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Smaïl Chergui: «Il est important que le G5 Sahel reçoive les fonds annoncés»

Par Sonia Rolley

Les principales crises du continent ont été évoquées cette semaine en marge de l’assemblée générale des Nations unies. Plus que jamais, l’Union africaine a pu faire entendre sa voix, en un partenariat stratégique renforcé avec les Nations unies. Smaïl Chergui est le commissaire paix et sécurité de l’Union africaine ; au micro de Sonia Rolley, il évoque les dossiers chauds du moment.

Comment expliquer un tel rapprochement entre l’Ethiopie et l’Erythrée, qui est un peu la bonne nouvelle surprise du continent africain cette année ?

Smaïl Chergui : Effectivement, nous le devons à un Premier ministre visionnaire qui est arrivé au pouvoir en Ethiopie [Abiy Ahmed] et qui donc a eu le mérite et le courage de casser la glace, si je puis m’exprimer ainsi, et de se déplacer à Asmara pour voir le président Issayas Afewerki. Ce geste formidable a également permis de débloquer les dossiers entre l’Erythrée et la Somalie, et entre l’Erythrée et Djibouti dernièrement. Effectivement, il y a une dynamique très positive, très encourageante, même si évidemment le dossier somalien nous demandera probablement encore davantage d’efforts.

Pourquoi c’est si difficile de mobiliser aujourd’hui sur la Somalie ?

Il y a une certaine fatigue par exemple de l’Union européenne qui jusqu’à présent nous soutenait, nous Amisom [Mission de l'Union africaine en Somalie], pour les salaires de nos troupes. Evidemment, avec l’effort exceptionnel qui est demandé actuellement aux Nations unies en matière budgétaire, et ces réductions, tout le monde essaie de voir comment s’en sortir. S’agissant de l’Amisom, je crois que nous venons de faire une évaluation de nos forces et nous nous retrouvons quand même avec moins de 50% de disponibilité de nos moyens en matière d’équipement. Comme vous le savez, nous n’avons pas d’hélicoptère. Ce que nous disons, c’est que si on devait comparer ce que la communauté internationale engage en Afghanistan, vraiment pour nous, ce n’est même pas une goutte d’eau. Ce même élan devrait être étendu à la Somalie pour que réellement on puisse faire aboutir ce processus rapidement. C’est une menace globale. Qu’elle soit au Moyen-Orient ou en Somalie, elle est la même. Et on sait les relations que les shebabs ont développées à la fois avec Boko Haram, mais plus inquiétant aujourd’hui, on voit leurs traces même au Mozambique et en Tanzanie.

Au Soudan du Sud, il y a un nouvel accord de paix qui a été signé. Ce n’est pas le premier et pourtant déjà, on voit que la dimension cessez-le-feu n’est pas du tout respectée ?

Nous, l’Union africaine, évidemment nous avons soutenu, nous continuerons à soutenir l’Igad [Autorité intergouvernementale pour le développement] qui était la première ligne d’intervention sur cette question. Effectivement, nous resterons très vigilants parce que c’est le énième accord qu’on a signé et il ne sera pas du tout accepté cette fois-ci que l’accord de cessation des hostilités soit violé. Ceux qui iront dans cette direction auront à répondre de leurs actes.

Donc cela veut dire, des sanctions ?

Des sanctions, et plus.

Qu’est-ce qui existe de plus que les sanctions ?

On a l’engagement direct des pays voisins, du Soudan et de l’Ouganda. Il me semble que ces personnes pourraient être facilement arrêtées et traduites en justice. Même si évidemment, dans notre démarche, nous essayons toujours de conjuguer réconciliation et justice.

Sur le dossier centrafricain, vous avez eu une forme de victoire lors de cette assemblée générale des Nations unies puisque, à nouveau, l’initiative africaine a été réaffirmée, du moins par les partenaires, comme la première et la seule pour parler de paix entre le gouvernement et les groupes armés…

Nous avons encore été confortés ici à New York. Mais je dis cela pour aussi souligner nos responsabilités et celles du gouvernement parce qu’il est important que l’on puisse avancer, et avancer rapidement. Je crois que les quelque 70 revendications qui ont été faites par les 14 groupes sont assez connues, je dirais même un peu traditionnelles par rapport à ce genre de situation. Et donc nous nous attendons à ce que le gouvernement puisse réellement donner la direction, répondre quelle est l’offre qu’il donne à ces mouvements.

La question du Burundi a été quasiment absente de cette assemblée générale jusqu’à présent. Il n’y a pas eu d’évènements particuliers sur le sujet. Est-ce que cela veut dire qu’il y a une forme de désintérêt ou de lassitude aussi par rapport à la situation dans ce pays ?

En fait, on est dans une situation d’un peu d’attente suite à la décision du président Nkurunziza de ne pas se présenter pour un nouveau mandat en 2020. Or c’est une décision qui a été saluée, qui a été bien enregistrée dans les décisions de l’Union africaine et du Conseil de sécurité. Donc nous attendons maintenant la phase suivante. Nous savons que l’ex-président tanzanien Benjamin Mkapaa a convoqué une nouvelle phase de dialogue. Evidemment il faudra que ce dialogue soit réellement inclusif.

