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Reportage France
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La Champagne en attente du Brexit

Par Agnieszka Kumor

La sortie des Britanniques du marché commun risque de peser sérieusement sur les opérateurs économiques et notamment sur les producteurs de champagne. Le Royaume-Uni est pour leurs vins le premier marché à l'exportation en volumes. Depuis l'annonce du Brexit, ce marché est en repli. Voilà pourquoi les champenois ont décidé d'agir.

Urville est un petit village situé dans le sud de la Champagne. C'est ici, depuis deux cent ans que se trouve le fief de la maison Drappier. En ce jour de printemps, pluvieux et hésitant, Michel Drappier, le propriétaire, attend des nouvelles de Londres. Le commercial de ce domaine familial est parti outre-Manche pour prendre la température du pays en plein psychodrame autour du divorce avec les Européens. Michel Drappier veut savoir comment son importateur compte s’organiser.

Les champenois ont anticipé le Brexit

Quant à lui, le PDG, a déjà pris les devants : « on a expédié beaucoup plus de champagne qu’à l’habitude. Mon importateur qui vend les vins français, qui est francophile et qui est ouvert au monde a importé trois fois plus par rapport à ce qu’il importe habituellement. On l’a aidé dans sa démarche. On a fabriqué plus de champagne et on en a stocké dans ses locaux à Londres. Aussi, on devrait pouvoir tenir au moins six mois sans trop de difficultés. Si les formalités douanières devaient rendre le passage des marchandises beaucoup plus laborieux, on serait en mesure d’approvisionner nos clients anglais. Car les Anglais aiment le champagne ! »

Le retour possible des frontières inquiète

Oui, les Anglais aiment le champagne, mais ils en boivent moins qu’avant. Tout comme les Français. Ensemble, la crise des gilets jaunes et le Brexit ont contribué à un repli de 4,1% des volumes et de 1,9% du chiffre d’affaires global ! Et si, par précaution, les distributeurs britanniques ont rempli leurs caves jusqu’au plafond « de nouvelles commandes, elles, ne viennent pas », précise Jean-Marie Barillère. « Nos amis britanniques n’ont pas trop le cœur à la fête », constate le président de l’Union des Maisons de Champagne et co-président du Comité Champagne. « Dès l’annonce du Brexit, une forte dévaluation de la livre sterling a eu lieu par rapport à l’euro. Ce qui a contribué à un repli des expéditions et à une hausse (de facto) des prix sur le marché britannique ».

Le retour des frontières avec le Royaume-Uni ne va rien arranger. Michel Drappier se souvient : « quand j’ai exporté au Royaume-Uni pour la première fois, en 1983, je suis parti avec ma voiture. J’ai pensé simplement que je rencontrerais le douanier pour régler les formalités et traverser la Manche. Eh bien, j’ai passé sept heures bloqué à la frontière parce qu’il fallait déclarer ceci ou cela, ou encore régler les accises, et ce directement à la frontière. C’était très difficile de traverser la Manche avec du champagne car le transport des alcools exigeait le paiement des accises. On a un peu peur de retomber dans la situation que l’on connaît des échanges avec l’Amérique latine ou avec l’Afrique. Là-bas, un tas de complications administratives existent. » Aujourd’hui, le Royaume-Uni n’est pas un marché prioritaire pour la maison Drappier comme c’était le cas il y a vingt ans encore. C’est son cinquième marché en ordre de grandeur, loin derrière la Belgique, son premier marché à l’exportation.

Le prix dans les magasins anglais risque de grimper

Et puis, avec l'imposition des taxes douanières, une bouteille de champagne pourrait coûter beaucoup plus cher au Royaume-Uni. « Une partie des consommateurs britanniques se détournera forcément des champagnes au profit d’autres vins effervescents, tels que les prosecco ou les cavas », regrette Charline Drappier. Fille du patron et responsable des ventes au domaine représente la huitième génération de vignerons d’Urville. Pour elle, Londres est une vitrine pour les vins et les spiritueux du monde entier. Un endroit où naissent les tendances. C’est pourquoi, même après le Brexit, elle compte bien y rester : « on a la chance d’être distribué dans 105 pays. Il faudra sans doute redoubler d’effort pour obtenir les mêmes résultats qu’avant. »

Le champagne se mondialise

« Le Brexit amènera, sans doute, une baisse de ventes des champagnes premier prix, parce qu’ils ne seront plus aussi compétitifs par rapport aux autres vins effervescents du monde », renchérit Benoît Collard, directeur exécutif du champagne Piper-Heidsieck. « Mais en parallèle, il y aura des consommateurs qui seront attirés par les champagnes de meilleur qualité et de marque. Des clients prêts à y mettre un certain prix ». Pour ce producteur dont le premier marché à l’export est l’Australie, le Brexit serait une occasion pour le champagne de poursuivre sa mondialisation.

Car les grandes maisons de champagne préparent déjà leur « après Brexit ». Les producteurs se tournent vers de les Etats-Unis (devenus leur premier marché en valeur), vers l'Europe et l'Afrique du Sud, l'Asie ou encore le Mexique. « Sans oublier les marchés de vins émergents, comme l’Inde ou la Corée du Sud », rappelle Virginie Morvan, responsable des achats de la cave Lavinia à Paris. « Le champagne est un produit de luxe. Mais c’est aussi une région, l’une des plus dynamiques parmi les vignobles français ». Ce qui constitue la force de cette région viticole c’est sa présence à l’international. La moitié de la production de champagne est désormais vendue à l'étranger.

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