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Le pire n’est jamais certain

Par Jean-Baptiste Placca

Alors qu'ils sont de toutes les révolutions, ailleurs en Afrique, les Camerounais sont étonnamment moins virulents lorsque leur propre pays est concerné…

71,28 % des électeurs camerounais ont accordé leurs voix à Paul Biya, pour diriger pendant les sept prochaines années, leur patrie. Un tel score, pour un chef d’Etat en place depuis trente-six ans, pourrait surprendre plus d’un. Pourquoi donc ne vous paraît-il pas si invraisemblable que cela ?

Vous aurez noté qu’à l’exception d’un seul candidat, tous les autres ont donné l’impression de ne pas être surpris outre mesure par les résultats. Certains en ont pris acte, d’autres en ont implicitement admis la vraisemblance. Seul l’un d’entre eux les a contestés vivement et s’est proclamé vainqueur   au plus mauvais moment, il faut en convenir  , au point que certains de ses camarades l’ont ouvertement accusé de maladresse. S’ils concèdent aussi facilement leur défaite face au président sortant, ce n’est certainement pas parce que le camp Biya les aurait achetés ou corrompus de quelque manière. Nombre d’entre eux conviennent, en privé, qu’il y a eu, certes, de nombreuses anomalies, et même, ici et là, quelques cas de fraudes plus ou moins conséquentes. Mais aucun ne cite ni n’apporte les preuves de fraudes massives, systématiques, suffisamment, en tout cas, pour léser un ou plusieurs des prétendants, au point que l’on puisse en déduire que la victoire a été volée à l’un ou l’autre d’entre eux.

Entendons-nous bien : cet état de fait n’est nullement le signe d’un amour débordant pour Paul Biya, qui gère le pays depuis, vous l’avez dit, trente-six ans, après en avoir été le Premier ministre pendant les neuf années précédentes. La vraisemblance de cette victoire (ou de cette non-défaite) tient au fait que le territoire camerounais est, de manière quasiment scientifique, quadrillé par le Rassemblement démocratique du peuple camerounais, le RDPC, parti du chef de l’Etat, émanation de l’Union nationale camerounaise, l’UNC, ex-parti unique, fondé en 1966, par les mêmes dirigeants en charge du Cameroun depuis l’indépendance, en 1960. De toutes les anciennes colonies ou pays sous tutelle française, le Cameroun est, avec le Gabon, l’un des deux seuls pays où la même formation politique tient les rênes du pouvoir depuis l’indépendance. C’est donc une redoutable machine électorale, avec les moyens d’Etat qui vont avec, et il n’y a aucune honte à perdre face à elle.

Il n’empêche que le candidat Maurice Kamto a fait sensation et aurait pu l’emporter.

Pour être honnête, même si l’on a pu sentir un frémissement en faveur du candidat Maurice Kamto, cela n’a aucune commune mesure avec la ferveur populaire qui a, par exemple, porté Ni John Fru Ndi, en 1992. L’on peut penser que le « Chairman » avait, cette année-là, peut-être remporté l’élection. Probablement même, de l’avis de nombre d’observateurs présents dans les bureaux de vote à travers le pays. Même si nous édulcorons parfois l’Histoire, à nos risques et périls, il se trouvera, un jour, un témoin de l’intérieur du système, pour révéler quel a véritablement été le choix du peuple camerounais lors de cette présidentielle de 1992.

Pour le reste, les Camerounais sont un mystère, sur ce continent. Ils sont de tous les combats, ailleurs en Afrique. D’une virulence absolue, lorsqu’il s’agit du sort de Laurent Gbagbo ou de Charles Blé Goudé, en Côte d’Ivoire, par exemple. Ou encore, et ils n’ont pas tort, contre la liquidation du colonel Kadhafi, que les Africains regrettent encore énormément, aujourd’hui. De toutes les révolutions, panafricaines ou panafricanistes, les Camerounais, lorsqu’il s’agit de leur pays, deviennent subitement… conservateurs. Allez donc sur les réseaux sociaux, ou dans les archives d’Appels sur l’actualité, sur le site de RFI, et vous constaterez que Paul Biya n’est pas le dirigeant africain le plus décrié ou le plus acculé par ses concitoyens. Comme si tous ces révolutionnaires irréductibles, une fois chez eux, dans leur propre pays, préféraient la quiétude du statu quo au moindre changement.