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Revue de presse française
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A la Une : bleu, rose, vert…

Par Frédéric Couteau

Les couleurs ne manquent pas sous la plume des commentateurs ce matin pour qualifier le discours hier devant les députés du Premier ministre Edouard Philippe.

« En résumé, pointe L’Est Républicain, un train de mesures à coloration sociale, mais rien d’assez révolutionnaire pour effrayer l’électorat conservateur. Le navire gouvernemental garde le cap au centre droit, tout en teintant son pavillon bleu ciel d’une nuance de rose. D’une touche de vert, aussi. Édouard Philippe a promis que les douze prochains mois seraient ceux de 'l’accélération écologique'. »

« Vert et rose à la fois », s’exclame La Croix en première page. « Édouard Philippe et Emmanuel Macron jouent ainsi la partition d’une politique centriste qui, ayant donné du grain à moudre aux entrepreneurs, se soucie davantage de la cohésion du pays. Après avoir labouré à droite, il s’agit de semer à gauche. Chacun a droit à un petit signe d’attention, pointe encore La Croix. Avec le risque, évidemment, de ne satisfaire personne et de réduire des sujets importants à des éléments de dosage. »

Finalement, relève L’Opinion, « les annonces de printemps du chef de l’Etat ont conduit à un habile ripolinage, en vert pour répondre à la pression écolo, en jaune pour montrer une tonalité plus humaine, en arc-en-ciel pour redonner foi à la gauche qui défend la PMA pour toutes les femmes, le tout agrémenté de quelques mesures sur l’immigration et la lutte contre l’islamisme pour répondre à la droite et au Rassemblement national. Ce n’était pas un beau discours (pas d’envolée, pas de lyrisme), mais un bon discours attrape-tout, conclut le quotidien libéral, au sens où chacun pouvait y trouver un signal. »

Le changement dans la continuité

De la couleur, certes, mais en fait, rien de neuf sous le soleil, estime Libération

« La plupart des mesures annoncées par Edouard Philippe dans sa déclaration de politique générale étaient déjà dans les cartons du gouvernement, relève Libération : réforme des retraites, réforme de l’indemnisation du chômage, loi bioéthique (avec la PMA dès septembre), tout cela avait déjà été proclamé à son de trompe au peuple ébaudi. On y ajoute, prise de conscience oblige, des mesures écologiques présentées en premier, utiles mais encore prudentes. L’'acte II' qu’on inaugure, comme dans une pièce sans intrigue, prolonge en fait l’'acte I'. Le «nouveau monde» n’est plus nouveau. »

Le Figaro opine du chef : c’est « le changement dans la continuité », affirme le journal. « Le changement, c’est la priorité donnée à l’écologie sur le tableau de bord des réformes. Les européennes sont passées par là et le clin d’œil aux jeunes et à la poussée du vote Vert est manifeste. (…) Le changement, c’est aussi l’accent mis sur la justice sociale. Sans les citer, les «gilets jaunes» obligent l’exécutif à se rattraper aux yeux des milieux et derniers de cordée. (…) La continuité, quant à elle, poursuit Le Figaro, revient à ne pas varier de cap. La constance, 'jamais tentée dans notre pays', est élevée au rang de vertu. Certes, mais elle est aussi un vilain défaut, dénonce le quotidien de droite, quand on persiste dans certaines impasses. Celle des économies budgétaires, pas même esquissées, alors qu’elles sont le préalable nécessaire au redressement du pays. »

Changement de ton ?

Le Journal de La Haute Marne résume ainsi la tonalité du discours d’Edouard Philippe : « pas de virage, donc, mais quelques courbes légèrement différentes du tracé initial. L’exécutif reste dans sa logique : pourquoi changer fondamentalement de politique face à des socialistes et des Républicains fracassés à la présidentielle et aux européennes ? Ils pourront difficilement se relever avant les prochaines échéances électorales. Maintenant, il s’agit de chasser sur les terres des écolos. »

Et finalement, pointe La République des Pyrénées, « le seul vrai changement est un changement de ton, une promesse de nouvelle gouvernance : 'Nous voulons faire évoluer notre manière de gouverner, mais nous devons davantage associer les Français à nos décisions [...] Le grand débat n’est pas qu’une parenthèse, mais un besoin de fond de nos démocraties', a dit Edouard Philippe. 'Changer de méthode c’est aussi changer de ton', a-t-il rajouté, alors qu’on a beaucoup reproché au pouvoir son arrogance. On va voir à l’usage, conclut le quotidien béarnais, si la macronie abandonne ce mépris et redonne un rôle aux corps intermédiaires, et si elle prolonge l’expérience du grand débat. »

Des baisses d’impôts pour presque tous…

Le Parisien, pour sa part, s’intéresse tout particulièrement aux baisses d’impôts annoncées par le Premier ministre et se veut pratique : « Baisse de l’impôt sur le revenu : célibataires, couples, familles... qui va y gagner et combien ? »

« Au total, 5 milliards de baisse. Qui sont les gagnants, donc ? Presque tout le monde !, s’exclame Le Parisien. Sur les 17 millions de foyers fiscaux imposés, 16,8 millions 'vont bénéficier d’une baisse moyenne de 304 €', se félicite-t-on à Bercy. Ceux dont la totalité des revenus sera située, dès le 1er janvier prochain, dans la nouvelle première tranche imposable à 11 %, seront évidemment les plus chanceux. Là, le gain moyen par foyer fiscal sera de 350 €. Pour les foyers qui gagnent plus d’argent, la baisse d’impôt existera bel et bien, relève encore Le Parisien. Mais elle sera moins visible. Concrètement, pour les 5 millions de foyers imposés dans la tranche à 30%, le coup de pouce fiscal de l’Etat sera de 180 € par an en moyenne. »

Enfin, « qui sont les perdants ? Officiellement, il n’y en a pas, se réjouit le gouvernement. Mais dans les faits, pointe Le Parisien, certains contribuables pourraient se sentir frustrés. En effet, ceux qui sont imposés à 41 % - et bien sûr à 45 % - ne bénéficieront pas de la baisse d’impôt. »

Reste que les plus riches devraient bénéficier eux-aussi de la suppression de la taxe d’habitation, relève encore Le Parisien. Une « suppression qui se fera par tiers, entre 2021 et 2023. C’est ce qu’a subrepticement annoncé Edouard Philippe hier. (…) Mais gare à l’effet boomerang, prévient le journal, pour éponger cette nouvelle baisse d’impôts, le Premier ministre a prévenu qu’il faudrait de nouveau 'faire des choix pour contenir nos dépenses publiques'. »

Bref, reprendre d’une main ce qu’il a donné de l’autre…

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