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Brexit: le cauchemar des entreprises britanniques se précise

Par Aabla Jounaïdi

Cette fois, c'est la bonne ! Le Parlement britannique se prononcera ce mardi 15 janvier 2019 sur l'accord trouvé par la Première ministre Theresa May avec l'Union européenne pour régler les conditions du Brexit. Mais de sérieux doutes persistent. Seule une minorité de députés seraient prêts à voter dans le sens du gouvernement. Cela fait craindre une sortie sans accord, le cauchemar des entreprises, en particulier outre-Manche.

Une sortie sans accord, cela veut dire qu'il n'est plus question d'une « période de transition » jusque 2020. Ça laisse tout juste 73 jours aux entreprises pour s'adapter. De quoi s'attendre à un chaos.

Les entreprises sont très inégalement préparées à cette sortie de l'UE. Qu'un accord soit passé ou non par les députés britanniques, la City, l'industrie financière à Londres, sait déjà qu'elle ne pourra plus compter sur le fameux passeport européen qui lui donne le droit de vendre des produits financiers sur le continent. Elle s'est adaptée tout au long de ces derniers mois à cette nouvelle donne.

Le cabinet Ernst and Young estime qu'au moins 885 milliards d'euros ont déjà été transférés dans un des 27 pays de l'UE. Ce qui ne veut pas dire que l'on n'anticipe pas des secousses sur les marchés. D'après Bank of England, la livre sterling pourrait perdre de sa valeur comme après le référendum.

Comment les milieux patronaux se positionnent-ils avant ce vote fatidique ?

Ils n'ont pas varié. Globalement, les patrons continuent de se jeter dans la bataille derrière le gouvernement de Theresa May en faveur de l'accord de sortie avec l'UE. Il limite la casse, pour eux.

Sur l'impact désastreux en cas de sortie sans accord, ces derniers jours, on a beaucoup entendu les patrons d'une industrie très intégrée et très dépendante du marché unique, l’automobile. Plusieurs grands groupes ont dû licencier du personnel. Certes, pour des raisons qui ne tiennent pas seulement au Brexit.

Leur inquiétude, c'est la situation de chaos attendue au port anglais de Douvres. Une très large part des biens importés et exportés du Royaume-Uni y transitent. Une sortie sans accord et le Royaume-Uni redevient une île. Avec retour des frontières, des taxes et des contrôles de marchandises et de personnes.

Si l'accord est rejeté, ce que l'on voit aujourd'hui à Douvres, ce ballet harmonieux et bien huilé de camions et de ferries deviendra une cacophonie sans nom. Pour les usines, grâce à sa logistique fluide, Douvres est au cœur de leur stratégie du « 0 stock » qui leur a si bien réussi.

Une sortie sans accord, ça veut dire des délais à cause des procédures plus lourdes, et donc des pertes financières importantes. Cela vaut aussi pour les Irlandais qui ont très peur que le retour de la frontière bloque l'acheminement des produits alimentaires et augmente les coûts.

Le gouvernement de Theresa May ne s'est pas privé d'utiliser cet argument

Le gouvernement a débloqué 120 millions d’euros pour désengorger Douvres en cas de sortie de l'UE sans accord. Et il a multiplié ces dernières semaines les études d'impact, les démonstrations prétendument grandeur nature, et les appels aux magasins à constituer des stocks dans la perspective où tout viendrait à manquer.

Est-ce que ce n'arrive pas un peu tard tout de même ? Pour ses opposants politiques, c'est évident. Le Parlement a d'ailleurs voté un amendement pour limiter ses dépenses destinées à préparer un « no deal ».

L'impréparation du gouvernement britannique à une sortie sans accord fait écho à celles de plusieurs entreprises. Elles sont nombreuses, notamment les plus petites, à n'avoir élaboré aucun plan dans l'attente du vote de ce mardi soir. Un vote qui devait initialement se tenir le 11 décembre et à l'issue duquel tout peut encore arriver.

Des deux côtés de la Manche, les infrastructures douanières doivent être renforcées mais elles ne seront pas prêtes non plus pour un retour des contrôles douaniers dans 76 jours. Voilà pourquoi les professionnels de la logistique estiment que sans un délai tel que celui qui est contenu dans l'accord avec l'UE, il sera très difficile d'être prêt pour le grand chamboulement.

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