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A la Une: Emmanuel Macron au pied du mur

Par Frédéric Couteau

« Ce lundi soir, 20 heures : Macron joue son quinquennat », s’exclame Le Figaro. « Hier soir, le président a convoqué deux réunions à l’Élysée pour informer ses ministres de ses arbitrages, poursuit le journal. Une première en tête-à-tête avec Édouard Philippe. Une seconde d’"un format restreint" avec les principaux ministres concernés par la mise en œuvre des chantiers. Tout le week-end, il a enchaîné les entretiens avec ses plus proches, le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand, le patron du MoDem François Bayrou et le premier ministre Édouard Philippe notamment. "Il va annoncer de vrais changements très profonds et mettre sous tension le gouvernement et l’ensemble de l’administration, explique-t-on dans son entourage. C’est un mouvement en profondeur qui doit être enclenché à partir de maintenant". »

Que va annoncer le président ? On ne sait pas encore précisément mais le cadre est déjà connu, relève Le Parisien : « très attendues notamment, ses annonces fiscales, pointe le journal, pour amoindrir "l’immense exaspération" pointée par son Premier ministre lundi dernier. Et sans doute de quoi répondre aux attentes sur le pouvoir d’achat (réindexer les retraites sur l’inflation, par exemple) massivement exprimées lors du grand débat. Pour ce si délicat atterrissage, le président a voulu surprendre, relève encore Le Parisien. D’où une deuxième salve programmée mercredi, le temps de laisser "infuser", comme le résume un conseiller, les annonces présidentielles. Lors d’une conférence de presse à l’Elysée (exercice quasi inédit pour Macron), il répondra aux questions des journalistes… et distillera de nouvelles annonces. »

Quel(s) changement(s) ?

« Le changement, est-ce maintenant ? », s’interroge La Croix. « Après 22 samedis plus ou moins agités dans tout le pays et un vaste débat national, un cycle va se clore lors de la prise de parole, imminente, du chef de l’État. Lui seul dans le système institutionnel dispose des moyens pour éteindre le trouble. On imagine la pression sur ses épaules… La voie est étroite, le président assez seul pour arbitrer… »

Alors, pointe le quotidien catholique, « les mesures proposées par ses ministres ont balayé tout le spectre de gauche à droite. La cohérence commanderait au chef de l’État de garder son cap. Mais la logique lui imposera sans doute de tirer les leçons du blocage auquel ont conduit les deux premières années de son mandat. Alors qu’il prétendait conduire une politique "et de droite et de gauche", Emmanuel Macron va devoir trancher, estime La Croix. Sur le terrain politique, sortir de l’ambiguïté ne sera pas facile mais nécessaire. Sur le plan pratique, seul le souci de la cohésion nationale lui suggérera les bonnes réponses. »

Dans son entourage, pointe Libération, « ceux qui viennent de la droite voudraient voir, du corps de Macron, sortir un nouveau Juppé. Moins d’impôts, moins de dépenses, un déficit réduit et une posture d’autorité. Mais ceux qui viennent de la gauche, plutôt malmenés depuis l’élection présidentielle par le +président des riches+, soupirent après l’élan social perdu. »

Bref, conclut Libération, « pour conforter les espérances électorales, il faut de l’économique, version orthodoxe. Mais pour apaiser le peuple en colère, il faut du social. On passe du grand débat au grand dilemme. Il faudra donc pencher d’un côté ou de l’autre, tout en restant en équilibre. »

En effet, complète Le Télégramme, « c'est là où le bât blesse. [...] Du libéral ici, du social là. Il est vrai que le chef de l’État doit composer avec les aspirations divergentes chez les Français… et dans sa majorité. On le voit avec l’autre grand débat qui oppose à fleurets mouchetés la macronie de droite et la macronie de gauche. La rançon du "en même temps". »

Seul et en première ligne…

En tout cas, pointe Sud-Ouest, Emmanuel Macron est en première ligne et seul : « en ayant suscité des attentes considérables qui ne peuvent que créer déceptions ou aigreurs, il prend un risque considérable. Que la crise renaisse, que la révolte reparte - ce qu’il ne faut pas souhaiter - et il sera plus que jamais le seul objet de la colère. Il se met ainsi en grand danger. Autant dire que, ce soir, Emmanuel Macron doit se montrer à la hauteur de l’enjeu qu’il s’est lui-même fixé, avant de très vite laisser la main à son gouvernement, mais aussi à ces fameux corps intermédiaires qu’il a tant méprisés. »

Encore une fois, s’exclame Le Républicain Lorrain, « chacun se demande ce qu’il va sortir de son chapeau. Car s’il a le choix du jour et de l’heure pour s’exprimer, il n’a pas celui de décevoir. L’acte II du quinquennat pourrait se traduire soit par un retour en grâce, soit par une épouvantable descente aux enfers. Or un peuple impatient n’est pas indulgent. L’habilité ne suffira pas. Les mots encore moins. Les pistes réellement envisageables ne sont pas nombreuses. »

Pas de miracle ?

L’Est Républicain ne s’attend pas à un miracle… « Soyons clair. Il y a de fortes chances que les engagements à venir ne convainquent que ceux qui le sont déjà. Les marges de manœuvre budgétaires ont l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette. Et, sur la question centrale du pouvoir d’achat, beaucoup jugeront qu’il n’y aura jamais assez. La preuve ? Les 10 milliards d’euros lâchés l’hiver dernier au plein cœur de la crise ont d'ores et déjà été passés par pertes et profits… Et tout se passe comme s’ils n’avaient jamais existé. »

Enfin pour Les Echos, c’est carrément « mission impossible » pour le président… « Le chef de l’Etat ne s’est pas encore adressé à la nation que l’on devine déjà l’accueil réservé à son allocution. Ce dépit, il l’a anticipé, expliquant qu’il ne pourra pas satisfaire les millions de revendications individuelles charriées par le soulèvement des Gilets jaunes. La nature même de ce mouvement, agrégation de doléances éparses voire contradictoires, interdit d’y apporter de bonnes réponses. » En fait, pointe le quotidien économique, « le défi lancé à Emmanuel Macron est bien plus large qu’un catalogue de mesures. Il s’agit de répondre à un ensemble de frustrations individuelles et collectives, mais surtout de redonner foi dans un progrès possible. [...] Le discours d’un roi ne changera pas la France, concluent Les Echos. Ce sera aux Français, aussi, de se saisir des opportunités qui leur seront ouvertes. Le progrès ne tombera pas du ciel… »

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