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Bénin: «Le président veut des élections sans les partis d'opposition»

Par Christophe Boisbouvier

Depuis la célèbre conférence nationale de 1990, c’est une première dans l’histoire du Bénin. Le 28 avril prochain, lors des élections législatives, aucun parti d’opposition ne pourra se présenter, faute de récépissé délivré par les autorités. A qui la faute ? Peut-on encore corriger le tir ? Eric Houndété est vice-président à l’Assemblée nationale et député du parti d’opposition FCBE, le parti de l’ancien président Boni Yayi. En ligne de Porto Novo, la capitale politique du Bénin, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Pour l’instant, aucun parti de l’opposition n’est autorisé à se présenter aux législatives. Pourquoi ces partis ont-ils déposé des dossiers incomplets ou pas de dossiers du tout ?

Eric Houndété : Non, non, non. Il faut remettre les choses en place : aucun parti n’a déposé des dossiers incomplets. Les partis pour faire leur mise en conformité ont déposé des dossiers complets. Le gouvernement, notamment le chef de l’Etat, a fait une interprétation personnelle et personnalisée de la loi pour trouver des écueils dans les dossiers des partis d’opposition, et donc les empêcher d’avoir leur récépissé pour pouvoir se présenter aux élections législatives prochaines. Il faut rappeler que, par une manœuvre politico juridique, le président de la Cour constitutionnelle a pris une décision pour créer une pièce nouvelle, le certificat de conformité, qui n’est ni dans le code électoral, ni dans la charte des partis. Un document qu’il rend obligatoire pour la participation des partis aux élections, à moins de trois semaines de la date limite de dépôt des dossiers.

Donc officiellement, vous avez eu trois semaines pour essayer d’obtenir ce fameux certificat de conformité. Pourquoi ne l’avez-vous pas eu finalement ?

Parce que le chef de l’Etat ne veut pas que les partis d’opposition aient le certificat. Il veut pouvoir aller à l’élection sans l’opposition, parce que, quand vous demandez les raisons qui sont évoquées, entre autres que des partis qui existent, qui ont des difficultés à l’Assemblée nationale, le FCBE [Forces cauris pour un Bénin émergent]a une trentaine de députés à l’Assemblée nationale aux dernières élections. On demande à un parti comme ça de venir se justifier. Est-ce que normalement si vous avez eu à vous marier sous un régime donné, sur le fondement d’une loi donnée sur le mariage et que la loi sur le mariage change, est-ce que les époux sont obligés d’aller recommencer leur mariage ? Ils ne sont pas obligés de recommencer leur mariage. Donc les partis politiques existants devraient continuer à exister, surtout s’ils sont allés à des élections et s’ils ont des élus. Vous voyez très bien que la loi qui a été faite, comme la plupart des lois qui sont faites dans le pays depuis quelques mois, quelques années maintenant que le président [Patrice] Talon est là. Ce sont des lois « drones » qui ont pour objectif de détruire l’opposition.

Ce mercredi, le chef de l’Etat a déclaré : « Le constat est malheureux. Organiser des élections sans aucun parti d’opposition, cela n’honore pas le Bénin. Je ne suis pas l’aise ». Est-ce à dire qu’il va corriger le tir ?

Nous espérons qu’il corrige le tir. Nous espérons que ce ne soit pas un marché de dupes. Le chef de l’Etat effectivement a déclaré qu’il est très embêté par le fait qu’il n’y ait pas de partis d’opposition. Il l’a dit, mais il l’a dit en contradiction flagrante par rapport à ce qu’il a dit le 25 [février]. Le 25, il nous a expliqué que, si l’opposition ne va pas aux élections, ça ne le gênerait pas. Aujourd’hui, il change d’avis. J’espère qu’il est sincère, car ce pays est le pays de tous les Béninois, toutes les tendances doivent aller aux élections. Il n’y aura pas d’élections sans l’opposition.

Et quelle est la solution : est-ce qu’il faut repêcher les partis pas autorisés, est-ce qu’il faut modifier la loi électorale, est-ce qu’il faut reporter la date des élections ?

