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Fred Bauma (RDC): «Le problème, c’est la crédibilité du processus électoral»

Par Bineta Diagne

Quel rôle pour la société civile dans la vie politique ? En RDC, cela prend jusque-là la forme d'une veille constante notamment sur le processus électoral. En marge du Sommet mondial des défenseurs des droits humains qui s'est tenu à Paris, Fred Bauma, le leader du mouvement citoyen Lucha, répond aux questions de Bineta Diagne.

RFI : On est en plein préparatifs de l’élection présidentielle au Congo. La Céni affirme avoir mobilisé plusieurs aéronefs, plusieurs hélicoptères, au moins 150 camions pour acheminer le matériel électoral dans les régions les plus reculées. Est-ce que ces actes concrets-là vous rassurent ?

Fred Bauma : Au-delà du problème logistique que la Céni semble être en train de résoudre partiellement, il y a surtout la crédibilité du processus qui pose problème. Le fichier électoral est corrompu, avec plusieurs millions d’électeurs potentiellement fictifs. On parle de machines à voter qui sont toujours maintenues par la Céni. La loi n’autorise pas le vote électronique, alors que ces machines sont clairement une manière de faire un vote électronique. Et d’autre part, ces machines n’ont jamais été certifiées par aucune institution crédible.

Concernant les machines à voter, vous exprimez un fort scepticisme sur leur opérationnalité. Est-ce que vous réclamez toujours que le logiciel soit audité ?

Si on veut se limiter à respecter la loi, ces machines devraient être simplement retirées. Parce que ce n’est pas prévu par la loi et c’est un vote électronique. Il faut que la Céni soit honnête là-dessus. La Céni a souvent dit qu’il s’agissait d'imprimantes, mais en réalité ces machines impriment les bulletins, comptabilisent le vote et transmettent ce vote-là dans une centrale, ce qui signifie un vote électronique. Donc si on veut se limiter à ce que dit la loi, il faut retirer ces machines à voter. Si on veut faire des concessions par rapport à la loi, ce que je ne soutiens pas, alors il faudrait au moins que la Céni accepte que tous les acteurs qui font partie de ce processus se mettent d’accord sur l’utilisation de ces machines. Et pour cela il faut que ces machines-là soient auditées. Sinon, la Céni fait le lit d’une contestation post-électorale certaine.

Avant, vous contestiez l’éventuelle candidature de Joseph Kabila. Il ne s’est pas présenté. Maintenant, vous focalisez vos critiques sur l’organisation du processus électoral. Que répondez-vous à vos détracteurs qui vous accusent de faire preuve de mauvaise foi ?

Nous ne luttons pas juste pour remplacer Kabila par quelqu’un d’autre qui lui ressemble, qui agit de la même manière. On lutte pour que le choix du peuple soit respecté. On lutte aussi pour que la gouvernance qui proviendrait de ce processus électoral soit à même de se rappeler qui détient le vrai pouvoir et ce doit être la population. Le président Kabila n’a pas postulé, ce qui est une victoire pour nous tous, mais c’est une victoire partielle. Le gros reste encore à faire. Il faut que le processus qui suit soit transparent. Cela ne sert à rien qu’il ne postule pas pour qu’il nomme quelqu’un ou qu’il fasse désigner quelqu’un à travers qui il pourra continuer de diriger. Et si cette personne-là est élue de la manière la plus obscure, c’est complètement antidémocratique et c’est inacceptable.

Le candidat, justement, du FCC a fait cette première prestation samedi lors d’un grand meeting. Qu’avez-vous pensé de cette intervention ?

On sait qui est le candidat, on ne sait pas quel est le programme derrière. Shadary nous a habitués à des discours très populistes derrière lesquels on peut facilement se ranger. Ce qui me dérange dans cette manifestation, c’est la manière avec laquelle ils ont organisé cette manifestation, en obligeant les fonctionnaires de l’Etat à y aller et en payant des personnes pour venir participer à cette manifestation. Des personnes pour lesquelles cet argent-là – que, j’imagine, vient des caisses publiques –, pourrait servir à arranger un tant soit peu leur condition de vie, plutôt que d’être distribué pour acheter leur conscience pour remplir le stade et montrer qu'on est populaire.

L’opposition veut présenter aussi un candidat unique à la présidentielle. Pensez-vous que l’opposition sera capable de parler d’une seule voix, comme elle le promet depuis plusieurs mois ?

Je crois, et c’est un message aux leaders de l’opposition, ils ont le devoir de surpasser leur ego et de parler d’une seule voix. S’ils n’arrivent pas à le faire, les Congolais en tireront les conséquences. Nous comprendrons qu’ils ne sont pas si différents des autres.

Est-ce que vous restez optimiste sur les capacités de l’opposition à se mobiliser autour d’un seul candidat, sachant qu’on voit quand même certains indices qui nous font penser à peut-être des dissensions internes, avec notamment l’absence de l’UDPS vendredi dernier à la manifestions ?

Je préfère rester optimiste. Je pense qu’au fond ils comprennent la nécessité, si ce n'est pas l'uregnce, de signer sur une personne.

Quelle posture adopterez-vous le 23 décembre au sein de la Lucha ?

La Lucha milite pour un processus électoral réellement crédible. On pense de moins en moins que ce processus-là est capable d’être crédible. Mais on voit comment la situation évolue et le moment venu on prendra une position assez claire. Mais ce qui est sûr c’est qu’on ne cautionnera pas un processus qui n’est pas du tout crédible.

Est-ce que cela veut dire que le jour du vote, les membres de La Lucha seront présents pour observer le processus électoral jusqu’au bout dans les bureaux de vote ?

Pour nous le processus électoral, ce n’est pas le jour du vote. Cela commence bien avant l’enrôlement et tout ce processus jusqu’au jour du vote. Si, bien avant le 23, on se rend compte, et je pense que c’est le cas jusque-là, que ce processus ne peut pas être crédible, alors ce ne sera même pas la peine de l’observer. On n’y participera simplement pas.

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