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L’échec de Netanyahu en Israël

Par Bruno Daroux

Comme chaque vendredi, nous retrouvons la chronique de Bruno Daroux, Le Monde en Questions. Vous revenez cette semaine sur la crise politique en Israël ? Benjamin Netanyahu n’a pas réussi à former une coalition majoritaire à l’issue des élections du 9 avril dernier. Du coup, la Knesset, le Parlement israélien s’est auto dissous, et de nouvelles élections générales sont prévues pour le 17 septembre. Et la question que vous posez, Bruno, est la suivante : Pourquoi Benjamin Netanyahu n’est-il pas parvenu à former cette coalition ?

Et bien parce qu’il n’est pas parvenu à trouver un compromis entre les ultrareligieux, opposés radicalement à l’idée que les ultra-orthodoxes fassent désormais leur service militaire, et les ultranationalistes, qui, en la personne de l’ancien ministre de la Défense Avigdor Liebermann, veulent exactement le contraire.
Certes, il est fréquent en Israël que les négociations pour former une coalition soient compliquées et se règlent à la dernière minute. Mais même in extremis, un compromis est en général trouvé. Pas cette fois.

Ce qui s’est joué dans cette crise, c’est d’abord l’animosité entre deux hommes qui se connaissent bien.

Avigdor Liebermann a été directeur de cabinet de Monsieur Netanyahu à la fin des années 90, il a été son ministre de la Défense plus récemment. Un poste dont il a démissionné avec fracas en novembre 2018 pour dénoncer la politique du Premier ministre vis-à-vis du Hamas dans la bande de Gaza. Monsieur Liebermann est un ancien du Likoud : il a quitté cette formation pour former un parti laïque d’extrême droite, Israël Beitenou, qui s’adresse à la forte minorité russophone israélienne.

Il a toujours voulu rivaliser avec Netanyahu sans vraiment y arriver. À défaut de rivaliser, il a réussi à l’empêcher de constituer sa majorité, sur la question de savoir qui doit ou pas faire son service militaire. Question devenue brûlante en Israël. L’exemption accordée par Ben Gourion aux ultra-orthodoxes, très peu nombreux dans les années 50 est devenu, à cause de leur progression démographique, un clivage entre laïques, qui réclament le même traitement pour tout le monde, et les religieux, qui souhaitent préserver un statut à part pour les jeunes religieux. En expliquant qu’il faut leur laisser le temps d’étudier la Thora dans les yeshivas, les écoles religieuses, et ne pas les confronter à la mixité.

Cette question, plus l’inimitié entre les deux hommes, aboutit donc à l’échec, et au retour aux urnes pour les Israéliens.

Un fiasco qui n’arrange pas les affaires de Donald Trump, dont le gendre Jared Kushner est arrivé au plus mauvais moment à Jérusalem. Il devait y présenter son plan de paix – présentation repoussée du coup.

Ce fiasco, enfin, complique aussi la situation personnelle de Benjamin Netanyahu, sous le coup de trois chefs d’inculpation depuis le mois de février.

S’il ne sort pas victorieux du scrutin en septembre, si, même en tête du vote, il échoue encore à former une coalition à ce moment-là, c’est alors devant la justice qu’il devra se présenter pour une première audition en octobre.

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