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Campagne de sensibilisation contre l’accaparement des terres en Afrique de l’Ouest

Par Stanislas Ndayishimiye

La 2e édition de la caravane ouest-africaine pour lutter contre l’accaparement des terres se déroule du 10 au 30 novembre 2018. Elle parcourt 6 pays cette année : le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Guinée, le Nigeria et le Togo. Les caravaniers sont restés 6 jours en Côte d’Ivoire, du mercredi 14 au lundi 19 novembre.

Les problématiques de la migration, le foncier et la pêche artisanale sont entre autres les thèmes débattus par les caravaniers dans trois lieux en Côte d’Ivoire : Man dans l’Ouest, Daloa dans le Centre et Aboisso dans le Sud-Est du pays. 60% des 300 millions d’habitants que compte la CEDEAO, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, sont des ruraux et ceux qui vivent dans des régions très fertiles sont menacés par le phénomène d’accaparement des terres ou en sont déjà victimes, précise Massa Koné, porte-parole de la convergence globale des luttes pour la terre et l’eau en Afrique de l’Ouest. « Il y a toute une partie des terres qui sont envahies par le désert. Il y a aussi des terres fertiles, des zones forestières et des zones minières. Ce sont ces zones qui sont vraiment menacées par le phénomène d’accaparement des terres. »

Souvent mises devant le fait accompli, sans possibilité de défendre leurs droits, les communautés réussissent parfois à faire annuler l’exécution d’un projet qui les menace. L’un des exemples récents s’est déroulé dans la vallée du fleuve Sénégal, comme le confirme Thierno Sall, chargé de la communication de l’ONG Enda Pronat. « Le cas de Dodel, une commune située au nord du Sénégal, dans le département de Podor, où l’Etat du Sénégal avait attribué plus de 10 000 hectares à une entreprise marocaine », pour la production du riz. « Mais grâce à la détermination des populations locales et aussi à l’accompagnement de la société civile sénégalaise, l’Etat a pris un décret pour annuler l’affectation que le conseil municipal avait faite à cette entreprise marocaine. »

L’appât des sommes promises par les grandes compagnies

Lorsqu’une entreprise nationale ou étrangère convoite une région habitée, l’accaparement de ces terres se fait avec l’aval des dirigeants locaux ou nationaux, explique Massa Koné. Concernant « Les terres qui sont en bail emphytéotique à coût de millions, avant de calculer ces millions, il faut voir les communautés qui y vivent depuis des siècles. Il faut évaluer l’apport de ces terres par jour et par personne. Ils trouveront que les milliards immédiatement déclarés sont mille fois minimes que ceux que ces terres-là procurent à leurs communautés. La sensibilisation que l’on est en train de faire, c’est de réviser complètement les codes domanial et foncier des pays, pour reconnaître les droits coutumiers, les droits des communautés dans la législation ».

La convergence des luttes pour la terre et l’eau recommande aussi aux différents pays d’Afrique de l’Ouest d’impliquer les communautés dans la gestion des terres et donc leur accord éclairé sur l’arrivée de grands exploitants agricoles ou miniers. Les associations encouragent enfin, dit Massa Koné, le développement de l’agro-écologie, « Pour pouvoir nous affranchir des lourdes dettes d’engrais chimiques, d’herbicides qui nous appauvrissent, mais qui tuent aussi nos sols ».

Avant leur parcours officiel qui est fixé du 10 au 30 novembre, les caravaniers sont passés au Mali, en Mauritanie et au Sénégal.

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