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Pourquoi le Soudan n’arrive pas à relancer son économie?

Par Aabla Jounaïdi

Au Soudan, plus de 800 manifestants ont été arrêtés depuis les trois semaines que dure le mouvement de protestation contre le gouvernement. Un mouvement qui trouve son origine dans la hausse des prix et qui a pris rapidement des allures de révolte politique. Désormais, il sera encore plus compliqué pour le pays de sortir du marasme économique.

L'année dernière, à la même époque, les mêmes ingrédients étaient réunis: la hausse du coût de la vie et les pénuries avaient mené des foules dans la rue. Le gouvernement avait réprimé le mouvement, il y avait eu des arrestations et des morts, mais c'était alors un mouvement centré sur la capitale avec les étudiants en pointe. Aujourd'hui, on assiste à une contestation plus large, socialement, et géographiquement. C'est que la situation n'a fait que se dégrader. La fin des subventions sur les produits de première nécessité, qui a multiplié le prix du pain par 3 ou augmenté le prix du carburant de 30%, n'est que la goutte d'eau qui fait déborder le vase.

Pourquoi l'Etat soudanais ne parvient pas à redresser la situation économique ?

D'abord, il part de loin. En 2011, quand le Soudan du Sud est devenu indépendant, Khartoum a vu trois quarts des revenus du pétrole lui échapper. Depuis, il ne touche que les royalties, les droits de passage du pétrole via ses pipelines. Là encore, la chute du prix du pétrole n'a fait que tarir ce flux... Ce sont donc des milliards en moins dans les caisses de l'Etat. Pour un pays très dépendant des importations, c'est moins de devises pour importer les marchandises et aussi moins de ressources pour soutenir la livre soudanaise qui n'a fait que perdre de la valeur et donc alimenter l'inflation qui a atteint 70 % en 2018.

Est-ce que la sortie partielle de l'embargo américain en 2017 ne devait pas améliorer les choses ?

Omar el-Béchir ne s'est pas gêné pour rappeler que son pays était toujours marqué par ces dix années de sanctions dont les Etats-Unis ont mis en partie fin en octobre 2017. Depuis, le gouvernement soudanais a donné des signes de bonne volonté: il s'est éloigné de l'Iran, collabore en matière de lutte anti-terroriste ce qui doit en principe permettre à terme de sortir le Soudan de la liste des Etats qui soutiennent le terrorisme. Ce point reste un gros frein aux investissements étrangers au Soudan et une partie de la classe politique aux Etats-Unis se prononce pour le statu quo tant que les libertés publiques sont menacées au Soudan. De fait, les investissements étrangers qui seraient essentiels pour développer davantage l'agriculture notamment tardent à venir dans le pays. Il existe bien des ressources nouvelles comme l'or trouvé dans les montagnes de la mer Rouge, mais elles font l'objet de trafics et ne tombent pas dans les caisses de l'Etat. Elles profitent encore moins à la population.

D'ailleurs, pour les manifestants, davantage que les sanctions, ce sont les choix politiques de leur président qui ruinent l'économie. Mauvaise gestion, corruption, mais aussi le fait de consacrer encore 70 % du budget aux dépenses sécuritaires, contre 7 % pour la santé et l'éducation. Il est vrai que si une solution politique définitive était trouvée aux conflits persistants au Darfour et au Soudan du Sud, cela donnerait davantage de marges de manœuvre financière au gouvernement.

Enfin, il y a la dette...

La dette extérieure, elle est immense, elle s'élève à 56 milliards de dollars, la plus grande partie contractée avant l'embargo auprès de créanciers publics occidentaux et arabes. Avant d'envisager de solliciter de l'argent frais sur les marchés, de rétablir véritablement les liens avec la communauté financière mondiale, il faudra restructurer cette immense dette, plombée par les intérêts non payés depuis de très nombreuses années.

En attendant, le gouvernement soudanais est aux abois mais il est fort de la position géostratégique du pays et compte sur ses alliés, des alliés parfois contradictoires : Qatar, Turquie, mais aussi Arabie saoudite, Egypte, Emirats et même Russie.

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