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Oumar Sall: «Nous nous battons pour faire des films avec peu de moyens»

Par Olivier Rogez

Le Fespaco s'est terminé samedi soir avec la victoire de « The mercy of the jungle » du réalisateur rwandais Joël Karekezi. Les producteurs africains ont été nombreux à faire le déplacement dans la capitale burkinabè. Le métier de producteur n'est pas toujours facile en Afrique où les moyens dédiés au cinéma sont généralement plutôt faibles. Notre invité est un producteur heureux, le Sénégalais Oumar Sall qui a déjà remporté deux étalons de Yennenga grâce au réalisateur Alain Gomis. Il évoque les joies et les difficultés de son métier.

RFI : Oumar Sall, est-ce qu’il est facile d’être producteur aujourd’hui, en Afrique, dans le cinéma. Quand on voit toutes les difficultés, j’imagine qu’il faut beaucoup d’abnégation et de courage.

Oumar Sall : Oui, en effet. Parce qu’un film, c’est toujours un travail fastidieux. Surtout dans un continent qui finance peu son cinéma.

Est-ce que, économiquement, un film produit au Sénégal, tourné au Sénégal, est rentabilisé aujourd’hui ?

Ce n’est pas évident. Parce que nous sommes dans un continent où globalement il y a une disparition des salles de cinéma. C’est vrai que le cercle vertueux est peu constitué. Je veux dire que le retour sur investissement n’est pas évident. Oui, c’est ce qui rend ce métier de producteur très, très difficile. Mais nous nous battons chaque jour, en tout cas, à faire exister des films avec le peu de moyens que nous pouvons avoir et avec les guichets qui sont devant nous.

Distribuer « Félicité » d’Alain Gomis, j’imagine que c’est assez simple, surtout après le succès qu’il a eu. Mais pour les autres œuvres comment vous faites, vous, en tant que producteur, est-ce que vous cherchez d’autres moyens de distribution ? Je pense aux plateformes numériques, à toutes ces choses-là.

Evidemment. En tout cas c’est tout ce qui peut permettre de créer une petite économie que nous partons chercher, que ce soit les plateformes, les avions, etc… Et aujourd’hui, aussi, j’ai un partenaire qui s’appelle Côte Ouest et je travaille avec eux dans la distribution en général. Nous avons aussi les salles de cinéma qui reviennent petit à petit, mais jusqu’à maintenant cela n’assure pas. En tout cas, comme on dit, cela ne permet pas à un producteur de vivre de son art ou d’avoir le retour sur investissement escompté.

Comment est-ce que vous choisissez les films que vous souhaitez produire ?

Il suffit de lire quelques lignes de synopsis pour pouvoir se décider. Ce que je dis c’est que mes sujets sont très clairs. Je ne suis pas dans l’Afrique de la lamentation. Je choisis des sujets qui peuvent donner au reste du monde quelque chose pour rejoindre Senghor, c’est l’universalité. Le questionnement que je me pose c’est « Qu’est-ce que je peux montrer au reste du monde, à travers le sujet que je suis en train de choisir ? ». Parce que nous devons nous faire notre place en fonction de ces sujets, en fonction de nos choix. Voilà la ligne qui me permet de choisir les films. Je ne suis pas dans les clichés, je ne suis pas dans… On raconte, on dit les choses qui existent chez nous, loin de réfuter, loin de renier.

Donc il y a des lignes rouges que vous ne voulez pas franchir ? Vous ne ferez pas, par exemple, des films d’action, comme vous le disiez, le film des lamentations ?

Mais non, on fera des films d’action, mais toujours de manière intelligente ! Voilà… Nous passons des messages très clairs. Mais comme je dis, pas tant le misérabilisme, parce nous n’avons pas. Nous devons marcher tout droit et fiers, en Afrique ! Et surtout, c’est vrai que nous, les producteurs d’ici, nous vivons beaucoup de difficultés, mais nous devons rester et marcher tout droit et fiers.

Quel est votre rêve de producteur ?

Premièrement, c’est d’exister. Et je pense qu’à ce niveau nous avons beaucoup fait, après avoir produit quand même deux Etalons, de Yennenga pour le Sénégal, plus un prix de la Cédéao, plus Berlin, qualifié mon pays aux Oscars jusqu’au groupe des neuf. Mais, comme je dis, je fonctionne avec une planification. C’est encore mon rêve, c’est encore, exister et montrer au reste du monde que nous pouvons croire - en Afrique -, en nos propres modèles.

Est-ce qu’il y a un film, une thématique dans votre tête, où vous vous dites : « Un jour j’aimerais produire ça » ? Je ne sais pas. Une comédie musicale, une épopée historique… N’importe quoi. Est-ce que vous avez un rêve, comme ça, et que vous vous dites : « Le jour où je rencontre un réalisateur qui m’apporte ce projet, je fonce » ?

Vous savez, aujourd’hui - comme je dis -, au-delà de ce que nous sommes en train de produire, nous avons ce qu’on appelle ce « Game of Thrones » en Afrique. C’est possible, parce que nous avons, aujourd’hui, des personnalités historiques comme Ndiadiane Ndiaye. Ce sont des héros, et nous sommes obligés… En tout cas c’est un passage obligatoire, parce que ce sont mes socles de valeur ! Et je dois m’asseoir sur ces propres socles de valeur et me propulser vers l’avenir ! Il y a Ndiadiane Ndiaye, Lat Dior… Et il y a nos guides, aussi : Ahmadou Bamba, Mabela Zimasa… Tous ces gens sont là et ces leaders, aujourd’hui, méritent d’être connus. Mais nous allons le faire sous forme de « Game of Thrones » en Afrique. J’ai un jeune, qui m’a proposé un super projet comme ça, en animation ! J’ai également un projet sur l’empire de Soundiata. Et vraiment, vous me posez une question - je suis dedans -, mais je vous assure que je suis à plein dedans, dans ces sujets et dans cette trajectoire !

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