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A quoi jouent Tshisekedi et Kamerhe ?

Par Jean-Baptiste Placca

Lorsque les opposants font passer leur parti ou leur petite personne avant l'Etat, ils étalent au grand jour leur incapacité à s'affirmer comme hommes d'Etat. Sans compter que c'est le meilleur moyen pour consolider le pouvoir des régimes qu'ils prétendent combattre.

En République démocratique du Congo, l’encre était encore en train de sécher, et les congratulations commençaient tout juste à affluer, lorsque deux des signataires de l’accord de l’opposition ont annoncé le retrait de leurs signatures, parce que leurs bases s’y opposeraient. Pourquoi les opposants congolais peinent-ils autant pour s’unir et affronter un régime que tous prétendent pourtant combattre ?

Ce retournement soudain est un drame terrible. Pour le peuple congolais, comme pour tous les peuples africains, qui aimeraient tant voir les Congolais changer de destin. Trahir ainsi sa propre signature, sous prétexte que quelques centaines de militants protestaient devant le siège de leur parti, dénote, à tout le moins, une couardise. Comme si ces deux responsables de partis politiques, pas assez courageux pour reconnaître, devant la Fondation Kofi Annan, qu’ils n’accepteraient de candidature unique que la leur propre, avaient attendu d’être un peu loin pour faire étalage de leur lâcheté. Les gardiens du temple Annan ont joué le jeu, en se rendant disponibles, alors qu’ils avaient été bousculés pour parrainer, dans la précipitation, cet accord et lui donner l’onction de « Kofi Annan ».

Il en est qui suggèrent déjà   mais ce ne sont probablement que de mauvaises langues   qu’un reniement aussi soudain ne devrait étonner ni de Félix Tshisekedi ni de Vital Kamerhe. Et nombre de Congolais estiment que ces deux-là viennent de faire au camp de Joseph Kabila, un cadeau inespéré.

Ils se seraient engagés à mettre fin à leur carrière politique et admettraient même d’être soumis à l’opprobre de la nation, s’ils venaient à ne pas respecter leur engagement.

L’opprobre du continent tout entier s’est abattu sur eux, à la minute même où ils ont renié leur signature. Mais pour être capable de cela, il faut être déjà peu sensible soi-même au déshonneur. Avec de tels opposants, l’on ne devrait plus s’étonner que Mobutu Sese Seko ait pu tenir ce peuple en joug pendant… « 31 ans, 5 mois et 22 jours », Wikipedia dixit.

Tshisekedi et Kamerhe semblaient se plaindre des 21 ans des Kabila, père et fils. Mais ils viennent peut-être d’offrir à Joseph Kabila une dizaine d’années de règne par procuration, en attendant de revenir en personne, pour dix autres années. Et, qui sait, tant qu’il y aura des Tshisekedi et des Kamerhe dans l’opposition, Joseph Kabila pourra toujours espérer perpétuer l’exercice, et même, un jour, passer le relais à un de ses enfants.

Ces deux opposants disent pourtant se plier à la base de leurs partis…

Ils sont certainement d’excellents chefs de partis, et ils le resteront à jamais. Mais ils ne deviendront probablement jamais des hommes d’Etat. Car lorsque l’on prétend prendre en main le destin d’une nation, de tout un peuple, la moindre des choses est de savoir faire passer l’intérêt de l’Etat, l’intérêt général, avant ceux, dérisoires, de son clan, ou de son parti. Aussi importants que puissent être leurs partis, ils n’ont pas, dans cette coalition, le poids qui était, par exemple, celui du MLC, lorsque son leader, Jean-Pierre Bemba, était dans la course, notamment lors de l’élection la plus crédible organisée à ce jour, dans ce pays.

De là à prédire une perpétuation du règne des Kabila, n’est-on pas un peu dans l’excès ?

La cruauté de l’histoire fait que l’on peut déterrer votre passé et vous le mettre sous votre nez. Avec tout le respect dû à un mort célèbre, l’on ne peut tout de même pas oublier que Etienne Tshisekedi, le père de Félix, a passé le meilleur de ses années à subir, de la part de Mobutu Sese Seko, humiliations et vexations. Comme s’il donnait à Mobutu le bâton pour se faire humilier.

A l’issue de la Conférence nationale, certains s’en souviendront, Etienne Tshisekedi avait été désigné comme Premier ministre. Mais ses propres maladresses le fragiliseront, le livrant à l’habileté manœuvrière de Mobutu, qui le démettra sans cesse, notamment en février 1993, sans que le peuple congolais ne se soulève.

Et lorsque Mobutu, affaibli par la maladie, était devenu politiquement prenable, et alors même que Laurent-Désiré Kabila et ses alliés fondaient littéralement sur le pays, Etienne Tshisekedi avait préféré s’allier… à Mobutu. Ce dernier l’a fait Premier ministre, pour la énième fois. Et, pour la énième fois, il était sans aucun pouvoir, avant de s’évanouir dans la nature, lorsque Laurent-Désiré Kabila, porté par les Rwandais, prendra Kinshasa.

Au total, la vie du père n’aura été qu’une succession de rendez-vous manqués avec l’Histoire. Et voilà que le fils semble reproduire les mêmes erreurs, les mêmes mauvais choix stratégiques.

Ce qui arrive lorsque les politiques confondent intérêt personnel et général