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Retraites: comment convaincre les Français ?

Par Bruno Faure

Les Français vont devoir travailler plus longtemps. C'est même leur Premier ministre qui l’a dit lors de sa déclaration de politique générale devant l’Assemblée Nationale. Un exercice de funambule pour Edouard Philippe qui oscille entre prudence et volonté de réformer le système des retraites.

Edouard Philippe était attendu au tournant sur ce sujet des retraites, qui a bien alimenté les conversations des « gilets jaunes » sur les ronds-points et sera le grand chantier des mois qui viennent. Comment faire passer l'idée que tout le monde va devoir faire des efforts pour sauver un système qui date de la Seconde Guerre mondiale, certes plutôt avantageux par rapport à ce qui existe dans les pays comparables, mais menacé par le vieillissement global de la population ? Un système déjà en lourd déficit : 10 milliards d'euros, selon les dernières prévisions du Conseil d'orientation des retraites.

Temps et souplesse

Le credo du chef du gouvernement : tous au charbon, mais sans aggraver encore les inégalités, cette fameuse justice sociale érigée en priorité au même titre que l'urgence écologique. Il faudra « du temps et de la souplesse », a expliqué prudemment Edouard Philippe, premier de cordée qui sent bien le danger politique. Pas de date, pas de calendrier précis. Il s'en remet aux recommandations de celui qui négocie avec les syndicats, le Haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye. L'homme qu'un récent article des Echos présentait comme « le pompier de la République ».

Âge d’équilibre

En attendant un plan précis, on doit se contenter de pistes, d’orientations. Les Français garderaient la possibilité d'arrêter de travailler à 62 ans, ce que l'on appelle l'âge légal de départ à la retraite. Mais on sera fortement incité, c’est-à-dire financièrement, à patienter un peu plus, à rester dans le monde des actifs.

Combien d'années ? La question n'est pas tranchée. On va fixer « un âge d'équilibre ». Notion encore assez floue pour le moment. Ce qui est plus sûr, c'est que l'exécutif veut mettre fin à une certaine cacophonie: les 42 régimes de retraite qui ne feraient plus qu'un. Tout le monde, les salariés, les indépendants, les fonctionnaires dans le même panier. Les mêmes règles pour tous. Quand on cotise une somme, on obtient une même somme quel que soit son statut. Et puis on met fin aux « privilèges » dont bénéficient certaines professions comme les policiers, les militaires, les infirmiers, qui pour certains partent dès l'âge de 52 ans. Toujours la même logique, de l'équité, éviter que chacun regarde avec envie voire jalousie dans l'assiette de son voisin.

Mettre des garde-fous

Car tout cela n'est pas qu'une affaire de gros sous, c'est aussi une affaire de cohésion nationale, de solidarité entre les générations. On sait bien que les jeunes Français d'aujourd'hui n'auront certainement pas les mêmes avantages que ceux qui bénéficient du système actuel. Qui dit système de retraites par points, sous-entend que la valeur du point peut fluctuer. Et plutôt à la baisse, sachant que les retraités seront de plus en plus nombreux.

Anne-Marie Guillemard, sociologue spécialiste des retraites, évoque « un travail d'équilibriste » non plus entre trois mais entre « quatre générations », atteindre l'âge de 100 ans n'étant désormais plus un exploit. Il faudra donc « mettre des garde-fous » pour éviter que certaines catégories d'âge soient perdantes, et donc revanchardes. Éviter une vision purement comptable du système pour « redistribuer les chances d'emploi » sur toute la vie.

Le chômage des jeunes et celui des plus de 50 ans sont des problèmes criants et qui aggravent les inégalités au moment où l'on calcule ses droits à la retraite. Favorisons donc les mobilités professionnelles, rendons plus fluides les parcours d'entrée sur le marché du travail grâce à l'apprentissage par exemple. Et ça aussi est du ressort de l’État donc du gouvernement.

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