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Chronique des Matières Premières
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Les défis de l'extension de l'agriculture biologique en France

Par Claire Fages

La demande en produits bio a doublé en France depuis cinq ans. Et elle va continuer de croître avec les nouveaux objectifs en restauration collective. C'est pourquoi le programme Ambition bio 2022 prévoit de doubler les surfaces consacrées à l'agriculture biologique en trois ans. Mais les défis sont de taille.

L'agriculture biologique change d'échelle en France. Il s'agit de satisfaire un marché de consommation de 8,7 milliards d'euros, qui croît d'un milliard d'euros par an et qui va continuer de croître puisqu'en 2022, la loi française imposera au moins 20 % de produits bio dans les cantines publiques.

La demande en pain bio est déjà telle que les meuniers doivent importer de 35 à 45 % de leur blé bio, principalement des pays de l'Union européenne (Allemagne, Autriche, Italien, Roumanie, Slovaquie).

Autonomie en blé bio en 2024 ?

Le marché est là, et les conversions à l'agriculture biologique s'accélèrent en France. Un record de conversions en 2018 : 6 200 agriculteurs selon l'Agence Bio malgré les retards de paiement des aides gouvernementales ! Il faut dire que le blé, par exemple, est payé 530 euros la tonne en biologique contre environ 200 euros actuellement en conventionnel. Cela compense il est vrai des rendements plus faibles à l'hectare. La filière espère atteindre l'autosuffisance en blé meunier bio d'ici cinq ans. Plus globalement le plan Ambition bio 2022, lancé par le ministère de l'Agriculture vise à faire passer les surfaces en bio de 6,6 % à 15 % d'ici moins de trois ans.

Course à la terre et aux fertilisants d'origine animale

Cet essor de l'agriculture biologique va demander de résoudre des équations difficiles. L'agriculture biologique apporte des bienfaits collectifs sur la santé, l'eau, etc. Mais le point noir, souligne l'Institut national de la recherche agronomique, c'est l'emprise foncière : il faut plus de terre pour le même rendement. Il risque également d'y avoir une course aux fertilisants naturels que sont les déjections animales, seules acceptées en bio. Si l'on veut parvenir aux objectifs annoncés, préviennent les chercheurs, il va falloir redistribuer l'élevage dans les zones de grandes cultures en France. Mélanger les ovins et les bovins pour un prélèvement idéal sur les prairies. Adapter les régimes alimentaires : le foncier serait optimal en bio si l'on mangeait 12% de protéines d'origine animale, contre 70% aujourd'hui. Enfin l'agriculture biologique aura tout à gagner, estime l'INRA, des adaptations génétiques et de l'agriculture de précision.

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