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Libye: la solution passe aussi par des réformes économiques

Par Aabla Jounaïdi

On parle - une fois n'est pas coutume - de la Libye. En ce moment, se tient à Palerme en Italie une nouvelle conférence pour tenter de sortir le pays d'Afrique du nord de la crise politique et sécuritaire qu'il traverse depuis au moins quatre ans. Mais il ne sera pas question que de sécurité avec les parties prenantes. L'économie sera au cœur des discussions. Et pour cause, l'accès aux ressources est au cœur du conflit.

Pourtant jusqu'ici, dans ses grandes conférences, les questions économiques n'étaient pas présentées comme des priorités. Après tout, on parle d'un pays divisé entre des autorités reconnues par l'ONU à Tripoli et celles qui appuient le maréchal Haftar dans l'est libyen, alors que des groupes jihadistes menacent le sud et le centre du pays.

Pourtant, depuis des mois, l'argent est devenu le grand problème en Libye. Depuis des mois, la population subit des longues files d'attente devant les banques pour retirer... tout en étant limitée dans ses retraits. En cause, une pénurie de liquidités. Et ce manque de devises a donné des ailes au marché noir où les prix des euros et des dollars se sont envolés par rapport aux taux officiels.

L'inflation a atteint des niveaux records. Ce n'est que tout récemment, fin septembre, que les autorités ont mis un peu d'ordre en instaurant des frais sur les transactions en devises étrangères pour réduire cet écart et donc les marges du trafic. Désormais, les réserves bancaires remontent et les prix des denrées baissent.

Pourquoi un Etat aussi riche (en hydrocarbures) manque-t-il de liquidités ?

Il en était question à Palerme, et les représentants de la mission de l'ONU en Libye ont mis les pieds dans le plat, en dénonçant le siphonnage des ressources publiques, d'abord par les groupes armés. Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, ils jouent un rôle de premier plan dans la protection des institutions, mais aussi dans le trafic. Par exemple, celui des devises sur le marché noir mais aussi le trafic du carburant importé. La Libye l'importe en grande partie.

Comme ce carburant est subventionné par le gouvernement, les groupes armés le revendent à un prix plus élevé dans les pays voisins. Rien de bien original, me direz-vous, sauf que la pratique a pris de l'ampleur. Étrangement, la Libye s'est mise à importer plus de carburant que de besoin. De quoi mettre les finances publiques sous une pression intenable !

Ne faut-il pas d'abord régler le conflit entre les institutions libyennes rivales ?

Bien sûr, et l'ONU s'y attèle. Les institutions du pétrole et des finances sont au cœur de la bataille entre les clans politiques. ceux de l'est et ceux de l'ouest. Depuis 2014, on a deux exécutifs rivaux mais aussi deux compagnies nationales du pétrole et deux banques centrales. Bien-sûr, les institutions internationales s'adressent aux institutions basées à Tripoli qui ont les cordons de la Bourse et l'expertise.

Mais l'existence de doublons créent la confusion. Ce qui est étudié en ce moment par l'ONU, c'est de mettre en place à la demande des acteurs libyens un audit des deux branches ; celle de Tripoli et celle de l'est libyen. Ghassan Salamé, le chef de la mission de l'ONU en Libye, a d'ailleurs rencontré les deux directeurs rivaux à Palerme. Afin de susciter la confiance et peut-être à terme unifier ces instances. Depuis quatre ans, c'est plutôt la défiance et les accusations croisées de mauvaise gestion qui caractérisent leurs échanges.

Sur le terrain, la violence des groupes armés continue de s'imposer

Des violences que ses auteurs justifient par la mauvaise gestion de la crise économique. C'était le cas pour un groupe armé qui, au cœur de l'été, a lancé un assaut contre les installations pétrolières dans le centre et l'est du pays avant que les hommes de l'armée nationale libyenne du maréchal Khalifa Haftar n'en reprennent le contrôle.

Cet énième incident sur des installations vitales pour le pays pose les mêmes questions : celle de l'équitable gestion et redistribution des ressources. Celle aussi bien entendu de la vulnérabilité de ces installations qui sont régulièrement prises pour cible, y compris par Daech en Libye. En l'absence d'institutions fortes, les 10 000 km de pipelines et les dizaines d’installations de pétrole et de gaz seront toujours des cibles faciles.

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