rfi

À l'écoute
  • Direct Monde
  • Direct Afrique
  • Dernier journal Monde
  • Dernier journal Afrique
  • Dernier journal en Français facile
  • Dernier journal Amériques - Haïti
Invité Afrique
rss itunes deezer

Madagascar: «Le candidat Andry Rajoelina a joué très habilement du populisme»

Par Christophe Boisbouvier

Pourquoi l'ex-président de la transition Andry Rajoelina est -il arrivé en tête au premier tour de la présidentielle à Madagascar ? Pour l'essayiste Olivier Vallée, qui a publié chez Karthala « La société militaire à Madagascar », il a joué très habilement du populisme...

L'essayiste Olivier Vallée est l'auteur de «—La société militaire à Madagascar—» (Karthala) ©Olivier Vallée

RFI : Pourquoi les deux anciens présidents se détachent au premier tour ?

Olivier Vallée : Parce que ce sont les seules personnalités qui ont une véritable crédibilité nationale. Ce sont également les deux mouvements politiques qui disposent le plus de ressources financières et humaines.

Et c’est vrai que ces deux candidats ont déployé de gros moyens ; meetings, hélicoptères et même feux d’artifice.

Oui, cela a été une véritable explosion. Ravalomanana jouant plutôt la proximité, même s’il vient souvent en hélicoptère dans des zones qui sont des zones inaccessibles. Et dans le cas de Rajoelina, on a des actions de caractère humanitaire à grand spectacle, mais aussi beaucoup d’exaltation, de la fête avec des chants… Un petit peu chacun dans son répertoire de métier.

Pourquoi le président sortant Hery Rajaonarimampianina a-t-il fait un si mauvais score ?

Ce que lesMalgaches ont désavoué, c’est la perpétuation d’un régime qui n’avait pas changé fondamentalement par rapport à celui amorcé pendant la transition avec l’autoritarisme populiste de Rajoelina.

Il n’y a pas eu de progrès visibles depuis 2013 ?

Non. Les principaux progrès enregistrés sont des progrès en termes d’indicateurs économiques. Tout le monde sait que les indicateurs cela ne fait pas rouler les voitures et que cela ne permet pas de se nourrir non plus.

On ne tombe pas amoureux d’un taux de croissance.

Exactement. Et il faut reconnaître à Andry Rajoelina qu’il a fait des opérations assez spectaculaires. La création d’hôpitaux dans les principales capitales régionales avec l’aide des Chinois, l’extension du réseau routier, dans une période qui était une période quand même extrêmement tendue en termes de finances publiques, puisqu’il ne recevait quasiment pas d’appui extérieur. Il a réussi à augmenter les fonctionnaires, à augmenter les militaires… Et donc son passage est certainement plus satisfaisant pour un certain nombre de membres de la société, en particulier les classes moyennes et les plus riches.

Certains disent que l’électorat d’Andry Rajoelina est plus populaire que les autres électorats.

Je pense que les grands électeurs de Rajoelina sont principalement tous les groupes, en particulier indo-pakistanais, mais aussi un certain nombre d’opérateurs de la zone franche industrielle qui sont liés à des intérêts malgaches, mais aussi toute une frange de Malgaches dans le secteur du tourisme, dans le secteur du commerce, dans le secteur de l’import, de l’export, qui ont bénéficié du libéralisme économique de Rajoelina et de ce que l’on pourrait appeler aussi une dérégulation du fonctionnement de l’économie, une stabilisation relative de l’ariary - la monnaie nationale -, qui a permis à beaucoup de gens de continuer à profiter des devises en cours de change, sans être perdant à l’échelon national. Donc ces gens-là sont capables, en tant que grands électeurs, de mobiliser des foules, voire des foules d’émeutiers comme on l’a vu dans la capitale lors des événements d’avril, et ensuite, quand il s’est agi de faire pression sur Hery. Donc c’est la reconnaissance de sa capacité à jouer très habilement du populisme.

