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RDC: l'agriculture, éternelle délaissée de la politique ?

Par Aabla Jounaïdi

En République démocratique du Congo, à J-3 d'élections sous haute tension, les trois candidats dévoilent leur programme ce jeudi. Il est question de paix, de sécurité. Mais un thème est seulement esquissé par les candidats, c'est celui du développement de l'agriculture. Pourtant, il touche à quasiment tous les problèmes des Congolais.

Elle ne sera pas absente des programmes. Mais force est de constater que l'agriculture n'est pas un thème qui s'impose dans cette campagne. Les organisations paysannes congolaises ont cherché en vain à les atteindre (ces candidats) pour les interpeller sur la question du développement agricole.

Un enjeu capital car à lui-seul, il est susceptible d'améliorer la sécurité alimentaire de la population, de limiter la facture des importations et de devenir un secteur économique qui donne du travail aux Congolais.

Ce potentiel en quelques chiffres:

La RDC, c'est au moins 80 millions d'hectares disponibles. La plus grande superficie agricole du continent. De quoi nourrir les Congolais mais aussi les Africains et une partie de la planète par l'exportation mais quand on survole cette étendue, c'est surtout un vert profond... largement sous-exploité qui saute aux yeux..

En 2015, l’agriculture représentait 20,6% du PIB. Elle pourrait créer beaucoup plus de richesses. Et si 60% des Congolais vivent de la terre, les organisations paysannes regrettent de ne pas avoir été associées à l'élaboration des programmes.

L'Etat congolais a délaissé l'agriculture

C'est un constat que font tous les acteurs. Il suffit de voir la part du budget allouée au secteur. Elle n'a jamais dépassé 3%. C'est largement insuffisant pour développer l'agriculture d'un pays avec une telle superficie d'autant que l'argent est rarement décaissé en totalité. Mais en plus, la RDC ne respecte pas les engagements du protocole de Maputo qui fixe un objectif d'y consacrer au moins 10%.

Très souvent les initiatives locales, privées, ou les programmes de développement étrangers répondent aux besoins. Pourtant, des outils existent comme le Code agricole ou un fonds national. Mais comme souvent en RDC la mise en œuvre se fait lentement ou partiellement.

Du côté des hommes politiques, y a-t-il au moins un consensus sur l'urgence de développer l'agriculture ?

Oui, l'opposant Martin Fayulu promet de décréter un «état d'urgence agricole» dès son arrivée au pouvoir pour atteindre un objectif ambitieux: éradiquer la faim en une année.

Dans les programmes des candidats, il s'agit de restaurer un passé glorieux qui faisait de la RDC (jusqu'aux années 90) un très important exportateur de café de qualité.

Sans les chiffrer précisément, les candidats parlent de relancer les investissements... pour que le coton, le café, le cacao, ou et le caoutchouc soient plus rémunérateurs et que l'agriculture locale ait un meilleur accès aux marchés.

Ce qui permettrait de soulager au passage le portefeuille des Congolais qui voit chaque jour grimper le prix des produits importés !

La plupart des candidats veulent attirer les investissements privés aussi pour développer un secteur agro-industriel.

Le candidat héritier de Joseph Kabila Emmanuel Shadary veut poursuivre sa politique en développant des parcs agro-industriels pour attirer les investisseurs. Mais l'expérience du parc de Bukanga-Lonzo devenu un fiasco financier n'est pas pour enthousiasmer ces investisseurs déjà rebutés par un climat des affaires toujours difficile.

Plusieurs ONG qui travaillent au plus près des paysans estiment qu'à côté de l'agro-industrie, il ne faut pas oublier l'agriculture familiale qui n'a jamais été proprement encadrée par l'Etat et donc échappe aux politiques publiques. Pourtant, elle nourrit des millions de personnes et aurait bien besoin d'investissements pour développer la recherche, l'accès aux intrants et un accès facilité au financement.

Au fond, elle n'est pas perçue comme un moteur de développement à part entière alors que ce sont des petits planteurs qui ont fait jadis du Congo un très grand producteur de café.

La mère des batailles: les infrastructures

Cela vaut pour tout le développement du pays. Et donc aussi pour l'agriculture. Les bassins de production agricoles sont encore souvent isolées par des routes impraticables, la jonction entre l'arrière-pays et le consommateur urbain est difficile. Et pas moyen de stocker dans de bonnes conditions la production en attendant de l'écouler. Cela fait du quotidien des agriculteurs qui cherchent non seulement à manger mais à tirer des ressources de leur production un parcours du combattant. Tous les candidats devraient dans leur programme évoquer la question des infrastructures défaillantes car il concerne tous les secteurs de l'économie.

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