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CAN: un camouflet prévisible

Par Jean-Baptiste Placca

Un si grand malheur… et c'était attendu ! La déception du peuple camerounais est grande et ne sera pas sans conséquence. Les dirigeants camerounais devraient être les derniers à s'en étonner.

C’est donc la quatrième fois consécutive que la CAN n’aura pas lieu dans le pays où elle était censée initialement se tenir. Pourquoi, alors, cela semble-t-il être si dramatique, lorsque c’est le Cameroun qui est frappé par ce qui arrive aux autres ?

Pour chaque peuple qui en a été privé à la dernière minute, le retrait de l’organisation de la phase finale de la CAN a toujours été vécu comme un drame. Le désarroi étalé à la face du monde, est plus ou moins fonction des raisons qui motivent ce retrait. L'organisation d'une CAN est une rare occasion de communion et de cohésion nationale, et la ferveur populaire varie en fonction de la progression du Onze national dans la compétition.  D'autant que dans la plupart des Etats africains, la sélection nationale de football est un bien meilleur ciment de l’unité nationale que tous les discours, que tous les slogans. Cela est aussi vrai, au demeurant, pour de nombreux autres peuples. Regardez comme la France jubile, comme elle resplendit, lorsque les Bleus remportent la Coupe du monde de football ! Alors, oui, perdre l’organisation d’un tel événement peut être source de chagrins pour les Camerounais. Les politiques le savent d’ailleurs bien, qui en font généralement une savante récupération…

Mais pourquoi le Cameroun devrait-il pleurer – ou pleure-il davantage que les autres qui ont eu à subir un sort identique ?

Parce que de toute l’histoire du football de l’Afrique indépendante, les exploits des Lions Indomptables ( l’équipe nationale du Cameroun ) sont ceux qui ont le plus fait vibrer le continent tout entier. Tout a commencé à la Coupe du monde de 1982, en Espagne, d’où les Lions Indomptables sont sortis sans avoir perdu un seul match. Mieux, après avoir fait match nul face à l’Italie, futur vainqueur. Même avec une préparation calamiteuse, l’équipe du Cameroun, a plus souvent séduit que n’importe quelle autre.

C’est d’ailleurs sans doute pourquoi le président de la CAF, en toute élégance, a écrit au chef de l’Etat camerounais, pour lui annoncer la décision de l’institution, et en lui promettant de l’accompagner – enfin, d’accompagner son pays – dans la perspective de la CAN 2021. A condition, naturellement, que la Côte d’Ivoire, initialement retenue pour cette édition, accepte de décaler de deux ans, son tour. Et, bien évidemment, à condition, aussi, que le Cameroun surmonte son immense déception, pour se remettre en ordre, et se prépare pour arriver avec une organisation impeccable, en 2021.

Il n’empêche que la déception est quand même là…

Elle est là, et bien là. Mais tout un peuple ne peut se mentir aussi longtemps. Saviez-vous qu’à l’heure où nous sommes, le Cameroun, qui était censé accueillir l’Afrique du football dans à peine sept mois, n’a même pas de Fédération ? D’incurie en coups bas, de détournements en emprisonnements, la Fécafoot n’a été, ces dernières décennies, que l’illustration de la face la moins reluisante du football camerounais, du football africain. Et l’on ne compte plus les fois où les Lions Indomptables ont déclenché une grève sur le tarmac d’un aéroport où ils étaient en transit, parce que leurs dirigeants avaient préféré se goinfrer, plutôt que de donner aux footballeurs, les primes qu’ils avaient pourtant retirées, à cet effet, au Trésor. En dépit de toute cette honte, une fois sur la pelouse, les joueurs faisaient oublier la traîtrise de leurs dirigeants et nous régalaient. Il ne s’agit donc plus simplement, pour le Cameroun, d’apprêter ses infrastructures. Il doit aussi présenter une fédération crédible, dont les présidents ne finissent pas fatalement en prison…

Alors, tous décevants ?

Non. Pas. Mais il s’agit d’avoir le courage de mettre en place des dirigeants, sans ostracisme. La Fécafoot, au lieu de fédérer les talents, a trop souvent été une machine à exclure, surtout lorsque ces talents n’étaient pas assez « raisonnables » pour participer au festin, sans broncher, en fossoyeurs du football camerounais. S’est-on jamais interrogé sur les raisons pour lesquelles un Joseph-Antoine Bell n’a jamais fait partie de la Fécafoot ? Les auditeurs de RFI savent à quel point l’analyse de l’ancien gardien des Lions Indomptables peut être fine, tant sur ce qui est du jeu sur la pelouse que sur toute l’organisation autour. Combien de pays aimeraient compter dans ses rangs un tel connaisseur du football. Il n’est, certes, pas le seul, mais il est sans doute un des tout meilleurs.

Autant dire que même un ménage dévastateur ne suffira pas, si l’élection d’un nouveau président que l’on annonce, pour les jours à venir, à la Fécafoot, revient à reconduire les mêmes affairistes qui déshonorent depuis si longtemps le football camerounais. Ou si, derrière les quelques nouvelles têtes, se cachent encore certaines anciennes, qui ont, presque toujours, fini en prison.

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