La première chose qu’il faut faire, c’est de délivrer le récépissé à tous les partis politiques qui ont satisfait aux exigences essentielles, c’est d’acter la reconnaissance officielle de tous les partis politiques qui en ont fait la demande et qui ont déposé des dossiers au ministère, sans chicanerie. Ça, ça peut se faire, c’est ça qui rassure. Deuxièmement, il faut réaménager le calendrier électoral en évitant qu’il y ait un vide juridique constitutionnel, en évitant qu’il y ait un trou au niveau du Parlement, son mandat arrive à terme le 15 mai. Il faut faire en sorte que le 15 mai, nous ayons déjà fait les élections pour pouvoir installer un nouveau Parlement. A ce que nous entendons dire, c’est que le souhait de certaines personnes de la majorité présidentielle est de repousser les élections d’une année pour leur permettre de reconquérir une partie de l’opinion qui les a abandonnées. Nous, nous ne voulons pas ça. Nous voulons que les élections aient lieu maintenant dans les délais.

Ce mercredi, vous avez refusé de participer à une rencontre avec le chef de l’Etat. Etes-vous dans une stratégie de boycott ?

Pas du tout ! Le chef de l’Etat ne nous a pas donné la considération qu’il faut, le respect qu’il faut. La rencontre qu’il a convoquée hier, il l’a convoquée sans nous préciser l’ordre du jour. Et nous lui avons demandé, pour venir à une telle rencontre, qu’il fallait qu’il garantisse une retransmission en direct de la rencontre pour que la population béninoise ait la quintessence du message qui aura été dit dans la salle.

Vous êtes député du Parti FCBE de l’ancien président Boni Yayi. Il y a d’autres partis d’opposition importants comme l’ Union sociale libérale (USL) de Sébastien Ajavon. Pourquoi n’êtes-vous pas dans une stratégie commune ? Pourquoi n’êtes-vous pas capable, par exemple, de faire une liste commune pour les élections ?

Nous sommes dans une stratégie commune, à la fois avec beaucoup d’autres partis, dont le parti USL de Sébastien Ajavon et le parti Restaurer l’espoir de Candide Azannaï. Je pense que des échanges sont en cours avec d’autres partis aussi pour que nous puissions avoir une stratégie commune face à la crise créée par le gouvernement du président Talon.

Sébastien Ajavon, qui est arrivé troisième à la présidentielle de 2016, est en exil en France depuis sa condamnation à vingt ans de prison pour trafic de drogue en octobre 2018. Essayez-vous de profiter de son absence peut-être pour ratisser à l’intérieur de son parti, pour aspirer ses militants ?

Non, nous ne faisons pas cela. Nous travaillons ensemble et nous avons ensemble ce mercredi rencontré la délégation de la Cédéao [Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest]. Nous avons ensemble ce mercredi fait une conférence de presse commune après la réunion organisée par le chef de l’Etat. Nous allons ensemble présenter les propositions qui sont les nôtres pour améliorer la situation à l’Assemblée nationale, au président de l’Assemblée nationale. Donc nous sommes dans une stratégie qui construit une opposition forte et soudée.

Et cette condamnation à vingt ans de prison, c’est un verdict justifié ? Il y a vraiment eu trafic de drogue ou c’est un « coup monté », comme dit Sébastien Ajavon ?

Nous pensons que ce procès est un mauvais procès, qui s’est déroulé dans de mauvaises conditions. On n’a pas donné la parole à ses avocats. On a créé une cour spéciale [Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet)] pour pouvoir le juger. Toutes ces conditions enlèvent la pertinence à ce procès et à cette condamnation. Et nous travaillons à nous battre pour que la justice soit rétablie en ce qui concerne Sébastien Ajavon.

Il veut se pourvoir en cassation, mais ses avocats affirment que la justice béninoise fait obstruction. Vrai ou faux ?

C’est vrai et ce n’est pas normal. Ce n’est pas acceptable.

Thomas Boni Yayi et Sébastien Ajavon sont deux fortes personnalités qui ne se sont pas toujours entendues sur l’échiquier politique béninois. Sont-elles capables aujourd’hui de s’unir face à Patrice Talon ?

Le danger qui guette le Bénin, la souffrance que subissent les Béninois sont au-dessus des clivages entre Boni Yayi et Sébastien Ajavon. Je ne vois pas très bien les choses qui les divisent. De légères incompréhensions, ça ne suffit pas pour diviser les forces de l’opposition. Nous allons continuer à travailler ensemble la main dans la main pour redonner espoir aux Béninois.

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