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RDC: pour Lambert Mende, «l'opposition a peur de la popularité de M. Shadary»

Par Léa-Lisa Westerhoff

Faut-il revenir à des bulletins papier pour l’élection présidentielle en République Démocratique du Congo ? Que dire des critiques formulées par l’opposition à l’encontre de l’équipe de campagne du candidat de la majorité ? Le ministre congolais de la Communication et des Médias, Lambert Mende, répond aux questions de Léa-Lisa Westerhoff.

RFI : Dix candidats à la présidentielle ont demandé hier que la candidature d’Emmanuel Ramazani Shadary soit retirée de la course parce qu’il utilise les ressources financières et le personnel de l’Etat pour sa campagne présidentielle. Qu’en pensez-vous ?

Lambert Mende : Il ne suffit pas de dire qu’une personne a commis une infraction pour que l’infraction soit établie. Encore faut-il que l’accusation soit étayée de preuves. Nous considérons cela comme une fuite en avant de candidats qui ont peur de la popularité de monsieur Shadary et qui voudraient l’éliminer par des moyens qui n’ont rien à voir avec la démocratie.

Le fait que le président de l’Assemblée nationale, le Premier ministre, mais aussi le ministre de l’Intérieur ou encore des gouverneurs fassent partie de son équipe de campagne, ce n’est pas gênant ?

Au nom de quelle loi ? La loi congolaise permet à un ministre, à un député, à un président d’Assemblée, à un Premier ministre, de faire campagne pour quelqu’un dont il est convaincu de la justesse du programme.

Il y a tout de même l’article 36 de la loi électorale qui interdit l’utilisation des finances et du personnel de l’Etat à des fins de propagande électorale. Est-ce que dans ce cas-là, on n’est pas dans une zone grise qui pose problème ?

Pas du tout parce que nous ne sommes pas considérés comme des moyens de l’Etat, on ne peut pas nous réduire à des moyens. Nous sommes des acteurs politiques, mais encore faut-il prouver que dans nos campagnes, nous utilisons des ressources humaines ou matérielles de l’Etat. Et cela, personne n’a encore pris la peine de le prouver. Ce n’est pas les médias qui tranchent ce genre de problème. C’est soit la Céni, soit la Cour constitutionnelle.

Ces dix candidats à la présidentielle dénoncent aussi une « parodie d’élection », entre autres parce que la Commission électorale nationale indépendante (Céni) persiste à vouloir utiliser la machine à voter, et ce malgré les inquiétudes qu’elle suscite sur sa fiabilité. Cette machine à voter ne risque-t-elle pas de devenir un obstacle pour la crédibilité de ces élections ?

La « parodie d’élection », ça aurait été que la Commission puisse être obligée d’abandonner son indépendance et de se soumettre au diktat des gens de l’opposition ou de la majorité, ou de la société civile. Cela, ça aurait été une parodie. La Commission avait reçu mandat de mettre en place un système rationalisé qui coûterait moins cher à la République, et c’est la machine à voter qui a été retenue par la Commission dans laquelle siège, faut-il le rappeler, des amis de l’opposition, de la majorité et de la société civile.

Mais l’Eglise catholique elle aussi appelle à trouver un consensus et craint que cette machine à voter ne finisse par bloquer ou décrédibiliser le processus électoral.

L’Eglise catholique est un fait privé, madame. La célébrité de tel ou tel de ses membres ne change absolument rien. Nous sommes dans un Etat laïc.

Fridolin Ambongo, l’archevêque de Kinshasa, propose une solution intermédiaire : un retour au bulletin papier pour l’élection présidentielle où il n’y a pas beaucoup de candidats et la machine à voter pour les législatives où les candidats sont très nombreux. Est-ce que ça ne pourrait pas être ça le compromis acceptable pour tout le monde ?

A ma connaissance, il n’a pas qualité pour juger de ce qui est faisable ou acceptable. Je ne pense pas qu’il ait la technicité pour pouvoir dicter à la Commission ce qu’il faut faire. La Commission a été invitée à la Conférence épiscopale nationale du Congo [Cenco] lorsque nous étions en négociation sous la médiation des évêques, et nous lui avons demandé de proposer à la nation des mesures de rationalisation du processus. La Commission a décidé de ces mesures-là. Maintenant, les élections seront conduites selon ces mesures. Il n’appartient pas à un évêque, fut-il une célébrité, de venir se substituer au législateur ou au pouvoir constituant pour dicter à la Commission ce qu’elle doit faire puisque la Commission conserve son indépendance aussi bien vis-à-vis des acteurs politiques que des acteurs sociaux, notamment que l’Eglise catholique. L’Eglise catholique n’a pas suprématie sur les institutions de l’Etat.

Mais est-ce que cela ne peut pas être un compromis intéressant ?

L’accord-cadre qui lie la République démocratique du Congo au Vatican exige de la part de l’église une stricte neutralité dans les débats politiques. La façon dont l’archevêque de Kinshasa a parlé relève vraiment d’une prise de position politique en faveur d’un camp contre un autre camp. Et en cela, il a violé, il est prescrit de l’accord-cadre qui nous lie à l’Eglise catholique. Et il est condamnable pour cela.

Autre sujet qui oppose l’opposition au pouvoir, les mesures de décrispation prévues par l’accord de la Saint-Sylvestre. Fridolin Ambongo sur notre antenne estime qu’il y a eu « beaucoup de ratés » dans l’application de cet accord, notamment sur le retour des exilés, Moïse Katumbi ou Jean-Pierre Bemba par exemple ?

Encore une fois, l’archevêque est en train d’usurper des fonctions ou une qualité qui n’est pas la sienne. Les cours et tribunaux ont décidé sur l’éligibilité des candidats en toute liberté. Je pense que les cours et tribunaux prennent leur décision selon l’intime conviction des juges, et non selon les amitiés ou les affinités des évêques ou des archevêques. Je suis désolé la Cour constitutionnelle a jugé qu’une personne condamnée pour subornation de témoins, pour la cour c’est une personne condamnée pour corruption. Et la Constitution exclut de l’éligibilité toute personne condamnée pour corruption. Il n’appartient pas à un archevêque de venir dire que la cour s’est trompée, puisque personne n’a érigé l’archevêque de Kinshsasa en juge de la Cour constitutionnelle. Il faut que chacun sache garder sa place.

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