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Gagner du temps, mais pour quoi ?...

Par Jean-Baptiste Placca

Abdelaziz Bouteflika entend-il le son de la voix de son peuple ? Le discours des manifestants algériens est d’une limpidité qui ne laisse aucune issue au chef de l’Etat et à son entourage : c’est la fin ! Bon gré, mal gré !

Les semaines passent, en Algérie, et la détermination du peuple algérien ne se dément pas. Dans le même temps, le pouvoir semble dérouler son propre agenda, ignorant manifestement les injonctions de la foule des manifestants. Se peut-il que le pouvoir ait, en réserve, une recette miracle, susceptible de lui permettre de retourner une opinion apparemment hostile ?

A l’heure qu’il est, plus rien ne permet de croire que les Algériens pourraient cesser leurs manifestations avant d’avoir obtenu gain de cause sur leur seule et unique exigence : Bouteflika doit partir ! Avec le système qu’il a mis en place.

Il arrive un moment où même les pouvoirs les plus solidement installés doivent se rendre à l’évidence : lorsque la fin devient inéluctable, ils peuvent brandir toutes les menaces, user de toutes les ruses, multiplier les subterfuges. Ils s’en iront ! Mais comment est-ce possible que des dirigeants supposés puissants, soient les seuls, lorsque se dessine la fin, à ne pas réaliser que plus rien ne peut sauver leur régime ! Et c’est ici que des personnes que l’on a toujours connues comme des sujets lucides, brillants, parfois, en viennent à donner l’impression de manquer de jugement, en plus de manquer de sens de l’histoire.

A quoi peut-on attribuer cela ?

C’est à la capacité de ces dirigeants – de ces chefs d’Etat – à savoir partir, que l’on distingue, finalement, ceux qui ont gouverné pour servir, de ceux pour qui le pouvoir n’aura été, essentiellement, qu’un fonds de commerce, dont ils ont tellement joui qu’ils ne peuvent plus s’en passer. Vous gagnez des élections pour exercer un mandat. Si votre peuple vous en accorde un second, vous le conduisez jusqu’au bout, et vous rendez votre tablier, sans faire comme si le pouvoir politique était un bien familial, et que l’on ne supporte pas de devoir transmettre à quelqu’un d’autre que ses propres descendants. Le président Bouteflika et ceux qui le poussent ou agissent en son nom se sont totalement discrédités.

Abdelaziz Bouteflika fut, à une époque, un des plus brillants chefs de la diplomatie de toute l’Afrique. Le sort lui a offert une seconde vie, qu’il aurait pu terminer avec classe. Qu’un homme qui a occupé des fonctions aussi prestigieuses, avant de devenir, pendant vingt ans, chef d’Etat, en soit à vouloir grappiller quelques mois, une année de plus aux affaires n’est-il pas l’aveu d’une conception patrimoniale du pouvoir ?

Peut-on penser qu’il veut simplement préparer le pays à une succession harmonieuse…

Avec tout le respect que nous lui devons, il s’est disqualifié, pour ce qui est de l’organisation de sa succession. Trop tard ! Il aurait dû y avoir songé et s’en être occupé depuis au moins cinq ans. S’il avait eu réellement conscience de la nécessité de toutes ces concertations et autres réaménagements institutionnels qu’il promet maintenant, il se serait grandi en les organisant plus tôt, avant même d’être diminué, comme il l’est, par la maladie. Il n’est point besoin d’être mal intentionné pour comprendre que toutes ces manœuvres visent à organiser la survie d’un système, pour continuer à régenter le pays. Comme si cette jeunesse digne et debout, disciplinée et déterminée que nous observons depuis un mois n’était pas capable de prendre valablement le relais, pour libérer les énergies dont déborde ce pays. C’est une criminelle vanité, que de penser que ceux qui n’ont rien su anticiper sont encore les mieux qualifiés pour ramener un peu plus de justice dans la répartition des richesses de ce pays, et projeter la nation vers le futur. Et puis, à quoi vous servent tous ces soutiens, quémandés à Moscou et ailleurs, si vous n’avez pas, d’abord, celui de votre propre peuple ?

Pour avoir trop vivoté, ces dernières années, au rythme de la santé chancelante de son président, l’Algérie, en rompant avec « le système » Bouteflika, ne peut que retrouver de la vigueur, un dynamisme et un esprit de conquête, à la mesure de la vitalité de sa jeunesse.