rfi

À l'écoute
  • Direct Monde
  • Direct Afrique
  • Dernier journal Monde
  • Dernier journal Afrique
  • Dernier journal en Français facile
  • Dernier journal Amériques - Haïti
Bonjour l'Europe
rss itunes deezer

Nouvelle crise politique en Bosnie-Herzégovine

Par Jean-Arnault Dérens

La Bosnie-Herzégovine, qui n’a toujours pas de gouvernement, trois mois et demi après les élections du 7 octobre dernier, est à nouveau plongée dans une profonde crise politique. Quel a été le prétexte à cette nouvelle poussée de tension ? Eclairages de notre correspondant dans la région.

Mercredi 23 janvier, le SDA, le parti nationaliste bosniaque, a annoncé qu’il entendait déposer un recours devant la Cour constitutionnelle contre le nom de la Republika Srpska, « l’entité serbe » d’une Bosnie-Herzégovine toujours divisée, estimant que cette appellation était discriminatoire pour les Bosniaques, les Croates et tous les citoyens non-serbes vivant sur le territoire de cette entité.

Il a ainsi provoqué la colère immédiate de Milorad Dodik, le membre serbe de la présidence tripartite du pays. Jeudi, tous les partis serbes du pays ont adopté une résolution commune, menaçant de quitter les fragiles institutions du pays. Milorad Dodik lui-même a annoncé qu’il envisageait de « suspendre » sa participation à la présidence collégiale.

Le SDA et les partis serbes sont coutumiers de telles provocations…

Depuis la signature des accords de paix de Dayton, en décembre 1995, la Bosnie est un pays théoriquement uni mais divisé en deux entités, la Republika Srpska et la Fédération croato-bosniaque de Bosnie-Herzégovine, mais surtout, où tout le pouvoir a été laissé à des oligarchies nationalistes qui ont tout intérêt à provoquer régulièrement ce genre de crise. Alors que la Bosnie ne sort pas du marasme économique et qu’elle est frappée par un exode continu de ses citoyens qui s’accélère brutalement ces dernières années, ces partis n’ont que la carte du nationalisme à jouer pour justifier leur maintien au pouvoir.

Trois mois et demi après les dernières élections, les nationalistes bosniaques, croates et serbes sont en pleines négociations pour tenter de former un nouveau gouvernement, mais celles-ci achoppent sur la question du rapprochement du pays avec l’Otan, auquel s’opposent les Serbes. Tout le système politique bloqué de la Bosnie repose sur une alliance tacite entre les nationalistes qui ont besoin de provoquer sans cesse de nouvelles crises pour mobiliser, chacun, leur propre opinion publique. L’initiative du SDA a sûrement pour but de faire monter les enchères, et beaucoup d’analystes locaux estiment avec amertume que le dirigeant serbe Dodik a sûrement dû ouvrir le champagne après cette nouvelle provocation des Bosniaques.

Cette nouvelle crise intervient dans un contexte régional particulièrement tendu…

On parle toujours beaucoup d’un « accord final » entre le Kosovo et la Serbie, qui passerait par un échange de territoires entre les deux pays. Cela pourrait constituer un redoutable précédent permettant aux Serbes de Bosnie de revendiquer la sécession de leur entité et son rattachement à la Serbie. Pour leur part, les nationalistes croates réclament toujours la création d’une troisième entité pour se séparer des Bosniaques. Il y a dix jours, n’hésitant pas à remettre un peu d’huile sur le feu, le président turc Recep Tayyip Erdogan a réclamé une « révision » des accords de Dayton, alors qu’il recevait la présidente de Croatie, Kolinda Grabar Kitarovic. Pour sa part, Milorad Dodik a été rencontrer le président russe Vladimir Poutine, en visite la semaine dernière à Belgrade et il jouit également d’un soutien nouveau de l’administration américaine. Steve Bannon, l’inspirateur américain des extrêmes droites européennes, lui a même apporté son soutien lors de la dernière campagne électorale. Les nationalistes des trois communautés de Bosnie-Herzégovine excellent dans l’art de jouer les pompiers pyromanes mais, à jouer sans cesse avec le feu, on risque pourtant d’allumer des incendies que plus personne ne pourra éteindre.

Allemagne: quasi-fin du «Soli», l’impôt de solidarité finançant la réunification

Suède: l’histoire d’un jeune réfugié afghan, gardien de chèvres à Stockholm

République tchèque: Prague Pride, une semaine de fête pour les droits des LGBT+

Allemagne: les réfugiés arrivés il y a 4 ans s'intègrent de mieux en mieux

Ukraine: les députés en stage intensif pour apprendre les rouages de la politique

Des villages des Dolomites durement frappés par la tempête Vaia se relancent de manière inédite