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Les malheurs d’Eskom sont-ils le symbole du déclin sud-africain?

Par Dominique Baillard

En Afrique du Sud, le gouvernement a reconnu il y a quelques jours avoir mis la main à la poche pour renflouer Eskom, car la compagnie nationale d'électricité a une nouvelle fois frôlé le dépôt de bilan. A trois semaines des élections, les déboires de cette entreprise publique constituent le problème numéro un du président Cyril Ramaphosa, candidat à sa réélection.

Eskom fait partie du quotidien des Sud-africains et souvent pour le pire. Des quartiers entiers des grandes villes sont régulièrement à l’arrêt faute d’électricité. Les délestages sont devenus monnaie courante ces dernières années. En théorie, Eskom produit et fournit du courant pour 90 % de la population. Mais l’entreprise n’est plus capable d’assurer ce service. Ses centrales vétustes, mal entretenues, tournent au ralenti. Les mauvaises langues assurent qu’elles sont exploitées en ce moment au maximum et que la lumière ne va pas tarder à s’éteindre au soir du 8 mai, la date du prochain scrutin.

Comment Eskom en est arrivé là ?

Cette entreprise, bientôt centenaire, a été créée en 1923 et a eu beaucoup de mal à suivre l’accélération de la croissance sud-africaine. D’où les premières pannes d’électricité qui surviennent en 2007. Si Eskom manque alors de réactivité, c’est déjà parce que les moyens financiers se font rares. Elle souffre des impayés historiques monstrueux : pour la seule ville de Soweto, l’ardoise se monte à un milliard d’euros. Pendant l’apartheid, refuser de payer était un acte de résistance, et cette pratique perdure encore aujourd'hui, surtout parmi les pauvres. Dans cette grande entreprise très bureaucratique, opaque, la corruption a aussi trouvé un nid douillet, elle a explosé pendant la présidence de Jabob Zuma, avec la complicité active des frères Gupta. Ils ont réalisé plusieurs opérations juteuses avec Eskom pour mettre la main sur les mines de charbon fournissant les centrales électriques sud-africaines.

C’est pendant cette période qu’Eskom a beaucoup investi dans deux nouvelles centrales à charbon

Ces projets pharaoniques ont complètement déraillé, leur budget a doublé et par conséquent, ils ont surtout plombé les comptes de l’entreprise, et privé les centrales vieillissantes de programme de maintenance. Ces défauts expliquent en grande partie les délestages actuels. Sous la présidence Zuma, le charbon et l’atome sont privilégiés au détriment des énergies renouvelables. Une stratégie coûteuse et aujourd’hui remise en cause, mais difficile à corriger, car des engagements financiers ont été pris. Selon le ministre des Finances, la société ne génèrera pas suffisamment de cash pour honorer ses remboursements pour les cinq prochaines années. Sa dette totale se monte à 30 milliards de dollars, 26 milliards d’euros.

Les Chinois ont été appelés à la rescousse, mais ils n’ont finalement pas tenu leur engagement

La China Development Bank devait verser en mars une première tranche d’un prêt de 2,5 milliards de dollars. Mais elle n’a pu sortir l’argent de ses caisses, d’où l’intervention urgente du ministre des Finances pour renflouer la société. Car toute la dette d’Eskom est garantie par l’État. Si l’entreprise fait défaut, c’est la dette souveraine sud-africaine qui trinque. Le sort de l’entreprise et celui du pays tout entier sont étroitement liés, c’est pourquoi la survie d’Eskom est un enjeu majeur de la campagne. Les déboires d’Eskom reflètent ceux d’une économie prometteuse, mais qui est aujourd’hui en triste état. D’après l’indice de gouvernance publiée par le cabinet spécialisé en risque politique Eunomix, l’Afrique du Sud traverse depuis douze ans une période de déclin comparable à celui d’un pays en guerre.

 

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