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Soudan: les raisons de la colère

Par Dominique Baillard

Au Soudan, les manifestants réclament aujourd'hui la fin du régime du président Omar el-Béchir. Leur soulèvement a commencé il y a trois mois, il a été déclenché par la hausse du prix du pain. Une des causes parmi d’autres, qui a alimenté la colère d’une population excédée par l’échec des politiques de développement.

Les revendications politiques ont maintenant pris le pas sur les demandes économiques. Et pourtant c'est bien cette crise économique et monétaire installée depuis de longues années qui a poussé la population à bout. Tous les regards convergent aujourd'hui vers Khartoum où les manifestants recherchent le soutien de l'armée mais le mouvement dépasse largement les limites de la capitale du pays. Il a commencé en province et a embrasé toutes les régions favorisées du Soudan. Ceux qui ont connu une relative prospérité il y a dix ans ne supporte plus la déliquescence de l'économie dont le symptôme le plus criant et le plus douloureux est l'inflation. Elle est aujourd'hui à 70%.

Pourquoi les prix ont-ils autant augmenté ? Parce qu'il n'y a plus d'argent dans les caisses. Retirer du liquide à la banque est une gageure. Il n'y a plus de devises pour importer du blé ou de la farine par exemple, d'où l'explosion du prix du pain. Cette crise monétaire, cette crise de liquidités n'est en rien une surprise. Avant même l'indépendance du Soudan du Sud en 2011, chacun savait que la session allait priver le Soudan des trois quarts de ses revenus pétroliers, et donc de sa principale source de devise. Le Soudan exporte maintenant deux fois moins de marchandises qu'il n'en importe. Les vingt ans d'embargo américain ont aussi contribué à tarir les flux en dollars. Les Soudanais ont cru que la situation allait s'améliorer quand il a été levé en 2017, mais cela a au contraire aggravé la crise, car les importations se sont envolées mais pas les exportations. Malgré les politiques mises en place pour doper les filières pourvoyeuse de devise comme l'agriculture et la mine.

Le Soudan n'a plus beaucoup de pétrole. En revanche il est devenu un grand producteur d'or. Il est même le troisième producteur africain, devant le Mali depuis 2017, avec une production annuelle d'une centaine de tonnes. Mais pas encore suffisamment industrielle pour être très rentable. L'extraction demeure largement artisanale. Et comme avec le pétrole, le gouvernement a voulu accaparer cette rente en obligeant les orpailleurs à commercialiser le minerai via la banque centrale. Tandis que le retraitement très lucratif des déchets miniers a été d’abord réservé à des sociétés amies du régime échappant totalement au contrôle de la banque centrale rapporte la chercheuse Raphaëlle Chevrillon-Guibert de l’IRD. Cette politique a dopé la contrebande et donc privé l'Etat de ressources fiscales et elle a généré beaucoup de ressentiments dans la population. Depuis quatre ans les conflits sont devenus incessants dans les zones minières témoigne Raphaëlle Chevrillon-Guibert, nourrissant la colère qui a explosé ces derniers mois aux quatre coins du pays.

Le développement de l'agriculture au profit des investisseurs étrangers a aussi suscité la rancoeur des campagnes. Les conditions généreuses offertes aux investisseurs ont attiré les fonds du Golfe, espérant trouver sur les terres irriguées par le Nil ce qu'ils n'ont pas chez eux pour couvrir leurs besoins alimentaires. C'est le comble du Soudan : ce pays exporte de la luzerne vers les pays du Moyen-Orient mais il doit importer du blé pour se nourrir. Etant donné la désorganisation du pays, le manque d'infrastructures, ces projets d'agro-business sont loin d'avoir rencontré le succès. En revanche, ils ont déclenché la colère des paysans. Depuis deux ans, les manifestations contre les expropriations sont devenues monnaies courantes dans les régions agricoles, attisant là encore le rejet d'un régime devenu incapable d'apporter le développement.

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