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Bulgarie: des mines antipersonnel restituées à la Grèce

Par Damian Vodénitcharov

La Bulgarie a rendu près de 200 000 mines antipersonnel à la Grèce. Leur désamorçage a été arrêté suite à une explosion dans l'usine chargée de leur destruction. Des mines en violation de la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel, ratifiée il y a plus de vingt ans par la Bulgarie et la Grèce.

de notre correspondant à Sofia,

Comment ces mines grecques se sont-elles retrouvées en Bulgarie ? Il s'agit de mines antipersonnel américaines qui étaient posées à la frontière entre la Grèce et la Turquie, côté grec. Des champs de mines longent la frontière entre les deux pays, longue de 182 km, depuis le conflit chypriote en 1974.

Athènes a signé la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel en 1997, mais ne l'a ratifiée qu'en 2003. Or cette convention accorde une période de dix ans pour le déminage des champs de mines et une période de quatre ans pour la destruction du stock de mines. En 2007, une entreprise bulgare, Videx, a signé un contrat de désamorçage pour une valeur de 3,5 millions d'euros. Elle a commencé à recevoir des cargaisons de mines en 2008. Entre 600 000 et 800 000 mines avaient été livrées d'après les experts. Elles étaient stockées partout et un peu n'importe comment près de l'usine de désamorçage, y compris dans les mêmes entrepôts avec du TNT, par exemple. Ces 200 000 mines qui ont été rendues à la Grèce étaient restées sur place.

Des mines qui ont provoqué une explosion meurtrière dans cette même usine...

Quinze personnes sont mortes dans une explosion en octobre 2014, qui a carrément rasé une grande partie de l'usine et des entrepôts où les mines étaient stockées. Par la suite, l'enquête a révélé des conditions de travail déplorables. Par exemple, le désamorçage s'effectuait au marteau lourd, il n'y avait aucune instruction ou consigne particulières destinées aux employés. Ils apprenaient leur travail sur le tas.

L'entreprise était par ailleurs pressée par le temps, puisque la Bulgarie et la Grèce étaient déjà en violation de la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel, ce qui a poussé la direction à fixer des quotas intenables pour le personnel.

8000 mines devaient être désamorcées tous les jours par une équipe de 12 employés, ce qui équivaut à plus de 660 mines désamorcées par personne et par jour. D'après les enquêteurs, l'accident était « inéluctable » dans ces conditions de travail et de stockage des mines. L'explosion avait été provoquée par trente tonnes de mines.

Un long procès a suivi ce qu'on appelle en Bulgarie « la tragédie de Gorni lom », du nom du village où était située l'usine. Mais comme c'est souvent le cas avec la justice, il n'y eu aucun coupable de désigné pour la mort de ces 15 personnes puisque les quatre accusés ont été acquittés en juin 2018.

Des accidents fréquents dans une industrie de l'armement en plein essor

La bonne nouvelle, si l'on peut s'exprimer ainsi, c'est que tous les accidents ne sont pas aussi meurtriers. Cela dit, en dix ans, il y a eu dix accidents dans des usines de désamorçage ou de fabrication d'armement. Depuis dix ans, ces usines d'armement ont du pain sur la planche. Avec les multiples diminutions des effectifs de l'armée, plus de 46 000 tonnes de munitions et d'explosifs devaient être détruits en 2008. Une dizaine d'entreprises ont donc reçu des licences de désamorçage et en tout, il y a une centaine d'entrepôts de munitions dans le pays. Dans le cas de l'explosion de Gorni lom par contre, il y a un autre facteur troublant : l'usine d'armement était le seul employeur de la région, ce qui lui permettait de maintenir des salaires très bas, allant de 120 à 200 euros par mois. Ce phénomène est aussi présent dans d'autres secteurs, notamment l'industrie textile.

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