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L’ubérisation en procès

Par Aabla Jounaïdi

A Madrid, un chauffeur de taxi a été hospitalisé hier dans « un état très grave ». Conséquence d’un choc avec une voiture lors d’une manifestation des taxis contre la concurrence des VTC, les véhicules de transports avec chauffeur. La colère contre Uber et ses concurrents locaux reste élevée partout dans le monde. Accusé, pêle-mêle, de concurrence déloyale par les taxis, de favoriser la congestion des villes ou encore de saper les droits des travailleurs, Uber est bien malmené ces derniers temps.

L’OIT, l’organisation internationale du travail qui fête ses 100 ans ces jours-ci vient de demander une régulation internationale de l’activité d’Uber et des autres. Car, depuis 10 ans que la société américaine a été lancée en proposant de mettre en relation via son application mobile un client et un conducteur privé à proximité contre rémunération, elle a fait des petits, inspirés d’autres sociétés sur ce modèle de « l’économie collaborative ». Ainsi naquit l’« ubérisation ».

Mais ubérisation rime avec exploitation pour de plus en plus de chauffeurs VTC qui se tournent vers la justice. A Londres, le mois dernier, la cour d’appel a requalifié le contrat de chauffeurs indépendants en contrat de travail. Et donc décidé qu’Uber devait un salaire minimum, des pauses et des congés payés. Ce que l’entreprise a contesté en faisant appel. A Paris aussi, il y a quelques jours, la cour d’appel a conclu en ce sens. Et Uber s’est pourvue en cassation.

Qu’est-ce qui est débattu dans cette bataille juridique ?

C’est pourtant le modèle sur lequel s’est construit Uber et les autres plateformes concurrentes. Uber soutient que les chauffeurs qui se connectent sur la plateforme sont libres d’organiser leur journée de travail comme ils le souhaitent. Mais à Londres comme à paris, la justice dit en fait que ces chauffeurs répondent aussi à des directives précises : Uber a les moyens de contrôler leur exécution et de sévir le cas échéant.

Selon la jurisprudence, cela définit un lien de subordination implique un contrat de travail mettant en lumière le flou juridique dans lequel ces entreprises évoluent.

Un flou juridique qui fait des dégâts

Uber et les plateformes du genre ne couvrent pas toute la sécurité de leurs collaborateurs. Si bien que rien n’empêche à un chauffeur de multiplier les heures indéfiniment au mépris de sa santé ou sa sécurité. Or, ils sont très exposés comme l’a hélas encore prouvé la mort la semaine dernière à Bordeaux d’un jeune coursier à vélo.

En France par exemple, la loi reconnait désormais la responsabilité sociale d’Uber en lui imposant - si le travailleur a souscrit une assurance accident - de la prendre en charge. Mais le statut des travailleurs reste largement précaire. Beaucoup n’ont pas d’assurance personnelle faute de moyens. Ils reprennent espoir avec les dernières décisions de justice qui en feraient, si elles sont confirmées, des salariés à part entière et Uber une entreprise comme une autre.

Vers un changement de modèle ?

Uber est plus que jamais pris en étau. Entre un modèle qu’il a contribué à créer et qui colle à notre époque. On est content de pouvoir avec notre téléphone commander une pizza à toute heure. Ce modèle donne du travail à de nombreux jeunes via l’auto-entrepreneuriat. Et en même temps, les Etats sont forcés d’agir.

Pour, garantir des revenus décents et il est intéressant de voir que la ville de New York, le premier marché de la plateforme, vient d’imposer un salaire minimum pour les chauffeurs, garantir le droit à la santé parce que quand ce marché n’est pas régulé, c’est plus de véhicules en circulation dans les villes donc plus de pollution, et puis il peut y avoir des enjeux de sécurité, lorsque ces VTC entrent en confrontation avec les taxis classiques.

Alors comment Uber, entreprise ultra déficitaire qui doit faire son entrée en Bourse cette année à New York peut-elle survivre ? Elle explore toujours de nouveaux marchés, en Afrique par exemple, où la question de la régulation fait défaut dans de nombreux domaines.

Uber explore surtout de nouveaux créneaux comme par exemple les vélos et trottinettes autonomes, qui se rangent tout seuls dans leur emplacement et qui présentent l’avantage de réduire les frais de personnel. Mais ça, Uber se garde bien de le souligner.

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