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Pour Freedom House, la Serbie n'est plus une démocratie

Par Laurent Rouy

Pour la première fois depuis quinze ans, la Serbie n’est plus considérée comme une démocratie par l’Organisation d’observation de la démocratie Freedom House. Le niveau de démocratie était en baisse depuis 2014 en Serbie, mais cette année la baisse fait basculer le pays dans la liste peu enviable des Etats partiellement libres.

La démocratie se détériore en Serbie depuis bientôt cinq ans selon l’ONG américaine Freedom House. Cette ONG lie cette dégradation à l’arrivée au pouvoir, d’abord en tant que Premier ministre, puis à la fonction présidentielle, d’Aleksandar Vucic, un ancien leader nationaliste reconverti en « pro-européen ». Depuis son arrivée au pouvoir, la liberté de la presse est en baisse constante et le nombre des attaques contre les journalistes est en augmentation. La société civile a aussi perdu de l’influence dans le débat public.

Par ailleurs, la qualité de la gouvernance, aussi bien au niveau national que local, s’est détériorée. Les campagnes de diffamation contre les opposants sont régulières dans une partie de la presse contrôlée par le régime. La Serbie reste un relatif bon élève dans les Balkans, mais surtout parce que les autres pays de la région n’étaient pas pour la plupart considérés comme complètement démocratiques. Le rapport de l’ONG décrit une politique gouvernementale à tendance autoritaire, destinée avant tout à renforcer le pouvoir du parti du président Vucic, le Parti progressiste serbe.

Des désaccords en nombre

La première réaction est venue de la Première ministre, Ana Brnabic, qui a affirmé partout où elle le pouvait son désaccord avec les conclusions du rapport. Selon Ana Brnabic, le rapport n’est pas objectif et la Serbie est aujourd’hui un pays plus libre qu’il y a quelques années. L’autre réaction gouvernementale est venue de la ministre de la Justice, Nela Kuburovic, qui relativise la portée du rapport de Freedom House, qui doit, selon elle, être lu en entier avant de conclure. Elle rappelle aussi que son ministère a soutenu plusieurs lois en faveur de l’état de droit.

Seul, le centre belgradois pour les droits de l’homme, par l’intermédiaire de sa présidente Vesna Petrovic, a réagi dans les médias. Pour cette activiste des droits humains, de nombreuses organisations non gouvernementales continuent leur travail en Serbie, pour la démocratie, l’éducation, l’écologie... mais ces organisations n’ont plus d’interlocuteur au gouvernement, qui les ignore. Mais au-delà des diverses réactions, notons que la Serbie connaît ses plus grandes manifestations de protestation contre le pouvoir depuis le 5 octobre 2000, puisque dans des dizaines de villes, dont bien sûr Belgrade, les manifestations hebdomadaires justement contre les travers du pouvoir du président Aleksandar Vucic, rassemblent de plus en plus de monde.

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