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Saïd Djinnit: «La région des Grands Lacs est fatiguée de ces guerres fratricides»

Par Sébastien Nemeth

Saïd Djinnit est sur le départ. L’envoyé spécial de l’ONU pour la région des Grands Lacs, nommé fin 2014, termine son mandat dans un mois, le 31 mars 2019. À quelques semaines de la fin de sa mission, notre correspondant à Nairobi l’a interrogé sur la situation régionale actuelle. Malgré des tensions grandissantes entre les pays, Saïd Djinnit se veut résolument optimiste. Il est l’invité de Sébastien Nemeth.

Le Rwanda est accusé de soutenir les rebelles burundais. Et inversement, le Burundi est accusé de soutenir les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Bujumbura souhaite un sommet sur ce problème. Est-ce que cela vous semble nécessaire ?

Saïd Djinnit : Dans les réunions auxquelles j’ai assisté, à aucune de ces rencontres des chefs d’Etat n’ont jugé utile d’avoir un sommet sur cette question. Et vous savez très bien que le Rwanda a toujours considéré qu’il n’est pas partie prenante de la situation au Burundi, et qu’il n’y a pas lieu de parler de relation entre ces deux pays, parce que le problème est entièrement interne selon le Rwanda.

Le Rwanda accuse également l’Ouganda de chercher à le déstabiliser. L’Ouganda a expulsé ou jugé des Rwandais accusés d’espionnage. Qu’est-ce qui doit être fait là-dessus ?

Cette question était au cœur du sommet de Kampala en octobre 2018. Et nous avons décidé de consacrer les débats à la question des forces négatives, et la méfiance et la suspicion qu’elle entraîne entre certains pays et notamment le Rwanda et le Burundi, mais aussi entre l’Ouganda et le Rwanda. Les dirigeants ont demandé au président [Denis] Sassou-Nguesso de voir ce qu’on peut faire. Il a admis que c’est souvent des questions de famille. Il est difficile de s’immiscer souvent dans des questions de familles. Et d’ailleurs, eux-mêmes reconnaissent qu’ils se connaissent trop bien, ce sont des amis, ils ont travaillé ensemble, ils n’ont besoin de personne pour régler leurs problèmes, mais qu’ils vont les régler. Donc ils sont assez positifs, ils sont capables de régler leurs problèmes.

Vous ne trouvez pas que les tensions sont quand même assez fortes dans cette région ?

Les tensions se sont accrues, il n’y a pas de doute. Elles sont plus visibles après la crise au Burundi, puisque le Burundi a accusé le Rwanda d’être impliqué dans cette affaire, ce que le Rwanda nie totalement. Mais entre-temps, ce qui est surprenant, c’est que deux alliés aussi forts que le Rwanda et l’Ouganda aient ces incidents, mais ont tendance à dire que c’est une brouille passagère, qu’ils ont les mécanismes, qu’ils ont les relations qu’il faut pour les surmonter.

Vous ne craignez pas qu’à terme, si cela s’aggrave, la RDC devienne ou redevienne un peu le champ de bataille de ses voisins ?

J’espère que non. Je crois que non. Je crois que les Congolais sont fatigués, la région est fatiguée de ces guerres fratricides. Il y a un fort sentiment de destin commun. Les peuples bougent toute la journée. Aujourd’hui, le mouvement de l’histoire est fait par les peuples. Et les leaders de la région n’ont d’autres choix qu’accompagner la marche des peuples qui est celle de l’intégration.

La RDC a expulsé plusieurs milliers de personnes, combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et civils, vers le Rwanda, suivi de fermeture de camps de transit. Est-ce que ce type d’opération va dans le sens de la paix ?

Je pense. C’est une décision prise par le sommet, en octobre 2017 à Brazzaville, qui a établi un mécanisme de suivi pour essayer de faciliter le rapatriement des FDLR qui étaient présents dans des camps de transit, et les M23 [Mouvement du 23 mars] qui sont encore en attente. Et ce mécanisme, qui s’est mis en place, a commencé à travailler. Et dans ce contexte, il y a eu cet arrangement bilatéral et cela s’est passé selon toutes les informations que nous avons reçues de façon pacifique, sans aucun incident majeur. Une visite est prévue au Rwanda pour s’assurer qu’ils ont été bien pris en charge. Entre-temps, au moment où je vous parle, il y a une mission de comité de suivi qui est en Ouganda et qui est en train de rapatrier de façon volontaire 67 ex-M23. Et quand il y a cette collaboration, il y a des résultats.

L’expulsion des combattants FDLR et de ces civils n’était pas volontaire. C’est une expulsion de force. Est-ce qu’on n’est pas en train de violer le mécanisme de suivi du rapatriement ?

Les opérations qui ont été menées dans le cadre stricto sensu du mécanisme de suivi ont été faites sur une base volontaire. Par contre, il y a eu un accord entre les deux pays pour effectivement l’expulsion de ces groupes qui s’est passée dans des conditions acceptables, sans incident. Il faut se rappeler qu’ils étaient là depuis la fin 2014-2015. Ils n’étaient pas dans des camps de façon indéterminée. Ce sont des camps de transit.

La question du M23 est toujours pendante. Est-ce qu’on n’est pas là quelque part dans l’échec du processus de désarmement-démobilisation-réintégration (DDR) ?

Le problème du M23 n’est pas à l’ordre du jour. C’est un problème résiduel. Il faut dire aujourd’hui que le problème du M23 est largement dépassé.

Cela ne risquerait pas d’être source d’instabilité à l’avenir ?

Beaucoup ont déjà été rapatriés. Je pense que la voie à suivre, c’est que ces gens soient rapatriés dans toutes les conditions de dignité et de sécurité, et surtout qu’une fois rentrés en RDC, ils soient traités dignement et en sécurité conformément à la loi nationale. Nous n’avons aucun élément du contraire.

Le Congo, Félix Tshisekedi semble avoir été accepté par ses pairs au dernier sommet de l’Union africaine. Est-ce que cela marque la fin de cette crise électorale ?

Il faut l’espérer. Le président Tshisekedi a été soutenu et il y a une volonté d’accompagnement de la communauté internationale. Le gouvernement doit se mettre en place et ensuite, le travail doit aller de l’avant.

Sur le Burundi, le président Pierre Nkurunziza a promis de ne pas se présenter en 2020. Est-ce que vous le croyez ?

Je n’ai aucune raison de ne pas croire le président Nkurunziza quand il annonce qu’il ne se présentera pas aux élections.

Les tentatives de dialogue pouvoir-opposition ont pour l’instant échoué. Appelez-vous la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est (EAC) à se retirer peut-être au profit de l’Union africaine pour reprendre le dossier ?

Non. La Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est est saisie, continuant à soutenir la communauté. Pour reprendre le dialogue, il faut d’abord une volonté de dialoguer. Des efforts doivent être maintenus sur les différentes parties, en particulier celles qui n’ont pas montré le même enthousiasme par rapport au dialogue parce que, je crois qu’il est important de créer un climat apaisé avant les prochaines élections.

Le pouvoir vous semble réticent justement à ce dialogue ?

Le cinquième round a eu lieu à Arusha sans la participation du gouvernement. Il y a encore des efforts à faire à l’endroit du gouvernement. Mais cela ne veut pas dire que les autres partis ont collaboré entièrement avec le facilitateur.

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