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Eloges princiers pour le Ghana

Par Jean-Baptiste Placca

Il y a l'Afrique que l'on critique et que vilipendent parfois ses propres populations, et l'Afrique qui suscite l'admiration des plus grands ! Derrière cette terminologie unique, quelle multiplicité, quelle diversité de réalités !

Un hymne à la gloire de la démocratie et des institutions du Ghana. Dans son discours inaugural, lors d’une réunion du Commonwealth, à Accra, cette semaine, le prince de Galles a dit de ce pays qu’il est devenu, pour de bon, un exemple pour le reste du monde. Le prince Charles a vanté les institutions démocratiques du Ghana, ainsi que la vitalité de sa société civile et de ses forces vives. Faut-il en être jaloux ?

Jean-Baptiste Placca : Il est une solution bien plus saine que la jalousie : c’est l’émulation. Cet hymne, il est vrai, résonne d’autant plus fort que celui qui l’entonne est une figure de premier plan, non seulement dans le Commonwealth, mais aussi dans le monde entier. Et même les jaloux devraient se réjouir, parce que cela signifie que la médiocrité n’est pas une fatalité, et qu’un Etat africain peut inspirer le respect. Qu’un peuple africain peut recueillir des lauriers, qui ne soient pas de ces flagorneries de commande, servies par quelques partisans ou des visiteurs intéressés. Au fond, les réussites qui inspirent autant de respect pour le Ghana et les Ghanéens ne sont la propriété d’aucun Ghanéen en particulier, mais réellement l’œuvre de tout ce peuple.

Le prince Charles a parlé d’un pays qui a apporté la stabilité et la sécurité à ses citoyens, avec de solides institutions démocratiques, des élections libres et transparentes, une tradition de l’alternance pacifique au pouvoir, un multipartisme vivant et une pluralité religieuse apaisée. Il a également loué la vitalité de la société civile, et des ONG, des syndicats et autres organisations professionnelles, qui se distinguent parmi les plus actives du continent. Il a même salué l’importance des royautés traditionnelles dans le débat national, en particulier deux des plus influents rois du pays.

Vous dites que tous ces acquis, le Ghana ne le doit à personne en particulier… Même pas à Jerry Rawlings ?

Non. Jerry John Rawlings a mis un coup d’arrêt à la descente aux enfers. Il a redressé le pays, l’a doté d’institutions solides, avant d’instaurer la démocratie. Il a fait deux mandats, puis s’en est allé. Ensuite, chacun de ses successeurs a ajouté sa pierre à l’édifice. Les opposants ont éprouvé les institutions et les ont renforcées, en jouant le jeu de la démocratie. La défaite a été parfois dure à avaler pour certains. Comme l’actuel président, qui a perdu deux fois, en 2008 puis en 2012, avant de battre un président en place, il y a deux ans. Mais chaque défaite reconnue est aussi un apport au renforcement des institutions.

Rawlings a quitté le pouvoir après son second mandat, en l’an 2000. Même s’il est encore physiquement dans le paysage, il n’est plus de la partie, et les institutions se consolident sans lui. L’histoire lui reconnaîtra qu’il avait prévenu qu’avec les institutions qu’il mettait en place, même si le diable en personne venait à se retrouver au pouvoir au Ghana, il ne serait pas en mesure de faire ce qu’il veut, mais bien ce que veut le peuple ghanéen. C’était lors d’une interview avec la journaliste américaine Diane Sawyer, en avril 1988. Il y a trente ans ! C’est ce que l’on appelle un dirigeant visionnaire.

En dépit de tous ces compliments, les Ghanéens ne sont pas satisfaits. Ils critiquent et en demandent toujours davantage...

Parce que, pour avancer, il faut toujours en demander davantage. Lorsque l’on regarde quelques grandes nations occidentales, aujourd’hui, l’on est bien contraint d’admettre que rien n’est jamais acquis, en matière de démocratie. Et ceux qui n’en demandent pas toujours davantage finissent par reculer et, dans certains cas, cela peut mettre tout un peuple, sinon la planète en danger...

D’autres pays font aussi bien, et même mieux que le Ghana. Mais ce Ghana-là vient de loin. Il a touché le fond, avant de refuser le déclin et de se relever. Et c’est aussi à Rawlings que la nation doit ce sursaut. Et le sursaut, c'est ce dont ont besoin nombre de peuples du continent.

Ce qui arrive lorsque les politiques confondent intérêt personnel et général