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Fin du «système» en Algérie comme au Soudan…

Par Jean-Baptiste Placca

Difficile d'expliquer au général Gaïd Salah et au président Bensalah qu’il n’y a plus rien à sauver, et qu’ils peuvent remballer !

Après Bouteflika, Omar el-Bechir ! Les Soudanais ont même fait mieux : en l’espace de deux jours, ils sont parvenus à obtenir l’éviction du président, puis du successeur que l’armée lui a choisi. Exactement ce que veulent les Algériens. Et ce n’est pas fini ! A Alger comme à Khartoum, la population semble savoir ce qu’elle veut. Pourquoi vous paraît-il si évident qu’elle l’obtiendra ?

Elle l’obtiendra, sans doute en raison de l’image de détermination et d’endurance offerte par le mouvement, dans les deux pays. C’était, évidemment, un peu plus pacifique en Algérie qu’au Soudan, où il y a eu de nombreux morts. Mais, comme le clamait, hier, au micro de RFI, un manifestant algérien, ce peuple sait où il ne veut pas aller. Il n’y a plus que le général Ahmed Gaïd Salah, pour espérer un hypothétique retournement de situation. Avec Abdelkader Bensalah et, peut-être, quelques autres dignitaires de l’ordre ancien qui se terrent, ils peuvent toujours ruser encore quelques jours, tenter de diviser le mouvement en semant la zizanie, pendant une ou deux semaines. Mais ces subterfuges offrent peu de chances de succès. C’est la fin ! « Le système », comme l’appellent les Algériens, va être détruit, anéanti, comme Carthage !...

Comme elle est surprenante, l’incapacité des régimes qui s’imposent indéfiniment à leurs peuples à garder un peu de lucidité, quelque capacité d’analyse ! Pour la première fois, on parle, depuis hier, de violence, de blessés, à Alger. Les deux mois de manifestations contre Bouteflika n’ont été qu’une démonstration de maîtrise et de discipline de la part d’un peuple digne et debout. Le président dont ne voulait plus la population est parti, sans que des blessés ou des morts jonchent son chemin vers la sortie.

Qui accepterait que le sang des Algériens se mette subitement à couler, juste pour permettre aux anciens compagnons de Bouteflika de s’imposer à sa suite ? Dommage qu’il n’y ait pas, en Afrique, quelque voix pour rappeler au général Gaïd Salah et à Monsieur Bensalah qu’il n’y a plus rien à sauver, et qu’ils peuvent remballer !

Vous pensez au retrait du général Ahmed Ben Auf, au Soudan ?

Lui, au moins, il lui reste encore un peu de lucidité. Gaïd Salah imagine-t-il la place que tiendrait aujourd’hui Bouteflika dans le cœur des Algériens, s’il avait pris les devants, en ne briguant pas ce cinquième mandat du déshonneur ? L’ancien président, qui avait une si haute idée de son destin, va, à présent, finir sa vie dans l’indifférence, et personne ne le pleurera, lorsqu’il s’en ira. Tout cela, pour un cinquième mandat, supplément de gloutonnerie, qu’il n’a même pas pu briguer. Et malgré tout, ses amis veulent risquer leur liberté, la vie des Algériens et, accessoirement, peut-être la leur, pour continuer à jouir de privilèges dont ils sont déjà repus.

Si seulement, derrière le silence dans lequel se mure l’Afrique, l’on pouvait détecter le cri du peuple algérien, signifiant à Gaïd Salah et à Bensalah qu’ils se sont disqualifiés, et n’ont pas la confiance des populations pour les mener à des élections qui pourraient déboucher sur pire que le pire qu’ils viennent de vivre pendant deux décennies !

A Khartoum, pendant ce temps, les manifestants attendent les intentions du général Abdel Fattah Abdelrahman Burhan, pour décider de la suite.

Comme c’est impressionnant ! Même si l’on sait que les choses peuvent devenir un peu plus compliquées, lorsque les mille et un pères (et mères) de cette révolution pacifique voudront, chacun, avoir sa place (ou son mot) dans la conduite de la transition. Mais, la maturité avec laquelle ils ont, jusqu’ici, mené leur mouvement, autorise à penser que les Soudanais sauront se surpasser pour trouver un modus operandi. En sachant que les partis politiques traditionnels guettent, en embuscade, et tous ne sont pas plus recommandables que le sieur el-Béchir.

Alors, nouveau printemps arabe, et même printemps africain ?

Les peuples qui subissent des régimes sans fin ont tendance à se gargariser de slogans, ou à s’abreuver d’illusions, lorsqu’ils voient les prouesses d’autres peuples. Comme le Burkina, la Gambie, hier, l’Algérie et le Soudan, aujourd’hui. Mais pourquoi el-Béchir tombe au bout de trente ans, Bouteflika après vingt ans, Compaoré au bout de vingt-sept ans, et Yahya Jammeh après vingt-trois ans ?

Le fruit n’était peut-être pas mûr. Le peuple lui-même n’était peut-être pas prêt, n’avait pas la maturité qu’il a pu montrer, au moment crucial. Sans compter que, pour que de tels régimes tombent, il faut que des gens réfléchissent, quelque part, élaborent une, des stratégies, avec des plans B, C, D, bref, autant qu’il en faut, pour ne pas rentrer à la maison, à la première désillusion. Le hasard et l’improvisation suffisent rarement à sauver un peuple d’un régime despotique, ou d’un tyran.

Ce qui arrive lorsque les politiques confondent intérêt personnel et général