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A la Une: en Algérie, la rue à défaut d’urnes

Par Frédéric Couteau

C’est le titre de l’éditorial du quotidien Liberté, alors que les manifestations se poursuivent dans le pays contre un nouveau quinquennat du président sortant Abdelaziz Bouteflika et alors que le même président va déposer le 3 mars, comme convenu et comme si de rien n’était, sa candidature officielle…

« La rue à défaut d’urnes », donc. « Surréel, s’exclame Liberté : (le Premier ministre) Ahmed Ouyahia invite les Algériens à s’exprimer librement et en toute démocratie en exerçant leur droit de vote le 18 avril prochain. Il laisse entendre, ainsi, que ceux qui manifestent dans la rue pour rejeter le 5e mandat pourraient empêcher Bouteflika de rempiler simplement en glissant un bulletin dans l’urne. [...] Grotesque », lance le quotidien algérien. « Les Algériens savent depuis longtemps que les élections dans leur pays ne servent qu’à formaliser un choix convenu et entériné loin d’eux, le plus souvent contre eux. La fraude électorale est une réalité intangible dont personne ne doute. »

« Entêtement suicidaire »

El Watan, pour sa part, dénonce la surdité du gouvernement… « On a compris l’attitude du gouvernement, du club présidentiel et de l’alliance des galaxies perdues qui se sont réunis, par téléphone ou de vive voix, pour adopter une posture commune : il ne s’est rien passé, tout est absolument normal. Un million de personnes sont sorties dans la rue, mais c’est normal, ce jour-là il faisait chaud et il n’y avait rien d’intéressant à la télévision. [...] La logique est donc celle-ci, poursuit El Watan : il ne s’est rien passé de particulier et la vie suit son cours, l’élection aura bien lieu, le régime n’a pour l’instant aucune intention de reculer et si les marches deviennent plus violentes à cause de cet entêtement suicidaire, ce sera entièrement la faute à l’incivisme de la population. »

« La barrière de la peur est brisée »

Commentaire du journaliste et poète algérien Salah Badis qui participait à la grande manifestation de vendredi dernier à Alger, commentaire recueilli par Le Monde Afrique : « il a fallu vingt ans de présidence Bouteflika pour que les Algériens brisent la barrière de la peur et qu’ils retournent dans la rue. Vingt ans pour relever, ne serait-ce qu’un peu, le plafond d’humiliation et de mascarade qui pèse sur eux. Les gens, ici, à Alger et dans les autres villes, ont eu besoin de temps pour guérir du passé et pour démasquer les illusions, et la première d’entre elles : les photos d’un président absent. »

Et Salah Badis de s’interroger : « que se passera-t-il après cela ? A mon avis, la réponse importe peu pour l’instant. Ce qui importe vraiment, c’est que le domaine des possibles s’est étendu en Algérie aujourd’hui. »

Le pouvoir mise sur l’essoufflement du mouvement

Du côté du gouvernement, on tente de calmer le jeu, relève le site d’information algérien TSA : « l’apaisement, c’est la carte pour laquelle il semble qu’on ait opté en haut lieu. [...] Chez les partisans du président, on mise sur l’essoufflement du mouvement de contestation avec, comme feuille de route, éviter les propos provocateurs et mettre en exergue la volonté de réformes affichée par Bouteflika dans sa lettre-programme du 10 février dernier. [...] En plus clair, poursuit TSA, on croit encore que le président sera réélu le 18 avril prochain. Sur ce point, l’heure ne semble pas aux concessions. [...] L’offre du pouvoir ressemble à peu près à ceci : le changement sortira de la conférence nationale mais il faudra d’abord réélire Bouteflika. Toutefois, s’interroge TSA, qu’en pensera la rue ? Première réponse ce vendredi 1er mars (où une nouvelle grande manifestation est prévue à Alger). »

Un scénario à l’égyptienne ?

Dans la presse ouest-africaine, on s’interroge, avec notamment cette question posée par le quotidien Aujourd’hui au Burkina Faso : « un printemps de dattier est-il possible en Algérie ? [...] Pour le moment, le pouvoir laisse faire, et les forces de l’ordre, bien que le doigt nerveusement sur la gâchette, et les démangeaisons sur les matraques, restent sans réagir, espérant que le mouvement mourra de sa belle mort, s’essoufflera et s’éteindra, mais rien n’est moins sûr. Et si c’était le contraire, s’interroge encore Aujourd’hui, et qu’on en arrive à un scénario à l’égyptienne, avec une fraternisation entre manifestants et forces de l’ordre ? L’Algérie est-elle vaccinée contre une révolution ? »

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