En tous les cas, en tant qu'Union africaine, nous avons pris la décision d’accompagner ce gouvernement jusqu’à l’élection. Donc ce que nous voulons, c’est réellement définir une feuille de route qui puisse inclure tous les éléments pouvant nous amener à un couronnement de nos efforts en 2020 avec l’organisation d’élections crédibles - et qu'au passage on aura traité à la fois d’un dialogue inclusif, mais aussi des conditions qu’il faudra remplir pour qu’on ait un environnement propice, le retour des réfugiés... Je pense que c’est tous ces éléments qu’il faudra traiter. Et évidemment, s’il y a une orientation claire dans cet objectif, ceux qui ont imposé des sanctions économiques au Burundi pourront être sensibles et se projeter déjà dans une posture où ils pourraient lever ces sanctions, ce qui ferait beaucoup de bien à l’économie burundaise. Il y aussi un espoir qui, faut-il le dire, a été renforcé par la décision du président Nkurunziza de définitivement ne pas se présenter à un nouveau mandat en 2020.

C’est aussi ce qu’a dit le président Joseph Kabila en République démocratique du Congo. Est-ce que cette annonce de nomination d’un dauphin est suffisante pour l’Union africaine, ou est-ce que là aussi vous attendez d’autres choses sur ces élections ?

Au final, le président Kabila, ce qu’il a promis, il l’a fait. Il l’a toujours dit qu’il allait respecter la Constitution. C’est un évènement extrêmement important que nous apprécions et que nous saluons. Ce qu’il faut maintenant, c’est, tout en respectant la décision souveraine de la République démocratique du Congo, de vouloir organiser ces élections avec ses propres moyens. Nous devons quand même rester à ses côtés et voir ce qui peut être fait en tant que Union africaine, quoi que c’est une organisation à laquelle ils appartiennent et je crois que la relation est très bonne. Ce que nous pouvons faire pour mobiliser aussi nos Etats membres en soutien à ce processus électoral qui doit être évidemment transparent, qui doit être crédible et qui pourra donc permettre au nouveau dirigeant du pays au lendemain du 23 décembre d’hériter d’un pays stable qui va maintenant se tourner vers la question sécuritaire qu’on a à l’est du pays, mais également vers toutes les questions de développement.

Le Mali et sur le Sahel est également un gros dossier qui a été abordé ici. On l’a vu tout récemment, le siège de la force du G5 Sahel a été déplacé. Cette force attend toujours l’essentiel en fait des fonds en équipement qui a été promis. Est-ce qu’elle a une chance d’être opérationnelle un jour ? Qu’est-ce qui peut être fait pour l’aider ?

Effectivement, tout d’abord, [il faut, ndlr] relever avec plaisir la tenue des élections présidentielles. Et donc féliciter à nouveau le président Ibrahim Boubacar Keïta, et surtout la détermination renouvelée qu’il a affirmée au lendemain de sa réélection de donner une impulsion encore plus grande à la mise en œuvre de l’accord de paix, et de travailler avec tous les Maliens également pour s’adresser à tous les défis qui sont ceux du Mali.

S’agissant de la force G5, l’Union africaine a soutenu le Conops [concept d'opérations] de cette force. Nous venons de dépêcher deux experts financiers au siège de la force à Nouakchott pour justement crédibiliser ce fonds qui a été créé. Nous pensons que les fonds annoncés à Bruxelles doivent transiter par ce fonds et permettre aux pays du G5 de choisir eux-mêmes les équipements qu’ils pensent importants, et pour qu’ils puissent travailler. C’est un exercice qui ne semble pas encore connaître une tournure positive. D’ailleurs ici, même le ministre Le Drian l’a reconnu. Il a dit : beaucoup d’annonces qui ont été faites n’ont pas été concrétisées. Mais évidemment, l’opérationnalisation de cette force doit se faire de manière extrêmement professionnelle. On ne peut pas improviser par rapport à un danger aussi connu par les pays de la région, et surtout aussi omniprésent. On voit aujourd’hui que non seulement il s’étend du Mali, mais le Burkina connaît vraiment des défis très importants en matière sécuritaire, au nord du pays et à l’Est.

Est-ce qu’il n’y a pas un risque justement en déployant cette force en commençant les actions sans ce matériel, que cette force se retrouve finalement être prise pour cible et que les troupes se découragent vite dans un contexte où on voit déjà que la Minusma [Mission des Nations unies pour la stabilisation du Mali] qui est censée être mieux équipée, elle-même est victime d’attaques ?

Je ne suis pas expert militaire, mais il va sans dire que s’ils n’ont pas les conditions minimales pour réellement s’engager... On a tiré les leçons de ce qui s’est passé à Sévaré. Donc il est important que cette force ait réellement les moyens qui lui ont été annoncés, qu’elle ait le minimum pour conduire ces opérations. C’est vrai qu’ils ont fait quelques opérations et que le nouveau général qui commande nous a annoncé ici qu’ils allaient reprendre ces activités. En tous cas, en tant qu’Union africaine, nous sommes prêts à soutenir, à aussi plaider sa cause auprès d’autres partenaires et nous sommes heureux de constater que la Chine également nous a déclaré quand nous étions à Pékin qu’ils allaient soutenir le G5 Sahel. Et ma foi, nous pourrons nous-mêmes nous mobiliser davantage pour les aider davantage. Nous espérons que ces éléments soient compris par tout le monde, et surtout les partenaires et les amis du Sahel et du G5 pour que effectivement, les pays concernés se sentent confortés, qu’ils puissent agir à l’unisson face à ce danger qui ne fait que finalement ajouter au défi de la région.

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