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L'Argentine prépare son budget 2019 sous l'oeil attentif du FMI

Par Pauline Gleize

Une équipe du Fonds monétaire international (FMI) se rend en Argentine, ce jeudi 8 novembre. Elle va procéder à un second examen du plan économique mis en place par le pays en échange d'une aide financière.

L’austérité est en train de se mettre en place en Argentine. Après un accord en commission, le budget 2019 arrivera en session plénière au Sénat le 14 novembre. Les députés l’ont déjà accepté il y a une quinze jours en première lecture. Ce budget prévoit entre autres une réduction des aides pour les transports publics et l’électricité et le rétablissement d’une taxe de 10 % sur les exportations, taxe que l’équipe du président Mauricio Macri, avait elle-même supprimée. Mais selon Clarin, les exemptions d’impôts sur le revenu ont été rétablies en commission au sénat. Objectif : réduire à néant, dès l’an prochain, le déficit budgétaire primaire, c’est-à-dire sans compter les intérêts versés au nom de la dette publique. Un effort à mesurer à l’aune des exercices précédents : il frôlait les 4 % de PIB l’an dernier. 

Juguler l’inflation galopante

Cet objectif fait partie des exigences du FMI. Le Fonds monétaire international accorde un prêt de plus de 56 milliards de dollars à Buenos Aires jusqu’en 2021. Plan élaboré en deux temps : un premier en juin qui s’élevait à 50 milliards de dollars. Finalement, une seconde poussée de fièvre du peso a forcé la troisième économie d’Amérique latine à demander une rallonge. Et le FMI a consenti, fin septembre, à un versement d’une nouvelle tranche de près de 6 milliards de dollars. Mais l’institution ne prête pas sans garanties. Alors, au-delà des efforts budgétaires, le FMI exige que la masse monétaire soit maîtrisée. Le cours du peso argentin peut, certes, continuer à flotter, mais sans dépasser certaines limites. Le dollar ne doit donc pas s’échanger en deçà de 34 pesos ou au-delà de 44 pesos. L’une des armes pour y parvenir, ce sont des taux d’intérêts très élevés, à 60 % !

Cette politique est censée juguler l’inflation liée à la chute du Peso. Depuis janvier, la devise s’est effondrée de 50 % par rapport au dollar, cela a fait grimper les prix de 40 % sur les 12 derniers mois. Et cela va tellement vite que des commerçants sont obligés de réétiqueter à chaque nouvel approvisionnement.

Faillites et licenciements

Et le ralentissement de l’économie s’est aussi traduit par des faillites et des licenciements. Les temps sont particulièrement durs dans la construction, l’industrie et pour les PME. Signe du mauvais moral des entreprises, selon une étude Willis Towers Watson, 56 % des entreprises consultées envisagent de se séparer d’employés d’ici la fin de l’année. Elles n’étaient que 18 % en mars.

Et le secteur public n’est pas épargné. Il concentre la moitié des pertes d’emplois depuis le début de l’année. Un exemple : le ministère de l’Agriculture a été relégué au rang de secrétariat d’Etat. 700 personnes ont été remerciées.

Malgré tout, il reste quelques perspectives encourageantes. Le Peso a commencé à se stabiliser. Et la bonne nouvelle vient surtout non pas des courbes de changes, mais des champs. Après une année catastrophique liée à la sécheresse la saison dernière, en ce printemps austral, la récolte s’annonce très bonne. Or, l’agriculture est le principal secteur d’exportation. La moitié des devises étrangères qui entrent dans le pays emprunte cette voie.

Insuffisant pour limiter la grogne en cette fin d’année

On peut difficilement espérer un retour à la normale dans les semaines à venir et en Argentine le mois de décembre est souvent un mois de tensions. Parce que beaucoup de lois se votent avant la pause estivale selon certains observateurs. Dans Médiapart, la politologue Ana Castellani, politologue membre du Grupo Fragata, souligne qu’à « l’approche de Noël, la frustration liée à la perte de pouvoir d’achat risque de se faire sentir ». Autre élément à prendre en compte cette année : le sommet du G20 se tiendra à Buenos Aires les 30 novembre et 1er décembre, rendez-vous qui donne souvent lieu à des manifestations altermondialistes.

Terrain glissant à un an de la présidentielle

Ces difficultés n’arrivent pas au meilleur moment pour Mauricio Macri.

L’économie a entraîné dans sa chute la cote de popularité du président de centre droit. Difficile dans ces conditions de préparer la présidentielle de l’an prochain. Sa rivale Cristina Kirchner, elle, remonte dans les intentions de vote. Mais l’ancienne chef de l’Etat est empêtrée dans de multiples scandales de corruptions.

Des outsiders peuvent donc commencer à rêver de la Maison Rose. Un scénario préélectoral qui n’est pas sans rappeler celui du grand voisin brésilien. D’ailleurs, l’ultraconservateur, Alfredo Olmedo se voit bien dans le costume du protagoniste. Ce député ne cache pas son ambition présidentielle et éprouve un grand respect pour Jaïr Bolsonaro. Comme le futur président brésilien, Alfredo Olmedo affiche sa foi évangélique, son hostilité envers les homosexuels, et tient un discours très sécuritaire.

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