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J. Tubiana: «On sent une certaine insatisfaction au sein de l’armée» au Soudan

Par Carine Frenk

Au Soudan, des milliers de manifestants campent toujours devant le quartier général de l'armée à Khartoum pour appeler les militaires à rejoindre leur mouvement. L'armée s'est interposée par les armes entre les manifestants et les services de sécurité qui restent fidèles au régime d'Omar el-Béchir. L'armée qui semble se diviser aujourd'hui reste un des piliers du régime. Jérôme Tubiana, spécialiste du Soudan, est l'Invité Afrique de RFI.

Rfi : Le président Omar el-Béchir semble de plus en plus isolé. Nous avons vu des scènes de fraternisation. Est-ce que l’armée est en train de basculer du côté des manifestants ?

Jérôme Tubiana : Peut-être pas toute l’armée. Mais ce que l’on voit en tout cas, c’est qu’une partie de l’armée – les plus jeunes officiers, en particulier –, se rangent plutôt du côté des manifestants. Alors que la vieille hiérarchie militaire, les plus anciens officiers qui sont arrivés au pouvoir en même temps qu’Omar el-Béchir en 1989, restent plutôt loyaux. Mais cela fait quand même des années que l’on sent une insatisfaction croissante au sein de l’armée.

Il faut se rappeler que c’est une armée qui, depuis qu’Omar el-Béchir est au pouvoir, a été fortement mobilisée pour combattre des guerres dans tout le Soudan contre les populations civiles et des mouvements rebelles, et que, c’est une armée qui a souvent essuyé des défaites. Et des défaites qui ont eu des conséquences très grandes, puisqu’elles ont notamment conduit à la perte du Soudan du Sud. Un tiers du territoire soudanais perdu en 2011, l’essentiel de ses ressources pétrolières perdues à ce moment-là aussi, ce qui conduit directement à la crise économique actuelle et à ce mouvement de soulèvement. Donc c’est une armée qui, au fond, se sent depuis longtemps injustement traitée par le régime.

Sur qui s’appuie le chef de l’État, aujourd’hui ?

Il semble que le service du renseignement et de sécurité, qui est très puissant au Soudan, qui a ses propres forces armées, qui a aussi un pouvoir économique considérable et un budget très important, que ce service soit plutôt derrière Béchir, même s’il y a des rivalités internes au sein de ce service entre différents candidats à une succession de Béchir.

Il y a aussi des milices, en particulier des milices *Jandjaouïd*, qui avaient été les principaux acteurs de la répression très violente au Darfour, qui aujourd’hui, ont notamment une force d’élite que l’on appelle les Forces de Soutien Rapide. Et ces forces-là sont mobilisées aussi pour faire la répression des manifestants à Khartoum.

Et enfin, il y a le mouvement islamique. C’est-à-dire les Frères musulmans, qui ont porté Béchir au pouvoir, qui se sont par la suite divisés, mais qui aujourd’hui semblent plutôt derrière lui. Par contre l’armée, évidemment - on l’a dit -, est clairement divisée. La police semble aussi refuser la répression et le parti au pouvoir aussi. Le Congrès national, qui est le parti de Béchir, semble aussi montrer des divisions.

Et dans ce contexte de division, est-ce qu’il peut tenir sans le soutien de l’armée ?

Cela dépend. Il bénéficie aussi du fait que l’ampleur de ces manifestations fait qu’il y a un effet panique. Même des gens qui avaient plutôt envie de voir Béchir partir ou ne pas se représenter pour un nouveau mandat électoral, savent quand même qu’ils ont été d’une manière ou d’une autre ses complices. Notamment quant aux crimes qui ont pu être commis dans les zones de conflit, comme le Darfour... Donc ces gens peuvent commencer à paniquer.

Est-ce qu’ils ne risquent pas d’être entraînés dans la chute de Béchir ? Est-ce que tout cela ne risque pas de finir devant la Cour pénale internationale ? C’est pour cela qu’il y a pas mal d’incertitudes. Et c’est pour cela aussi que, ce que les manifestants demandent pour l’instant, c’est de pouvoir négocier une transition, y compris avec l’armée. Donc c’est une position qui est très modérée, même si au fond ce que souhaite tout le monde c’est bien plus que le départ de Béchir, c’est bien plus que le départ d’un seul homme. C’est un véritable changement de régime et une démocratisation du Soudan.

Quels sont les différents scénarios, aujourd’hui ?

Tout est possible. J’espère que l’on peut écarter le scénario d’une répression extrêmement violente, mais le régime en a tout de même la capacité. L’autre scénario serait, évidemment, cette transition négociée. Mais il faut voir où sera mis le curseur. Parce que, beaucoup de Soudanais ne seront sans doute pas satisfaits par un départ de Béchir, qui laisse la place à un nouveau régime militaro-islamiste similaire, mais avec d’autres têtes.

Et dans ce cas, cela voudrait dire qu’il pourrait s’exiler dans un État du Golfe, par exemple ?

Cela fait effectivement plusieurs années que l’on discute pour savoir quelles seraient les possibilités pour lui d’un exil sûr. Et en parlant, en particulier, d’États du Golfe comme le Qatar, mais aussi plus récemment *il s’est rapproché* beaucoup de l’Arabie saoudite. Mais au fond, je ne suis pas sûr que, du point de vue de Béchir, en réalité, aucun exil ne soit suffisamment sûr.

Et troisième scénario ?

Un troisième scénario. Le scénario idéal serait probablement un véritable changement de régime, même si cela plongerait certainement le Soudan dans une forte incertitude, tant il y a d’acteurs qui peuvent au Soudan même se révéler extrêmement dangereux. Toutes ces milices armées, ces forces de sécurité, de renseignement, qui comptent quand même des dizaines de milliers d’hommes en armes, qui ont des habitudes de répression extrêmement violentes… Mais pour autant, ce qu’on l’on peut souhaiter de mieux au Soudan c’est le changement, une véritable démocratisation. C’est ce que demandent d’ailleurs en réalité les manifestants.

Est-ce que ces manifestants sont dopés par les événements d’Algérie, en ce moment ?

Ah ! je ne sais pas. Les manifestations au Soudan ont commencé avant celles en Algérie. Je ne sais pas si cela dope les manifestations, mais je sais qu’à chaque fois qu’il y a des moments de démocratisation dans des pays de la région, le gouvernement soudanais les regarde avec beaucoup d’inquiétude. Ce qui est effectivement un signe qu’il y a toujours une peur de la contagion.

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