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Affaire Carlos Ghosn: comment en est-on arrivé là ?

Par Aabla Jounaïdi

Arrêté hier, lundi 19 novembre, au Japon sur des soupçons de malversations financières, Carlos Ghosn était l'architecte de la fameuse « Alliance » entre Renault, Nissan et Mitsubishi. Cela pose évidemment beaucoup de questions sur l'avenir de cette alliance, un attelage complexe dont tout le monde aujourd'hui se demande s'il lui survivra.

Ces dernières années, la tâche essentielle de Carlos Ghosn avait consisté à rapprocher les trois entités de l'alliance dont il siège au conseil d'administration. Renault-Nissan, puis Mitsubishi en 2016, deux pays, trois cultures d'entreprises différentes.

Les participations croisées, c'est la marque de fabrique de l'alliance numéro 1 mondial des ventes. Renault possède 43% de Nissan et Nissan 15% de Renault.

Le rapprochement des entités a favorisé la rationalisation des coûts de production, et de transports, ce qui a permis de dégager des millions de dollars. Il faut aller plus loin demande l'Etat français, présent à hauteur de 15% au capital de Renault et donc présent aussi chez Nissan. Aller vers la fusion et ainsi rendre plus lisible la structure pour faciliter sa valorisation par les investisseurs.

Comment Carlos Ghosn s'est rendu incontournable pour ce chantier ?

Carlos Ghosn est l'artisan historique de cette alliance. Il est présent au conseil d'administration des trois entités, on l'a dit. Être Carlos Ghosn, c'est passer une semaine en France, une semaine au Japon, et le reste aux Etats-Unis, au Maroc, en Russie, en Inde. Partout où l'alliance a des intérêts ou des ambitions. Bref, il passe son temps à s'occuper de tout et à bien des égards, c'est ce qui a permis longtemps à cet étrange attelage de subsister en dépit des divergences.

Mais cela n'est pas allé sans des frictions. La conférence de presse du PDG de Nissan hier était très révélatrice. Hiroto Saikawa a salué l'action de Carlos Ghosn, le sauveur de Nissan dans les années 1990... Mais il a aussi dit qu'il faudrait tirer les leçons de la concentration des pouvoirs par le dirigeant français. Même sans Ghosn, surtout sans lui, l'alliance survivra.

En filigrane, un reproche récurrent, qui aurait peut-être inspiré à certains responsables de Nissan la révélation du scandale qui précipite aujourd'hui sa chute.

Carlos Ghosn a toujours dirigé l'alliance seul. Les Japonais lui ont toujours reproché de favoriser Renault au détriment de Nissan. Quitte à se lancer seul au nom de l'alliance dans des aventures hasardeuses, comme par exemple la conquête du marché russe, qui s'est avéré un échec.

Des critiques d'autant plus vives que Nissan est le moteur des bénéfices de l'alliance

C'est pour cela aussi que le rapprochement avec les autres entités ne va pas de soi. Travailler en synergie sur des projets, oui. Aller vers une fusion ? Pas question.

Nissan a enregistré un bénéfice net annuel de près de 6 milliards d'euros cette année. C'est dû en grande partie à ses ventes aux Etats-Unis, le gros marché pour ces SUV et autres pick-ups. Ce a quoi ne peut prétendre l'allié Renault par exemple. Sans les synergies avec Nissan, Renault n'aurait sans doute pas trouvé les ressources pour aborder le virage de la voiture électrique.

Renault semble avoir été pris de court par les évènements.

Le groupe français s'est fendu d'un communiqué très succinct ce lundi. Il s'est dit attentif à préserver les intérêts de Renault dans l'alliance. Pourtant, le gouvernement français avait déjà appelé Carlos Ghosn à accélérer le processus de succession à la tête du groupe, pour éviter de le fragiliser en cas de rupture.

Le cas de Sergio Marchionne, l'artisan de la reprise de Chrysler par Fiat, décédé brutalement le 25 juillet dernier, est un exemple emblématique: le groupe a toujours du mal à se relever de sa disparition.

Renault hier a annoncé qu'un conseil d'administration se réunira « au plus vite » pour décider de la suite.

Avec ou sans Carlos Ghosn, tout le défi des dirigeants de Renault, et de l'Etat français actionnaire sera d'imaginer dans l'urgence la suite, alors que les défis ne manquent pas. Répondre aux pressions de Nissan pour revoir la gouvernance, les défis industriels de la voiture électrique et, last but not least, la guerre commerciale causée par les Etats-Unis qui perturbe le secteur.

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