Pour ce second tour, au vu de la cartographie du premier tour, qui est le mieux placé pour le gagner ?

Si on compte le nombre de régions et bien entendu le score, c’est le candidat Rajoelina qui l’a emporté dans le plus de régions à Madagascar, avec immédiatement des nuances. Parce que les points positifs pour Ravalomanana, c’est que lui, il est élu dans les régions les plus densément peuplées et en particulier sur les Hauts Plateaux. Ce qui veut donc dire que l’autre candidat Mérina, c’est-à-dire Rajoelina, n’est pas perçu comme un véritable nationaliste Mérina. Ce que Ravalomanana incarne par son ethos [comportement], parlant mieux le malgache et l’anglais que le français. Il a toujours eu des positions beaucoup plus nationalistes, se référant plus à l’histoire du royaume que Rajoelina. Donc il a aussi une base électorale solide. Le fait que Marc Ravalomanana soit un dignitaire de l’Eglise protestante calviniste, que les évangéliques et que les Américains qui sont derrière ces églises évangéliques le regardent d’un bon œil, constitue des atouts non négligeables.

Avec ses 9%, Hery Rajaonarimampianina va donner une consigne de vote qui sera déterminante. Pour qui peut-il pencher ?

En raison du passif qui s’est accumulé, parce qu’il ne faut pas oublier que Hery n’était pas le candidat de Rajoelina en 2013, c’est lui qui s’est imposé par un coup de force, je crois que le divorce est consommé entre les deux hommes.

Entre Rajaonarimampianina et Rajoelina ?

Tout à fait… Et que tout l’incite à se rapprocher de Marc Ravalomanana.

Depuis quelques jours, tous les candidats, même Andry Rajoelina qui est arrivé premier, contestent les résultats du premier tour. Est-ce que ce n’est pas inquiétant pour la suite ?

Oui, c’est très inquiétant. On peut se dire d’un certain côté que c’est un rituel. Mais le fait que le premier du premier tour rentre aussi frontalement dans le décomptage de la Céni est assez mauvais signe, parce que cela disqualifie la Céni pour le second tour. Il y a la HCC, la Haute Cour constitutionnelle, dont on sait qu’elle est capable d’un certain nombre de revirements – elle l’a montré dans le passé, a-t-elle changé ? Je n’en présume rien… Il faut quand même penser que l’on pourrait se trouver dans une véritable situation de crise institutionnelle, si la HCC contestait d’une façon dirimante le comptage de la Céni, qui n’est pas tout à fait terminé, mais qui ne peut plus, maintenant, renverser les tendances qui ont été dégagées.

Smockey: «le syndrome de la pintade», une pièce musicale sur «le mal des élites»

«Fake news» en Afrique: «Facebook devrait pouvoir investir beaucoup plus»

Débarquement de Provence: «Un Noir ne pouvait pas commander à des Blancs»

RCA: pour l'ONU, «un accord de paix n'est jamais parfait, c'est un compromis»

Ebola en RDC: il faut un «débat ouvert» sur les expériences médicales (MSF)

Histoire générale du Sénégal: «Il y a des zones d’ombre à clarifier»

Jean-Baptiste Ouédraogo: «J’ai joué un rôle d’apaisement» en septembre 2015

Tibor Nagy: «Tshisekedi évolue dans un cadre constitutionnel très restreint»

Soudan: «Nous avons pu faire que cette crise soit réglée par les États africains»

Algérie: «Le français, c'est une belle langue, mais l'anglais la devance»

Lionel Zinsou: «Le pouvoir m'avait fait prévenir que je serai inéligible»

Rencontre avec Gbagbo, élection de 2020: Henri Konan Bédié s’exprime sur RFI

Lutte contre Ebola en RDC: «Aucune pression dans le choix des vaccins» (chef de la Riposte)

RDC: «Je serai dans ma position de gardien de la Constitution» (président du Sénat)

Lutte contre la corruption: «le Maroc se rêve en nouveau champion du Sud»