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Yves Jégourel : «La chute du prix des métaux est causée par la guerre Trump-Chine»

Par Christophe Boisbouvier

Cobalt, cuivre... pourquoi les prix des métaux sont-ils en train de chuter fortement ? Yves Jégourel est universitaire à Bordeaux, chercheur associé au think tank marocain OCP Policy Center et directeur adjoint de Cyclope, la société d'études parisienne qui produit des analyses sur le marché mondial des matières premières.

RFI : Pourquoi le prix des métaux est-il en chute libre ?

Yves Jégourel : De manière très générale, j’ai le sentiment que les marchés ont tourné le dos à une vision à long terme. Les marchés de certains métaux sont portés par des perspectives favorables. Je pense au marché du cuivre. Je pense au marché du nickel, avec une demande pour des véhicules électriques - des sortes de véhicules électriques -, qui est très favorable pour la demande de cuivre et de nickel. On a délaissé cette approche-là pour revenir à un horizon du très court terme et de ce point de vue-là, on ne peut que remarquer une forte incertitude qui caractérise les marchés. La raison essentielle, me semble-t-il, c’est la guerre commerciale, bien évidemment, entre l’administration Trump et la Chine, avec un effet qui est à mon sens plutôt indirect. Il n’est pas certain que cela pèse directement ou de manière très lourde sur la demande ou sur l’offre de métaux, mais c’est une incertitude forte sur la croissance mondiale. Sur la croissance chinoise, on a des anticipations qui sont légèrement en retrait, désormais. Et évidemment, s’il y a moins de croissance au niveau mondial il y a moins de demandes de métaux. Et c’est ce qui est spécifique à une partie de la chute des cours.

Ces dernières années, on disait que la demande de cobalt était très favorisée par le boom sur les batteries de voitures électriques et pourtant le prix du cobalt tombe de 30 %.

Je n’ai pas ces données-là. On est à moins 20 %, si l’on se réfère au LME [London Metal Exchange]. Après, évidemment, c’est une affaire de détail. Mais oui, il y a un repli du cours du cobalt, précisément pour les raisons que je vous donnais précédemment. A savoir qu’on avait, en 2016 et surtout en 2017, une vision à long terme. On regarde le marché du véhicule électrique, on regarde ce miracle qui se profile. Et donc on a vu le cours du cobalt flamber. Sur 2017, c’est quand même plus de 130 %, si je m’en tiens à cette référence de prix qui est la référence LME. Donc, je crois qu’il faut aussi expliquer le reflux des cours par cette hausse extraordinaire et j’ai envie de dire quelque peu déraisonnable que nous avons observée sur les années précédentes. Les fondamentaux étaient là, mais beaucoup de spéculation sur 2017. Donc sur le cobalt, qu’on ait un repli, cela ne me semble pas choquant. Il faut qu’on insiste sur un point. Je crois qu’il y a une variable essentielle qui est la volatilité. Aujourd’hui, le marché n’a pas vraiment de direction parce que précisément, on va attendre la suite de ces épisodes entre Trump et la Chine. Est-ce qu’il va y avoir une extension des sanctions commerciales ? Donc, on est vraiment sur du très court terme. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire qu’aujourd’hui la volatilité est importante parce que les incertitudes sont importantes.

Comme le Congo Kinshasa produit 60 % du cobalt mondial, les autorités congolaises ont voulu augmenter considérablement les taxes sur le cobalt au début de cette année. Où est-ce qu’on en est aujourd’hui ?

Je crois qu’il faut raisonner, non pas à court terme, il ne faut pas voir ce reflux des cours depuis le début de l’année 2018, mais voir les perspectives à moyen terme et elles restent assez favorables à la demande de cobalt. Il est très compliqué de faire de la batterie lithium-ion sans avoir de cobalt et il n’y a pas d’alternative à cela, en tout cas à moyen terme. Dans un horizon de dix ans, la perspective est favorable à la demande de cobalt et donc légitime. En tout cas, la stratégie qui a été menée par la RDC, avec néanmoins, quand même, beaucoup de prudence, parce que cela a été décidé sans beaucoup de concertation et vous savez que les groupes miniers internationaux ont besoin de cette stabilité pour opérer. Il faut voir par rapport à cela et également la situation de la batterie électrique avec une domination importante de la Chine et des enjeux considérables à moyen terme dans ce segment-là.

Où en sont les cours de bauxite et où en est la Guinée Conakry ?

La question de la bauxite est une question compliquée parce qu’à la différence des métaux qui ont des prix publics, la bauxite n’a pas de prix, n’a pas de cotation « officielle », donc c’est beaucoup plus difficile d’avoir une vision précise. Il me semble que l’enjeu n’est pas tant sur la bauxite que sur ce produit intermédiaire entre la bauxite et l’aluminium qui est l’alumine.

Pourquoi le prix de la bauxite est-il secret ?

Ce n’est pas qu’il est secret. C’est qu’une des vertus d’un marché financier de matières premières, d’un marché organisé de type LME, c’est de donner du prix public. Or, la bauxite, comme la quasi-totalité des minerais, à l’exception du minerai de fer, n’est pas cotée. Donc, ce n’est pas qu’il est secret, c’est du prix privé entre des producteurs et des acheteurs. Donc, il y a moins de disponibilité du prix.

Est-ce que la Guinée Conakry n’a pas intérêt à transformer la bauxite en alumine pour augmenter la valeur ajoutée, pour développer son économie ?

Dans l’absolu, oui. C’est à dire que cette remontée de filière. On va de l’extraction vers une première transformation ou une deuxième transformation, voire vers la production de métal, bien évidemment que dans l’absolu, c’est quelque chose qui est légitime. La question c’est : quels sont les efforts que vous fournissez pour aller vers cette transformation et qu’est-ce que cette transformation peut vous apporter ?

Au-delà de l’idée trop simple que plus de transformation vous donne plus de valeur ajoutée, il faut prendre en compte l’idée de la stabilité ou de l’instabilité de cette valeur ajoutée. Et dans le cas de la première transformation du minerai, on observe qu’il peut y avoir cette instabilité de la marge de transformation. Et donc, si vous avez une instabilité de la marge de transformation, dans votre ambition de nourrir son développement économique, il y a quand même quelques aléas. Donc, plus de transformation locale, bien évidemment pourquoi pas. Mais je pense qu’il faut considérer d’autres stratégies de diversification des économies. Vous savez, le paradoxe des matières premières, c’est qu’il faut utiliser ses revenus pour diversifier son économie, c’est-à-dire s’éloigner du pur secteur extractif.

C’est-à-dire qu’il faut utiliser les recettes minières pour développer d’autres secteurs ?

Exactement.

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