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Bobi Wine (chanteur et opposant ougandais): «Je prône une révolution pacifique»

Par Michel Arseneault

En Ouganda, c'est un député que l'on appelle «l'honorable Robert Kyagulanyi». Mais la plupart de ses concitoyens le connaissent sous son nom d'artiste: Bobi Wine. Car notre invité est à la fois un opposant au président Museveni et un chanteur adepte de l'afrobeat et du reggae. Son militantisme politique lui a coûté cher. Ses chansons sont interdites d'antenne et leur auteur - lorsqu'il n'est pas assigné à résidence - se retrouve régulièrement au tribunal. En avril dernier, il a été interpellé et inculpé pour avoir organisé un rassemblement illégal en 2018. Après trois jours de détention, il a été libéré sous caution. En tournée en Europe, Bobi Wine vient de donner des concerts au Danemark et aux Pays-Bas et doit se produire en Suède et en Allemagne. De passage à Paris, il répond aux questions de RFI.

RFI: Bonjour, comment préférez-vous qu’on vous appelle, Bobi Wine ou Robert Kyagulanyi ?

Bobi Wine: Je préfère la simplicité, que les gens m’appellent comme ils veulent, pourvu qu’ils retiennent mon message.

Quel serait ce message ?

C’est un message de liberté, de libération, mais peut-être, surtout, que nous pouvons y arriver nous-mêmes en tant que peuple.

Vous critiquez dans vos chansons le président Museveni et ce que vous appelez son « régime militaire ». Que lui reprochez-vous exactement ?

Le président Museveni est au pouvoir depuis 33 ans. Il est arrivé au pouvoir par la force des armes, et sa dictature se maintient au pouvoir par la force des armes. Quiconque s’oppose à Museveni, le président à vie, est ciblé et détruit.

Il faut savoir que le président Museveni a réduit ses adversaires au silence. Il a fait arrêter et emprisonner de nombreux dirigeants de l’opposition. Plusieurs d’entre eux ont été tués.

Ce que moi et mes amis prônons, c’est une révolution de la jeunesse, une révolution pacifique. Nous voulons réunir tous les Ougandais, tous les Ougandais qui en ont assez de la dictature et du régime militaire, pour réclamer ce qui leur revient : la liberté, la démocratie et l’état de droit.

Nous voulons voir la fin de ce régime militaire pour que les Ougandais puissent enfin exercer leur souveraineté en tant que citoyens.

Pourquoi dites-vous que c’est un régime militaire ? Il y a pourtant eu des élections...

Nous constatons qu'à l’occasion de ces élections, le président Museveni déploie l’armée -- des gens se font tabasser --, et il organise des fraudes électorales. A la dernière présidentielle, en 2016, les militaires ont investi les bureaux de vote et le principal candidat de l’opposition, Kizza Bessigye, a été arrêté et assigné à résidence. Il a même été empêché de se rendre au tribunal.

Tout ça, c'est le fait du président Museveni. A l’étranger, il se présente comme un démocrate. C’est pourquoi beaucoup de gens disent de lui que c’est un « dictateur éclairé ». Mais il faut savoir que mes chansons sont interdites, que je n’ai pas le droit d’assister à un quelconque rassemblement public, tout simplement parce que je critique le président Museveni – parce que moi et mon équipe envisageons de briguer la présidence.

En Ouganda, le simple fait de vouloir se présenter à un scrutin présidentiel est quasiment un crime.

Voulez-vous être président de l’Ouganda ?

Oui, je l’ai déjà dit et je le répète. Mon équipe et moi envisageons sérieusement de nous opposer au président Museveni à la prochaine élection. C'est dans moins de deux ans. Il ne faudra pas être surpris si, au nom de mon équipe, je suis candidat – si mon équipe est d'accord.

Pourquoi un chanteur comme vous voudrait-il être président ?

Je représente la jeune génération. Je représente les oubliés, les habitants des bidonvilles. Il y a tellement de pauvreté en Ouganda. Plus de 80% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Ce que moi et mes amis défendons, c’est une idée révolutionnaire : l'idée que les gens ordinaires doivent accéder à une citoyenneté pleine et entière.

Nous ne cessons de le répéter : l’Ouganda appartient à ses citoyens, et non au président Museveni et à sa famille.  

Une coalition de l’opposition est en train de se former. Quand devrait-elle voir le jour ?

Les discussions se poursuivent avec toutes les forces favorables au changement. Nous savons que, dans le passé, nous n’avons jamais pu surmonter nos divisions politiques et sociales, faire abstraction de nos partis politiques et de nos classes sociales. Maintenant, l’Ouganda est partagé entre oppresseurs et opprimés. Si Dieu le veut, nous arriverons à présenter un seul candidat d’opposition. Cela devrait être annoncé bientôt.

Un premier cas d’Ebola a été confirmé en Ouganda. Un petit garçon congolais de 5 ans. Que devrait faire l’Ouganda ?

L’hospitalité est au cœur des valeurs défendues par l’Ouganda. C’est une caractéristique de notre peuple. Et on ne peut pas fermer notre porte aux étrangers. Toutefois, le système de santé doit être plus vigilant. Ce n’est pas la première épidémie d’Ebola. Il faut investir davantage dans nos centres de santé pour contrôler et combattre les nouvelles épidémies.

Faut-il fermer la frontière ?

Certainement pas ! On ne peut pas refuser d’accueillir chez soi un voisin dont la maison est en flammes. Non, nous croyons à l’hospitalité, à la fraternité. Et, s’il y a une épidémie de l’autre côté de la frontière, il faut venir à l’aide de nos frères et sœurs.

Le Botswana vient de dépénaliser l’homosexualité. Est-ce que l’Ouganda devrait faire pareil ?

Les droits humains sont les droits humains – depuis la France jusqu’à l’Afrique. Tous ont les mêmes droits.

Dans le passé cependant vos chansons critiquaient l’homosexualité…

C’est vrai. Mais, comme vous dites, c’était dans le passé. A l’époque, je critiquais beaucoup la politique aussi . Je disais qu’il fallait laisser la politique aux politiciens. Mais j’ai fini par comprendre que tout est politique. De la même manière, je respecte tout le monde aujourd'hui, y compris ceux dont je ne partage pas les idées.

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