résultats de l’économie devraient en partie dépendre de la suite donnée à la guerre commerciale.

Certaines industries, comme la production d’acier et d’aluminium, sont satisfaites des surtaxes imposées par Donald Trump. Mais dans une lettre adressée au président américain, des centaines d’entreprises ont mis en garde contre une nouvelle salve de sanctions. Elles estiment que les surtaxes que menace d’imposer Donald Trump sur près de 300 milliards de dollars de produits chinois pourraient coûter 2 millions d’emplois aux États-Unis et qu’elles pourraient réduire la croissance du PIB américain d’un point de pourcentage.

Alors, Donald Trump ira-t-il jusqu’au bout ? Une donnée à prendre en compte peut-être : pour William Reinsch, expert au Center for Strategic and International Studies, les nouvelles taxes risquent d’affecter davantage les consommateurs. Et d’anticiper : « Si ces mesures entrent en vigueur en juillet, il y aura des hausses assez immédiates du prix de nombreux produits, au moment où les gens font leurs achats de rentrée ». Pas les meilleures conditions pour lancer une campagne électorale. Mais Donald Trump nous a habitués aux surprises.

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