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Quelle réforme pour Petrobras après la victoire de Bolsonaro?

Par Aabla Jounaïdi

Au Brésil, l'issue des élections qui donnent la victoire à Jair Bolsonaro a soulagé les marchés. La libéralisation du secteur de l'énergie devrait se poursuivre et en particulier la cession des actifs de la compagnie nationale du pétrole Petrobras. Même si le candidat d'extrême droite a multiplié les messages contradictoires destinés à rassurer des électeurs qui exigent des réformes après une décennie de scandales financiers.

C’est un dossier qui n’était pas au premier plan de la campagne de Bolsonaro qui était surtout à l’aise sur le thème de l’insécurité ou pour taper sur le Parti des travailleurs. Pourtant, l’enjeu est majeur puisqu’on parle de la plus grande entreprise d’Amérique latine, qui pèse 100 milliards de dollars.

C’est en cédant une partie des actifs de Petrobras que le futur gouvernement entend réduire la dette publique brésilienne, qui si rien n’est fait pourrait atteindre 140 % du PIB en 2030.

Un plan de privatisation obscur

Le problème, c’est que le candidat Bolsonaro n’a pas été très clair. Aujourd’hui, on ignore toujours l’ampleur de ce plan de privatisation souhaité par le vainqueur. Son conseiller économique, le fameux Paulo Guedes, qui pourrait hériter d’un « super » ministère de l’Economie, a fixé un objectif global : réduire la dette publique de 20 % par des privatisations et des cessions d’actifs, en particulier ceux de Petrobras. Mais interviewé juste après le premier tour, Bolsonaro a annoncé un plan de privatisation de moins grande ampleur, précisant que pour Petrobras, seules les installations de raffinage seraient concernées et pas la production.

Certains observateurs dans la presse économique brésilienne mettent ce flou artistique sur le compte de son ignorance revendiquée de l’économie ou encore de sa volonté populiste de caresser les électeurs dans le sens du poil patriotique. Car Petrobras est bien entendu perçu comme la garante de la souveraineté énergétique du pays.

Mais compte tenu de l’importance de résorber la dette de Petrobras, la plus élevée au monde pour une société (76 milliards d’euros), il paraît probable que Bolsonaro poursuivra la politique de son prédécesseur Michel Temer.

La fin d’un modèle

Pour résorber sa dette, le gouvernement a commencé à vendre les actifs « non essentiels » de Petrobras, dans les activités de raffinage, de logistique, et de transport pour se concentrer sur la production pétrolière, plus lucrative. De plus, depuis 2 ans, un nouveau régime de partage de la production pétrolière a été mis en place. Il met fin à l’obligation d’octroyer une participation minimum de 30 % à Petrobras dans tous les gisements.

Un retour des appels d’offres classiques qui a été salué par le secteur. Conséquence : on assiste à une accélération des projets. En particulier, les appétits sont attisés par les perspectives des champs présalifères qui en haute-mer, sous une épaisse couche de sel, à très grande profondeur, recèlent un potentiel énorme : 13 milliards de barils. Un immense appel offres serait en préparation pour l’année prochaine : BP, Chevron, ExxonMobil, Shell ou encore Total seraient dans les starting-blocks.

En attendant, Petrobras trouve son compte dans l’ouverture du secteur. En 2017, elle a fortement réduit ses pertes. Et au 2e semestre de cette année, elle a même enregistré un bénéfice net de 2,7 milliards de dollars, le plus haut depuis 2011.

La corruption au cœur des préoccupations

Cette politique d’ouverture initiée après la destitution de la présidente Dilma Rousseff sur fond de scandale recèle tout un enjeu de gouvernance. Céder certains des actifs de Petrobras, c’est réduire sa taille et donc les appétits potentiels de politiques peu scrupuleux.

Jair Bolsonaro, lors de la campagne, a appelé à une enquête sur la gestion de l’entreprise. Déjà, sous Temer, le ménage a été fait au sein du conseil d’administration provoquant davantage de transparence. Même le gendarme américain de la bourse, la SEC, qui avait Petrobras dans son viseur, l’a reconnu.

La Cour fédérale des comptes du Brésil suit de près le programme de cessions d’actifs. Un processus long qui peut facilement soulever les soupçons d’interférence politique.

En soit, un changement de culture est déjà à l’œuvre à Petrobras et Bolsonaro aurait tout intérêt à continuer sur cette voie sauf qu’il continue d’entretenir le trouble comme lorsqu’il évoque la possibilité de nommer un général d’armée à la tête de Petrobras. Un message destiné à ces électeurs sensibles au retour de l’ordre à la tête d’un des joyeux de la couronne brésilienne, mais pas de quoi rassurer les marchés qui jusqu’ici voyaient dans Bolsonaro un moindre mal et la garantie de moins d’étatisme dans l’économie.

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