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Compte à rebours vers les 60 ans d’indépendance

Par Jean-Baptiste Placca

L’année s’achève, avec, pour l’Afrique, exactement les mêmes problèmes, les mêmes défis qu’en 2017. Quelles raisons y-aurait-il d’espérer que 2019 sera une meilleure année ? Et, pour reprendre une expression que vous aimez tant utiliser ici, à l’aube de l’année nouvelle, qu’est-ce qui fonde vos certitudes d’espérance pour l’avenir immédiat de ce continent ?

Si l’on s’en tient à l’écume des seules apparences, l’année qui s’en va peut, en effet, être aisément confondue avec celle qui l’a précédée. La tentation pourrait, dès lors, se justifier d’en déduire que pour l’Afrique, celle qui vient ne saurait être fondamentalement différente de celle qui s’en va. Et pourtant, l’Afrique avance !, croyez-en l’expérience d’un scrutateur attentif, critique, voire sévère, mais d’un scrutateur méticuleux des vibrations et des moindres soubresauts de ce continent. Dans chacun de ses faux-pas, comme dans chacune de ses erreurs, nous assumons notre part de responsabilité. Il n’empêche ! L’Afrique avance ! Certes, pas au rythme auquel nous aurions souhaité qu’elle avançât. Et pas toujours dans le sens de l’intérêt des peuples, hélas ! Mais elle avance, et même plus vite que ne l’ont fait, dans leur histoire, certaines des nations aujourd’hui considérées comme les plus avancées, du point de vue du développement économique, et les plus grandes en matière d’état de droit et de démocratie.

L’Afrique avance, mais pas dans un mouvement d’ensemble cohérent, pas vraiment dans un élan uniforme… Le devoir d’honnêteté nous impose donc de préciser qu’il reste quelques pays qui avancent peu, voire pas du tout. Et il faut craindre que ceux-là aient ensuite à gaspiller de longues décennies, pour rattraper leur refus   enfin, le refus de leurs dirigeants actuels de saisir l’âme du temps, en épousant le mouvement d’ensemble du continent.

Quelles sont donc ces avancées si difficiles à percevoir, et qui vous rassurent ?

Nous ne pouvons les parcourir toutes. Mais nous avons souvent évoqué, ici, certains des pays que l’on pourrait considérer comme des modèles de ces avancées. Au-delà de cette liste, nullement exhaustive, la plupart des nations du continent ont à présent intégré l’idée que l’état de droit et la démocratie ne sont pas une option facultative, mais un préalable, condition sine qua non à un décollage économique irréversible, qui est l’autre nom de ce que certains dirigeants, de plus en plus, appellent aujourd’hui l’émergence économique.

Ainsi de la limitation des mandats des chefs d’Etat, qui est une disposition de salubrité publique, lorsque l’on sait que sur ce continent, les crises les plus graves, depuis les indépendances, y compris une bonne dizaine de guerres civiles et même un génocide, ont pris naissance dans la confiscation du pouvoir par un parti, une région, une ethnie, voire un clan ou une famille. Faîtes donc le compte de toutes les nations de ce continent où plus aucun dirigeant ne peut rester au pouvoir au-delà de deux mandats, et vous comprendrez que l’Afrique, de ce point de vue, avance, même si elle vient de très loin. Bien entendu, la tentation de brusques reculs existe, mais ceux qui en rêvent savent d’avance qu’ils se mettront du mauvais côté de l’Histoire, et que cela ne leur sera pas pardonné.

Que faire alors, pour que les règles et les valeurs soient identiques, partout ?

L’Afrique avance, mais elle avancera d’autant mieux qu’elle parviendra à une forme ou à une autre d’harmonisation des règles de l’état de droit et des pratiques démocratiques. Le libre-échange continental en question doit aussi être démocratique. Il le faut, pour que l’Union africaine cesse de donner l’impression d’être… Une addition de torchons et de serviettes. Regardez donc l’Europe ! Lorsqu’un gouvernement brime une partie de ses concitoyens (ou même des étrangers), il est convoqué, menacé, y compris au porte-monnaie. On ne peut pas être une union africaine, avec une communauté de destin, si l’on n’a pas les mêmes principes, les mêmes valeurs.

L’Afrique qui avance, avance sûrement. Celle qui veut avancer en dépit des lourdeurs du temps et du contexte doit être aidée. Tandis que celle qui refuse d’avancer se réserve un avenir de larmes et de pleurs. Et les dirigeants qui empêchent cette Afrique-là d’avancer prennent, eux, un rendez-vous certain avec le déshonneur. Ils n’ont qu’à lire l’Histoire, telle que la retiennent les peuples. Ce n’est pas un hasard si l’Afrique, aujourd’hui, chante Lumumba et pas Mobutu, Boganda et pas Bokassa, Mandela et pas Zuma, Nkrumah, Sankara, Nyerere, et pas quelque autre de leurs assassins ou successeurs. Avec ceux qui choisissent le mauvais côté de l’Histoire, celle-ci peut être férocement implacable.

Bonne fin d’année à tous !

Ce qui arrive lorsque les politiques confondent intérêt personnel et général