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Renault: une direction à deux têtes pour remplacer Carlos Ghosn

Par Aabla Jounaïdi

Après deux mois de crise, le groupe Renault peut enfin tourner la page Carlos Ghosn et désigner un successeur à son patron emblématique. Pour reprendre les rênes de la marque française, un duo est présenté ce jeudi 24 janvier 2019 au conseil d'administration exceptionnel de Renault : Jean-Dominique Senard pour la présidence, et Thierry Bolloré à la direction générale.

Le porte-parole du gouvernement français, Benjamin Griveaux, l'a confirmé ce jeudi matin sur Radio Classique : « Il y a un duo qui sera présenté ce matin au conseil d'administration ». Deux têtes, ce ne sera pas de trop pour aborder les nombreux chantiers minés qui s'annoncent.

La dernière condition pour les désigner a été levée dans la nuit avec la démission de Carlos Ghosn, toujours détenu à Tokyo. Première mission pour le tandem, remettre de l'ordre en interne à Renault. Car l'incertitude autour du sort du désormais ex-PDG du groupe a ébranlé les équipes.

Pour la CFE-CGC, le principal syndicat chez Renault, il faut remettre de la sérénité. Il faut aussi que désormais chacun tienne son rôle. Un président pour la stratégie, un directeur général pour tout ce qui touche à l'opérationnel. Cela vaut mieux qu'un PDG qui concentre les pouvoirs, résume bien le syndicat, en référence au rôle omnipotent de Carlos Ghosn jusqu’ici.

Cette direction a deux têtes, l'État français, principal actionnaire de Renault, y tient particulièrement. Renault devra aussi revoir la composition du conseil d'administration qui n'a pas assez exercé ses fonctions de contrôle. On en avait déjà eu un aperçu en 2015, lorsqu'il avait validé une hausse de la rémunération de Carlos Ghosn contre l'avis des actionnaires.

D'ailleurs, la question des émoluments qui reviennent à Carlos Ghosn devra aussi être tranchée par la nouvelle direction. Dans le contexte actuel, avec les enquêtes internes en cours chez Renault sur les rémunérations des dirigeants, voilà un sujet des plus explosifs.

L'urgence : éviter le divorce avec Nissan

Si les liens n'ont pas été rompus, il faut continuer de faire tourner la machine. Il faut très vite rétablir la confiance, car la survie de l'alliance est en jeu. Cette alliance Renault-Nissan, Carlos Ghosn (PDG de Renault depuis 2005) était chargé, ces derniers mois, de la renforcer et de la pérenniser.

Pour le ministre de l'économie Bruno Le Maire, si Jean-Dominique Senard, le président de Michelin, était bien désigné ce jeudi pour remplacer Ghosn, ce serait un « excellent choix » pour poursuivre sur cette voie. Et de balayer le scénario de la fusion, qui a refait surface dans la presse japonais ces derniers jours. Ce scénario n'est pas sur la table, a dit le ministre.

Ce qui est clair, c'est que les Japonais veulent en profiter pour rebattre les cartes et rééquilibrer les choses pour mieux coller à la nouvelle réalité de l'alliance. Nissan, on l'a dit souvent, c'est de loin le moteur de cette alliance ; il tire les ventes, loin devant la marque Renault. Or, sa participation dans Renault est très inférieure à celle de Renault au capital de Nissan... et sans aucun droit de vote.

Si Jean-Dominique Senard est choisi ce jeudi, ce sera à lui, dans les mois qui viennent, non seulement d'apprendre à faire connaissance avec Nissan mais surtout de négocier les nouveaux termes avec les Japonais, avec derrière lui l'État actionnaire qui veille au grain.

Le directeur général pourrait être Thierry Bolloré

Sa tâche ne sera pas moins ardue. Celui qui assure l'intérim depuis l'arrestation de Carlos Ghosn a maintenu la barre. Il a maintenu les réunions avec le management japonais, dans une ambiance qu'on imagine tout sauf chaleureuse, pour continuer de faire tourner l'alliance, dont les synergies sont très importantes.

S'il est confirmé comme directeur général, c'est en duo avec Jean-Dominique Senard qu'il devra piloter le groupe au losange dans des eaux agitées cette année. Carlos Ghosn laisse un groupe en bonne santé financière et dont les ventes ont atteint un bon chiffre avec 4 millions de véhicules en 2018, boostés par le low-cost et l'électrique.

Mais le secteur commence à ressentir le recul des ventes sur le premier marché mondial, la Chine. La menace des tensions commerciales et le Brexit pèsent toujours sur le secteur. Le durcissement des normes anti-pollution en Europe est aussi un sacré virage à négocier pour Renault comme pour tous les constructeurs.

Grâce à Ghosn, le tournant de la voiture électrique a été abordé précocement et tire les ventes. Mais comme pour le développement des voitures autonomes, pour garder une longueur d'avance, cela exige de nombreux et lourds investissements. Des investissements qui ne peuvent se concevoir qu'en maintenant intacte l'alliance Renault-Nissan, n°1 mondial.

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