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Etudier va-t-il devenir un privilège ?

Par Aabla Jounaïdi

Beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux à la décision du gouvernement français d'augmenter les frais de scolarité pour les étudiants étrangers extra-européens. Des frais qui passeront de 170 euros à 2770 euros pour une licence par exemple. Paris veut attirer des étudiants plus fortunés, au détriment de ceux des pays africains francophones qui composent 45% des effectifs étrangers. En France, c’est la fin d'un tabou français, celui de la quasi-gratuité des universités.

Ce n'est plus seulement le prestige des universités françaises qui fait venir des centaines de milliers d'étudiants étrangers dans l'hexagone. La quasi gratuité (170 euros par an pour une licence) joue beaucoup.

Et pour le gouvernement d'Edouard Philippe, c'est une question d'équité désormais. Il est injuste qu'un jeune Français allant étudier en Chine ou aux Etats-Unis débourse plus de 10 000 dollars par an...alors que l’étudiant chinois ou américain seulement 170 euros en France, sans s'acquitter de l'impôt.

Particularité française, les droits d'inscription couvrent moins de 2 % des coûts de l'université. Dans le même temps, vu l'état des comptes publics, l'Etat français a réduit son engagement financier. Dès lors, toutes les options sont étudiées, y compris celle, inédite jusque-là, de l'augmentation de ces droits d'inscription.

Politiques, think-tanks de tendance libérale poussent depuis des années pour que la France s'aligne sur la majorité des pays de l'OCDE et augmente les frais d'entrée à la fac.

Et enfin, pour les partisans de la sortie assumée du modèle de la gratuité : de nombreux établissements et formations publiques français comme les écoles d'ingénieurs, Sciences Po ou l’université Dauphine appliquent déjà des droits plus élevés. Le tabou était donc déjà levé en quelque sorte.

Mais est-ce qu'on ne risque pas de mettre en place d'un système élitiste ?

De fait, on va exclure les nombreux étudiants des pays d'Afrique francophone notamment qui ne pourront pas financer leurs études à ce coût-là. Offrir plus de bourses aux étudiants étrangers tel que l'a promis le gouvernement ne suffira pas à compenser... car seul un étudiant étranger sur 7 en bénéficie.

Mais il semble que le gouvernement assume de vouloir attirer avant tout les plus fortunés. L'idée sous-jacente, c'est que dans le marché mondialisé de l'éducation, afficher des frais élevés est perçu comme un gage de qualité de la formation. En particulier dans les pays émergents dont Paris veut attirer les jeunes: Russie, Chine, Indonésie et les pays africains anglophones. Il y aura donc de fait discrimination par le portefeuille.

Pour les critiques de la réforme, faire payer les étudiants, c'est évidemment un désengagement de l’Etat. Plus rien n'empêchera désormais d'augmenter les frais pour tout le monde, pas seulement les étrangers. Ce qui ne fera que renforcer les inégalités.

Cela pose une question sur le financement des universités publiques: y a- t-il un modèle meilleur qu'un autre ?

En terme d'égalité d'accès à l'enseignement, le modèle français (avec ses frais peu élevés) a une qualité: il a permis d'élever massivement le niveau de formation de la population ces dernières années. C'est le cas aussi du modèle scandinave. Mais avec un même défaut: il n'offre pas de débouchés pour tous et n'accompagne pas assez l'étudiant pour lui proposer ce qui lui convient vraiment.

Dans les autres grands modèles, celui des pays anglosaxons, le modèle asiatique (Japon et Corée), on mise sur un ticket d'entrée très cher. Mais avec une promesse: celle de tout faire pour que l'étudiant trouve un débouché professionnel. On associe les entreprises au financement et à la gouvernance des facultés. Ou encore on multiplie les dispositifs d'aides, bourses et prêts étudiants notamment. Ce n'est pas la panacée. On le voit aux Etats-Unis où lorsque la situation économique est défavorable, les étudiants doivent s'endetter encore plus longtemps pour pouvoir demeurer dans le système universitaire.

Augmenter ou réduire les investissements publics, associer ou non le secteur privé pour financer les formations et la recherche... En fait, dans un contexte de concurrence mondiale, où les ressources publiques sont plus rares, il est devenu de plus en plus difficile pour les Etats de trouver le modèle idéal.

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